MONS - la liberation (1944)

Dernière mise à jour : 30 août

LA LIBERATION DE MONS EN SEPTEMBRE 1944 (1)


Comme beaucoup d'autres villes belges, notre cité a vu sa libération s'accomplir sans trop grand dommage grâce à la rapidité de l'avance des armées libératrices ; cependant, à l'arrivée de celles-ci, la ville de Mons comptait 350 maisons détruites et un millier d'autres abîmées, les unes lors du bombardement allemand de mai 1940, les autres, lors des raids aériens préalables au débarquement du 6 juin ; il n'y eut heureusement que peu de victimes. Malheureusement, on ne peut en dire autant des communes voisines où les Allemands, dans leur retraite, ont fusillé de nombreux civils et incendié divers immeubles.

Depuis le 28 août déjà, la population suivait avec une joie et un espoir chaque jour accru, le rythme sans cesse accéléré de la retraite allemande. Durant les derniers jours d'occupation, celle-ci prit une ampleur considérable et, roulant parfois à plusieurs de front, un ensemble hétéroclite de véhicules en tout genre se dirigeait vers le Nord et vers l'Est.

Le personnel attaché aux différentes « Kommandanturen » ainsi que le pseudo-bourgmestre Denis et le pseudo-échevin Laitat, nommés par le traître Romsée à l'intervention du pouvoir occupant, accompagnés d'autres traîtres et collaborateurs, avaient quitté la ville dès le vendredi 1er septembre, emportant tout ce qu'ils pouvaient dans les camions et voitures des pompiers, matériel qu'on n'a plus jamais revu. Des soldats vendaient à vil prix des vivres et des objets volés en France et en Belgique et dans certains dépôts de la ville. Cette débandade entraîna un véritable pillage de ces dépôts avec la complicité des troupes allemandes, qui empêchèrent l'intervention de nos forces de police.

Le samedi 2 septembre au matin, la circulation devint moins intense, signe précurseur de la fin de la retraite. Des canons et des tanks avaient été mis en position sur la Grand-Place, ce qui laissa supposer l'intention des Allemands de se battre dans les rues.

Vers 10 heures, un officier fit quérir d'urgence une autorité montoise officielle. Les bourgmestre et échevins rexistes ayant quitté furtivement la cité ou étant absents, ce fut le commissaire en chef de la police, nommé par les autorités rexistes, qui se présenta. L'officier tint à peu près ce discours : « Les Alliés vont arriver. Nous allons défendre la ville. Si la population marque de l'hostilité envers la Wehrmacht, la ville sera incendiée et des civils fusillés en masse ».

Une proclamation fut immédiatement faite, il était 10 heures du matin, invitant la population au calme et à ne commettre aucun acte hostile à l'égard des troupes allemandes en retraite. Les pompiers en possession de tambours et de clairons firent des haltes en quelques endroits de la ville, où la proclamation fut lue par un agent de police annonçant que des combats allaient avoir lieu et invitant tout le monde à rester chez soi. En un clin d'œil, la ville fut déserte et bientôt des salves d'artillerie retentirent aux oreilles des habitants complètement abasourdis par la soudaineté des événements tant les nouvelles militaires diffusées par la BBC demeuraient dans une imprécision qui laissait ses auditeurs dans une grande inquiétude. Cela n'a pas empêché les groupes de résistance, alertés, de se constituer en vue d'aider efficacement l'avance des Américains.[1

Depuis 8 jours, les manifestations de la retraite allemande se traduisaient donc par un passage continu de véhicules les plus hétéroclites. En même temps que des chars d'assaut de canons et de transports militaires, les boulevards et les routes de Valenciennes et de Charleroi étaient incessamment encombrées de chariots de ferme et de cabriolets, transportant meubles et ravitaillement. De pleins chargements y avaient également déambulé, accueillis par les sourires sarcastiques de la population[2]. Ajoutons que bon nombre de véhicules allemands étaient abondamment pourvus de bouteilles de liqueurs et de vins.

Excepté quelques incendies allumés par les Allemands, la journée semblait devoir se passer sans incident, quand une auto s'arrêta brusquement à hauteur du bureau de police. Un chef SS, accompagné de quatre ou cinq soldats, fit irruption dans le bureau après avoir bousculé les personnes qui se trouvaient sur le pas de la porte. Ils menacèrent les inspecteurs et les agents de leurs armes (mitraillettes, fusils et revolvers), les firent aligner le long du mur à l'intérieur de la permanence et les fouillèrent. Ils firent ouvrir les cassettes en disant que des armes y étaient cachées. Le commissaire en chef fut maintenu, durant la fouille, sous la menace d'un revolver, mais put cependant calmer les SS en leur exhibant un accusé de réception signé par le bourgmestre rexiste Denis qui avait fait remettre à l'autorité allemande les brownings mis à la disposition de la police. Ils se retirèrent en disant qu'ils allaient revenir et que s'ils trouvaient une cartouche les agents seraient fusillés.

Après cet incident, une partie des véhicules parqués sur la Grand-Place partirent en direction de Bruxelles. Une douzaine de chars qui étaient resté se portèrent à la rencontre des troupes alliées pour livrer bataille, mais ils firent peu après demi-tour et se dirigèrent également vers la capitale. Ils furent suivis par des camions et par deux soldats allemands tirant une charrette. Ce furent les derniers qui traversèrent la place sur laquelle régna alors le plus absolu silence [3].

Quelques obus tombèrent de ci de là, sur la ville. En brûlant leurs archives, les Allemands allumèrent sur la Grand-Place un incendie qui fut rapidement maîtrisé. Par ailleurs, les maisons ayant portes cochères furent envahies par des officiers et des soldats cherchant des automobiles afin de se sauver plus rapidement ; c'est ainsi qe l'ambulance de la Croix-Rouge fut enlevée par un groupe de soudards en état d'ivresse.

Alors que, aux confins de Jemappes, les troupes en retraite se livraient à des atrocités, extrayant de leurs caves les civils apeurés et les fusillant sas pitié, à Mons même, les dernières heurs de l'occupation se passèrent sans encombres [4].


Le 25 août 1944, Paris est tombé aux mains des Alliés mais loin de profiter des joies de la ville lumière, les Américains foncent vers la frontière belge. Leur but : couper la retraite aux troupes allemandes qui tentent de se replier vers la ligne Siegfried pour y établir de nouvelles défenses et empêcher les troupes alliées de pénétrer sur le territoire allemand. En quelques jours, ils parcourent les quelques 250 kilomètres qui séparent Mons de Paris et le 2 septembre 1944 à 18 h. 30, le premier « Sherman » s'arrête place de Flandre devant une foule en liesse [5].

Au moment où les chars américains approchèrent de la ville, le spectacle le plus ahurissant auquel nos concitoyens eurent la grande satisfaction d'assister, fut la fuite éperdue des derniers Allemands cheminant en carriole de maraîchers, en tombereaux et autres véhicules voire en landau ou bien même se traînant péniblement à pied, s'appuyant sur un bâton. Soudainement pris de panique, ils s'enfuirent sur toute la largeur des avenues et chaussées, allant jusqu'à abandonner les véhicules qu'ils jugeaient trop lents. La débandade et la course étaient grotesques au possible, provoquant l'hilarité de tous les spectateurs qui durent cependant disparaître lorsque ces troupes affolées se mirent à tirailler au hasard.

En ville, il y eut peu de combats, quelques fusillades et un obus tiré par un char installé place de Flandre sur un camion allemand tirant deux canons anti-aériens et circulant boulevard Fulgence Masson. L'américain fit mouche au premier coup et toucha le véhicule de plein fouet juste à l'endroit où se trouvaient les munitions. Partout ailleurs, ce ne fut que petites escarmouches se soldant la plupart du temps par une victoire rapide des Américains. Á Jemappes, au mont Eribus, au mont Panisel, près d'Hyon, à Ciply,à Asquillies, à Nouvelles, à Harvengt[6].

Dès le samedi 2 au soir, vers 19h10, les chars américains étaient acclamés par les habitants en délire, leur jetant des fleurs et agitant des drapeaux. Pendant ce temps, d'autres colonnes entraient en ville et se dirigeaient vers la Grand-Place où elles furent reçues par le Comité de Libération et par Mr l'échevin Leclercq, assumant les fonctions mayeurales pendant l'absence du bourgmestre retenu dans le maquis. M. Leclercq parut au balcon de l'Hôtel de Ville où il fut l'objet d'une vibrante ovation de la part d'une foule énorme accourue de divers quartiers et en quelques instants, la ville fut entièrement pavoisée.

Les Allemands avaient à peine quitté la ville que M. Redouté, carillonneur, montait vers son carillon sur lequel il interpréta la Brabançonne et le Doudou, rééditant ainsi son exploit de 1918. Mais son heureuse intervention dut être interrompue à la demande de autorités américaines ; il n'y avait pas lieu, en effet, de faire connaître à l'ennemi, la libération de Mons. Il était du reste bien imprudent d'extérioriser sa joie de pareille façon, car notre ville n'était, à ce moment, protégée que par des pointes motorisées américaines alors que d'importantes forces allemandes – on s'en aperçut les jours suivants – se trouvaient encore au sud de Mons et dans ses environs immédiats.

Dans la nuit de samedi au dimanche et le dimanche matin, il y eut de nombreuses mitraillades. Á 6 heures notamment, des Allemands cachés dans l'école Saint-Luc sortirent en camion. Ils furent immédiatement attaqués par les milices patriotiques et les chars américains. Ils se réfugièrent dans une maison où ils subirent un siège en règle avant d'être carbonisés tandis que leurs munitions sautaient.

Grâce à cette rapide intervention des troupes américaines, assistés de vaillants patriotes montois, la ville de Mons put éviter une bataille importante et les principaux monuments sont sortis intacts ou presque, de la tourmente[7].

[1] Victor Maistriau, bourgmestre de Mons de 1926 à 1953. [2]Henry Delanney. [3]Victor Maistriau [4]Henry Delanney [5]Claude Christophe, « Mons 1940-1944 en Images ». Rd ; Libro-sciences. 1980. [6]Ibidem [7]Victor Maistriau, bourgmestre de Mons.














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