LA GARDE CIVIQUE

LA GARDE CIVIQUE MONTOISE


La Garde Civique est la milice créée en octobre 1830 dans la jeune Belgique indépendante. Elle fut fondée par l'unification des gardes bourgeoises constituées lors de la Révolution belge, le 26 août 1830 à la suite des émeutes survenues la veille à Bruxelles après la représentation de l'opéra romantique d'Auber, la Muette de Portici, au théâtre de la Monnaie.

A l'origine, elle fut organisée dans toutes les communes de plus de 30.000 habitants. La Garde civique était constituée en Compagnies commandées par un capitaine et subdivisées en trois bans. Le premier ban jouait un rôle au niveau national ; il était essentiellement destiné à faire respecter l'inviolabilité du territoire. Le second ban secondait l'armée nationale « sans toutefois sortir de la province ». Le troisième ban était sédentaire. Elle avait pour mission : Maintenir l'obéissance aux lois, conserver ou rétablir l'ordre et la paix publique, assurer l'Indépendance de la Belgique et l'intégrité de son territoire.

Le service ordinaire consistait à monter la garde, effectuer des patrouilles pour la sûreté des personnes, la conservation des propriétés et le maintien de l'ordre public. Elle était composée de citoyens entre 21 et 50 ans, prioritairement les jeunes célibataires et veufs sans enfants, ne faisant pas partie de l’armée. Cependant, des dérogations et dispenses de service pouvaient être obtenues pour cause de maladies, difformités, mutilations et autres nécessités d'entretenir sa famille…

La bourgeoisie argentée devait obligatoirement s’enrôler dans l’infanterie ou adhérer à un corps de volontaires. Les hommes, armés, ne s’entraînaient que quelques dimanches par an et n’avaient donc pas vraiment d’expérience militaire. À l’époque, on parlait ironiquement d’une «armée d’opérette» ou de «soldats du dimanche». Néanmoins, malgré leur inexpérience, les autorités faisaient régulièrement appel à la Garde civique lors de grèves ou de manifestations.

Le plus triste exemple est le drame de la fusillade de l’avenue de Jemappes. Nous sommes le 17 avril 1893. L’économie mondiale est entrée, depuis la crise bancaire de 1873, dans une phase de ralentissement qui durera jusqu’en 1896. Le contexte économique et social est extrêmement difficile. Cette crise se ressentira en Belgique et particulièrement dans le Borinage où la condition ouvrière est précaire. Cette période est caractérisée par la hausse du chômage et une baisse des salaires. A cela s’ajoute des journées de travail longues et pénibles notamment pour les femmes et les enfants. Ces insatisfactions revendiquées par le POB, Parti Ouvrier belge, finissent par déclencher une grève générale. La veille du 17, le parlement belge a rejeté la proposition de Paul Janson en vue de l’instauration du suffrage universel. Les activistes décident dès lors de venir manifester à Mons. Henri Sainctelette, alors bourgmestre, interdit la manifestation et demande à la Garde Civique d’empêcher les manifestants de pénétrer dans la ville. Peu habituée aux manifestations, cette Garde Civique perd son sang-froid, dans un affrontement qui la dépasse et ouvre le feu. Ces conflits feront 5 morts et 9 blessés graves.([1])


Le drame de la fusillade survenu le 17 avril 1893 à l’avenue de Jemappes selon un témoin :

... Voici maintenant les grévistes qui reviennent plus résolus que jamais avec l’évidente intention de forcer le triple rang des gardes. Le premier cordon croise la baïonnette. Les manifestants avancent toujours, se saisissent des baïonnettes et tente de les arracher. Un corps à corps s’engage. La garde opère un simulacre de charge. Mouvement de recul de la foule mais au même moment des pierres sont lancées. Trois gardes sont blessés. Sans sommation aucune, un coup de feu part suivi d’une fusillade générale de quelques dizaines de secondes. Un officier se précipite et désespérément agite son sabre pour le « cessez le feu » quelques coups isolés partent encore… c’est fini… ! [2]

Voilà qui explique en partie l'antagonisme qui a existé longtemps entre les Montois et les Borains. « Entre Mons et le Borinage, il y a désormais une barrière de sang. Borains, n’oublions pas le sang répandu. Mais gardons désormais notre calme et luttons jusqu’au jour où nous aurons acquis nos droits. Alors nous nous souviendrons. », pouvait-on lire sur une affiche après la fusillade.


Certains auteurs montois, à la charnière des deux siècles, ne se privaient pas de moquer cette Garde-civique bourgeoise que certains se faisaient un malin plaisir d’appeler « la garde à l’graisse », car elle était essentiellement composée de bons bourgeois : placides fonctionnaires, commerçants à la franche bedaine, érudits maîtres d’école, employés facétieux, etc. Elle comptait six cent septante huit hommes. Le matin de la parade, très tôt, les sonneries de clairon étaient venues verser de l’héroïsme au cœur des citoyens-soldats. Vite, ils allaient, engoncés dans leur bel uniforme d’opérette, se préparer à la redoutable prise d’armes sur la place et exécuter fièrement les ordres militaires. On commençait par les bleus de l’infanterie, puis c’était les verts des chasseurs-éclaireurs et, à la fin, la batterie d’artillerie, surtout célèbre pour ses somptueux banquets. C’était plus souvent un vrai vaudeville qu’un vrai défilé militaire, mais enfin, le principal était de défiler sur le pavé de Mons, « plumes dé co à s’capiau, fusique à z’épaule, derrière el commandant, tout biau, tout brillant avé ses galons èyé ses médailles ». (Myen Vanolande)


André Veuchet, dans ses écrits mi-français mi-patoisant, n'a pas non plus épargné ses contemporains embrigadés. Voici ce qu'il en disait :

La Garde civique. C'est ainsi qu'on appelait les légions bourgeoises qui conféraient aux matinées dominicales de nos villes de province une ambiance d'opérette militaire à grand spectacle.

Trop tôt au gré des citoyens soldats, des sonneries de clairon « versaient de l'héroïsme au coeur des citadins ». Parmi ces saudards du dimanche, il y en avait – comme on dit à Mons – dé tous les races èyé d' tous les nations.

D'abord les bleus, ainsi nommés, non parce que leur uniforme fut passementé d'azur, mais plutôt en raison de la rétive candeur qu'ils apportaient à s'initier au noble métier des armes.Ni leurs aptitudes physiques, ni leurs oripeaux si peu militaires ne les induisaient d'ailleurs à se tenir pour chevaliers de cape et d 'épée ; seules les quelques plumes de coq surmontant leur « trois-françois » pouvaient à la rigueur évoquer la bravoure de leurs lointains ancêtres, les fiers gaulois.

Les trois compagnies formant à Mons, ce corps qu'on ne pouvait guère qualifier d'élite, groupaient des placides fonctionnaires, commerçants, chers maîtres, hommes d'enseignement, et autres.

En ces temps paisibles – notre siècle de paix et de bonheur était encore tout jeune – où le sport était tenu pour une sorte de gymnastique un peu vicieuse et très snob importée d'Angleterre, très peu de ces guerriers étaient capables d'un cent mètre tolérable, d'autant que la plupart portait gentiment le bedon. Les lunettes étaient aussi très portées dans ce monde d'intellectuels et, lors des défilés par pelotons, toutes ces bésicles miroitaient comiquement au soleil.


Avant leur incorporation, ces placides citoyens qui, n'ayant guère le goût du commandement militaire, aimaient surtout qu'on leur fiche la paix. Mais ils devaient subir une période d'instruction orchestrée par un adjudant, concierge de son état et portant à toute occasion une vraie « barre à canettes » (archelle en français) de médailles de sauvetage. Cette initiation au maniement des armes et aux règlements militaires relevait du pur vaudeville.

Lorsque l'instructeur expliquait, par exemple, les signes distinctifs des grades, il glissait modestement sur le « un tournant et un montant » qui ornaient son képi d'adjudant, mais c'est avec un profond sentiment d'humilité qu'il évoquait les « trois tournants et deux montants » des huiles de la garde bourgeoise.Et, à son invariable question : « vos avez bé compris ? » il y avait toujours un loustic pour lui répondre respectueusement : « Oui, mon ... lieutenant ». Sur quoi, l'adjupète, avec un léger recul du menton, se rengorgeait, visiblement satisfait.


S'il s'entendait à merveille à décomposer les mouvements et à enseigner le demi-tour à gauche, il était moins sûr de lui lorsqu'il abordait au tableau noir la théorie du tir. Il se déméfiait de ce chapitre de son enseignement depuis certaine algarade qu'il avait eue, à ce propos, avec un étudiant de l'École des Mines ; Il lui avait demandé sur un ton dubitatif

Savez bé ç' qué c'est qu' la parabole ?

– Bien sûr, c'est une courbe dont je vais vous donner la formule et vous établir le tracé.

Et à grand renfort d'abscisses et d'ordonnées, notre loustic commença son graphique. Mais l'instructeur, vexé, coupa court :

Ouais !... C'est l' parabole comme on l' apprind dins les écoles, mé, pou nos autes, c'est l' ligne suivie pa l' balle d' ein fusil. Ça va à peu près ainsi et ça s 'appelle l' trajectoire, si vos n' el savez pas.

On n'en finirait pas de narrer les « débrouilles » qui s'organisaient autour de cette période d'instruction au grand dam de ce tempétueux adjudant dont le nom rimait avec pastis et dont les emportements insidieusement entretenus, rivalisaient avec ceux dont Raimu sonorisait le théâtre de Pagnol.


Après cette initiation, nos saudards du dimanche, ainsi militairement déniaisés, étaient déclarés bons pour le service.

Dès lors, on les voyait le dimanche matin, sortir de leur demeure endormie, bouclant un ceinturon rétif et mâchotant le dernier agnon de « pistolet » croustillant, dont tout montois faisait ses délices au petit déjeuner.

Et comme par hasard, le charcutier du coin, exempté rapport à ses plats-pieds, était toujours sur le pas de sa porte pour lancer à Nicolas, le chapelier : « Dépêchez-vous, Colas ; vos allez arriver trop tard ! » A quoi celui-ci répondait : « Il est toudis tôt assez pou daller faire el zozo ! »

Tel professeur éminent et respecté apparaissait, boudiné dans la tunique de ses vingt ans et fort embrunqué par son flingot et par une baïonnette aussi redoutable qu' encombrante.

Cette alerte de saudarerie, cette galopade de retardataires à travers la ville sentait un peu la panique et faisait assez bien « Train de 8 h 47 ».

Telle n'était toutefois pas l'attitude du commandant Bonnemine. C'est en effet très posément que ce solennel quincaillier, dont les étudiants avaient fait leur tête de turc, quittait sa demeure, en se gantant, tout rutilant de ses galons et de sa fourragère. Foulant le haut du pavé, il arborait un air martial auquel un binocle bilbotant tout cron sur un nez débonnaire, opposait d'ailleurs un démenti formel.


Á côté des « bleus » il y avait les corps spéciaux. Et d'abord les chasseurs éclaireurs, « cranes saudards peints en fer », comme dit l'autre. Un petit coquin de shako en toile cirée, bord relevé sur l'oreille, leur donnait un air conquérant et cascadant. Les pans de leur capote étaient relevés sur les genoux de ces intrépides marcheurs qui s'aventuraient loin hors de la ville, où ils pratiquaient la petite guerre à tous les carrefours de campagne. Et lorsqu'ils rentraient, fourbus et crottés comme des barbes, les « bleus » les accueillaient de quolibets qoguenards : « Vos l'avez comme vos l'avez voulu, hein, camarades ! »

Par ordre de prestance, venaient ensuite les artilleurs, sans artillerie, personnages au port avantageux, de tempérament sérieux mais combien pacifiques. Jusqu'à bien tard, ils pratiquèrent l'exercice du tir au canon du point de vue purement théorique, sans un quelconque appoint d'aucune bouche à feu. Lorsqu'on les dota de deux pièces du plus petit calibre, il y eut une fameuse algarade dans la compagnie !

On recruta quelques chevaux de brasseurs, pansus, qui, aux tournants de nos cronques rues, donnaient de l'embrouille du diable. Quant aux canons, on s'en servait avec parcimonie et aussi avec un tantinet de pépette, car, tout de même, c'était autre chose que de tirer les campes.


Enfin, il y avait une poignée de gardes à cheval que l'on voyait cavalcader en queue des défilés, toutes buffleteries et quincailleries brinqueballantes. Ils étaient les dandys de cette garde bourgeoise. Dolman sanglé, bottes à l'écuyère, chapska poilu, faisant un peu tziganes, ils groupaient tous les personnages de no p'tit trau d' ville qui montaient à cheval. Ils impressionnaient sans conteste, et les bleus que nous étions, se seraient bien mis au garde-à-vous pour leur adresser la parole.


Au son des clairons, trompettes et tambours, tout ce monde gagnait la banlieue mais l'évolution des bleus avait pour théâtre la déserte plaine de Nimy. Car les approximatifs mouvements d'ensemble de ces valeureux guerriers justifiaient qu'on les entourât d'une certaine discrétion. Ce n'étaient que « alignez-vous à droite !... Derrez les rangs !... Marchez au coude à coude ! »

Á tout instant, il fallait les numéroter, à croire qu'ils se perdaient au cours de l'exercice. « Par peloton à droite ! ... L'homme de droite fait à droite et la gauche marche ! »

Des rangs s'élevaient des protestations indignées :

– Mais, commandant, vos n'voyez pas qu'il y a des berdouilles par là !

En réponse, l'ordre venait impératif :

– Marchez quand même !... En avant !

Vus en enfilade, les bedons multipliaient les lignes convexes. « Numéros quatre, sept et huit... rentrez ! Á quoi le panchu répondit un jour :

– Facile à dire, « rintrez ». Mé si ça rinte pa d'vant, ça sort par derrière !

On marchait quand même puisque la patrie, par la voix du commandant le voulait ainsi. Á coups de rappels à l'ordre, on atteignait l'heure attendue de former les faisceaux dont plusieurs, trop hâtivement dressés, s'écroulaient dans un bruit de ferraille, et on allait in boire eune.


Enfin, venaient les préparatifs de la rentrée en ville et du défilé sur la Grand-Place. Le rassemblement des diverses unités se faisait au bas de la rue de Nimy, dont la montée s'effectuait au ralenti car il fallait tenir compte des ventrus essoufflés et des saudards aux pieds fragiles.

Venait d'abord l'excellente « harmonie » que dirigeait Désiré Prys. Il fallait le voir conduire sa phalange, l'air désinvolte, le nez au vent, le melon empenné su s' tiète à l'artisse, gambillant comme ein vieux ropïeur. Tous cuivres déchaînés, la musique ne jouait que de vieux airs montois ou refrains à la mode, tandis qu'en avant-garde, les arsouilles faisaient des culs-tourniaux.


Á hauteur du Palais de Justice, on soufflait un peu avant d'aborder la grande épreuve du défilé sous l'oeil des huiles de l'état-major. Mais les saudards du dimanche accordaient plutôt leurs regards à l'hôtel de Ville gothique, à tous les cabarets accueillants qui ceignaient la Place, au beffroi qui fier comme potière montait la garde à l'toupette de leu trau d'ville. En réalité, ils étaient passés en revue pau singe du Grand-Garde, qui semblait leur faire narquoisement un vgue salut militaire.


Dans la certitude d'être bientôt délivrés, les bleus s'appliquaient à défiler correctement mais il y avait cette fichue déclivité du pavé qui rendait l'alignement bien difficile. Enfin l'hosanna du « rompez-les-rangs » retentissait et en une folle débandade, les hommes « spitaient » comme des sorcières. Les officiers se réunissaient dans les cafés chics et discutaient la manoeuvre entre deux apéros distingués. Les corps spéciaux gagnaient leur local. Le bleus, le gros des troupes, s'égaillaient vers le Comte de Flandre, la Brasserie de Bruxelles où les caves de Munich qui, d'un coup s'emplissaient de clameurs.


En quatrième vitesse, on en sifflait une « pou faire déquinde les poussières » et une autre « pou sintî l'goût ». Un loustic faisait remarquer qu'il y aurait sous peu des élections à la troisième, car le régime de la Garde-Civique était hautement démocratique et on y élisait les chefs tout comme dans les conseils d'entreprise d'à présent. Aussitôt, la chaleur de la conversation montait et, comme de juste, cela devait s'arroser.


Venait le moment où l'on proposait au Gusse, l'élève d'Achille Tondeur, d' in pousser n' petite passqué il avait bé longmint qu'on l'avait intindu. et l' Gusse avait toujours, chacun le savait, un grand air au bord des lèvres. Du bel canto on passait aisément au « choeur imposé » qui était généralement « Marie-Clape-Chabots ».

Puis un meneur de jeu prenait la tête du monome et une ronde de Saint-Antoène faisait tourner les saudards du dimanche, le fusil sur l'épaule, crosse en l'air à défaut de maquet de crosseur.


C'est ainsi que ces saudards délivrés exprimaient la victoire de la bonne humeur et la revanche de la liberté sur la grandeur et la servitude militaire.

Finalement un plus sage que les autres, qu'on ne tardait pas à qualifier de couyon, rappelait à tous ces inhuftés (excités) le règlement qui leur ordonnait d'être en civil une heure après la fin de la prise d'armes et l'on s'en retournait in bilbotant un peu vers le bouillon d' pouye dominical.

Chacun de ces hérauts d'armes s'attendait à être berdellé par sa bourgeoise car celle-ci s'apercevait illico que, parti avec un plumet, es' n' homme ervenait avé n' surlute.

Á quoi, solennel et impavide, le soldat citoyen répondait qu'il avait, ce matin, noblement rempli ses devoirs envers la patrie, et l'on passait à table.


Lorsqu’ éclata la Première Guerre mondiale, plus de 45.000 soldats-citoyens furent réquisitionnés pour des missions de surveillance. L’armée allemande considéra cependant ces gardes comme des franc-tireurs, menaçant ses membres d'être fusillés. La plupart des unités furent rapidement dissoutes, mais quelques corps en provenance de Liège, de Bruxelles et de Flandre orientale suivirent l’armée de campagne sur l’Yser et participèrent aux opérations militaires, mais sont définitivement remerciés le 13 octobre 1914. Après la guerre, la Garde civique ne fut pas reconstituée. Placée en non-activité en 1920 parce qu'une modification de la constitution était nécessaire pour sa suppression définitive, elle ne fut supprimée officiellement qu'en 1982 (Chambre) et 1984 (Sénat).

[1] "Le nouveau dictionnaire des Belges. Thierry Denoël, collectif sur www.bibliomania.be [2] Léon Fourmanoit Des luttes…Des hommes…Et du Borinage.1993.




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