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L'avenue Jean d'Avesnes vers 1900. Carte postale. Coll. de l'auteur.

Jean Ier de Hainaut fils de Jean d'Avesnes représenté dans un ouvrage du XVIe siècle.

Esterlin en argent frappé entre 1290 et 1295 à Mons sous Jean II d'Avesnes.

 

 

AVENUE JEAN D'AVESNES

Appelée avenue de Bertaimont jusqu'après la guerre de 1914 – 1918, son nom rappelle la dynastie des Avesnes qui régna en Hainaut de 1280 à 1345.

Né le 1er mai 1218, il était le fils de Bouchard d'Avesnes et de Marguerite de Constantinople, soeur cadette de Jeanne, comtesse de Flandres et de Hainaut. Le mariage de ses parents ayant été dissous par le pape, sa naissance fut entachée de bâtardise. De plus sa mère s'était remariée avec Guillaume II de Dampierre dont elle avait eu des fils .

Lorsque la comtesse Jeanne mourut, Marguerite devenue à son tour comtesse de Flandre et de Hainaut, désigna comme héritier Guillaume III de Dampierre, né de son second mariage. Dès lors revendiquant ses droits, Jean et son frère consanguin Baudouin, entreprirent de faire admettre leur légitimité. Appelé à régler le conflit, le roi de France attribua le Hainaut (ainsi que Namur) aux d’Avesnes, et la Flandre (qui à l’époque est toujours sous la suzeraineté de la France) aux Dampierre (juillet 1246). En consacrant la séparation définitive des deux comtés qui avaient été réunis durant 84 ans, le roi de France a cherché à profiter des querelles familiales pour affaiblir un vassal qui pourrait s’avérer trop puissant. Mais Jean d'Avesnes supportant mal le démembrement du patrimoine de son bisaïeul entra en lutte contre Gui, son oncle. C'est alors que la lutte, qui durera jusqu’en1287, s'engagea entre les d’Avesnes et les Dampierre. Il décéda à Valenciennes le 24 décembre 1257.

Jean 1er de Hainaut (né Jean II d'Avesnes) était le fils, né vers 1248, de Jean Ier et de Adélaïde de Hollande. Agé de neuf ans à la mort de son père, insatisfait de la conclusion des guerres de succession de Flandre et de Hainaut, il convainquit Guillaume II, comte de Hollande, son beau-frère de s'emparer du Hainaut et des régions de Flandres qui se trouvent dans les limites de l'empire. Une guerre civile s'ensuivit, qui finit par la victoire des forces d'Avesnes et l'emprisonnement de Dampierre. Il entra aussi en lutte avec les bourgeois de Valenciennes qui réclament le maintien de leur privilèges. Ceux-ci se se placent sous la protection du roi de France, Philippe IV le Bel et de Gui de Dampierre. Au bout de sept ans de guerre, le roi de France et le comte de Flandres se brouillent et Philippe le Bel se rapproche de Jean d'Avesnes et lui reconnaît la possession de Valenciennes, à qui le comte accorda son pardon moyennant une lourde taxation (voir rue Valenciennoise). Jean de Hainaut est d'ailleurs l'un des protagonistes de la série romanesque des « Rois maudits » par Maurice Druon, et de ses adaptations télévisées. En 1296, il intervient militairement dans la lutte pour la succession du comte de Hollande Florent V, son cousin assassiné. Suite au décès prématuré du fils de celui-ci, il devint avec l'assentiment des Hollandais eux-mêmes et celui de l'empereur Rodolphe Ier de Habsbourg, comte de Hollande et seigneur de Frise.

Jean II d'Avesnes fut le premier à porter les armes, qui devinrent celles du Hainaut. Elles combinent les armes du comté de Flandre, que revendiquait déjà son père, et celles du comté de Hollande, qu'il conquit. Il épousa Philippa de Luxembourg dont il eut onze enfants. Durant son règne, il prit de nombreuses mesures destinées à l'expansion économique, démographique et territoriale de Mons. C'est, en effet, à cette époque (1290-1295) que fut érigée l'enceinte communale qui donna sa forme définitive à la cité. Il est mort le 22 août 1304 laissant les deux comtés à son fils Guillaume Ier.

Depuis juin 1975, lors des travaux d'aménagement des boulevards, le monument des Chasseurs à pied qui se trouvait jusque là au milieu du carrefour y a été déplacé.

 

RAMPE SAINTE-WAUDRU

Tout le monde connaît ce raidillon qui court le long de la collégiale puisqu'il est le théâtre, chaque année, d'un événement des plus marquant de la ducasse de Mons, à savoir la montée du Car d'Or. Évidemment, la collégiale constitue le principal édifice bordant cette voirie, mais celle que nous connaissons ne fut pas la première, alors qu'y avait-il avant ?

Au Moyen-Age, il y avait en fait deux édifices religieux. D'abord une chapelle dédiée aux saints Pierre et Paul destinée à l'office pour la communauté des moines Bénédictins qui la desservaient (qui furent, par la suite, remplacés par les chanoines de Saint Germain). Ce qu’il y avait de curieux avec cette église Saint-Pierre, c’était son implantation orientée plus ou moins Nord-Sud, le chœur vers le sud et l’entrée au nord, ce qui était tout-à-fait anormal pour une église de ce temps puisque généralement elles étaient construites le choeur à l'est. Cette chapelle était située entre l’actuelle collégiale, l’ancienne cour comtale - l’école Saint-Joseph actuelle - et le square Saint-Germain.

Ensuite, apparut une modeste église, dédiée à Notre-Dame, réservée exclusivement à l'usage de la communauté fondée par Sainte Waudru. Mais celle-ci , suite aux miracles qu'on lui attribua après sa mort, devint un lieu de pèlerinage de plus en plus fréquenté, qu'il fut nécessaire de construire une plus grande église. Elle le fut dans le style roman carolingien. Les dimensions de cet édifice, sans atteindre celles de l’actuelle, devaient, cependant, être importantes. La lecture des documents nous renseigne, en effet, qu’elle comptait au moins 17 chapelles, et qu'elle abritait de nombreux tombeaux de comtes de Hainaut et leur famille. D’une construction assez simple, elle se composait du côté ouest, d’une nef précédée d’un massif avant-corps surmonté d’un côté d’un clocher-tour à flèche effilée et, vers l’est, d’un chœur, séparé de la nef par un cloisonnement, parce qu’il était réservé aux moniales. Une sacristie complétait le tout. On sait également qu’un bâtiment séparé, plus à l’est, abritait, à une certaine distance de la partie cloîtrée une infirmerie et une salle des morts. Entre le chœur et celui-ci, s’étendait le cimetière. Cette église fut incendiée en 1078 puis à nouveau en 1112 , d'ailleurs, avec tous le quartier environnant, puis par on ne sait quelle fatalité encore en 1113. Elle fut reconstruite, vers 1169, mais toujours dans le style carolingien, plutôt lourd.

On sait d’après les comptes de la fabrique, qu'en 1448, l’état du chœur de cette église romane imposait des réfections. De plus, cette construction rustique, d'une architecture informe et grossière dont le style était complètement discrédité à l’époque, ne supportait plus la comparaison avec ce qui se faisait dans les autres grandes villes du pays. Ce qui donnait une image peu flatteuse du chapitre noble qui en était responsable, et cela a sans doute été à l’origine du projet de construction d’une nouvelle église, la cinquième, et dernière. Bien entendu sur un plan plus vaste, une élévation plus majestueuse, comme on savait le faire, alors, avec l’art gothique qui était à la mode.

On commença la construction par le chœur. Mais comme on prévoyait un édifice beaucoup plus grand, le nouveau fut positionné au-devant du chevet de l’ancienne église romane, ce qui permit, durant les premières années, de poursuivre la célébration des offices dans cette dernière. Pour cette raison de plus grande extension, il avait fallu démolir l’ancien oratoire des Saints Pierre et Paul, qui existait toujours.

Les travaux préparatoires commencèrent le 9 mars 1450. La première pierre fut solennellement posée le vendredi suivant par deux chanoinesses et deux enfants nobles. Les quinze premières semaines furent consacrées à la « deffaisance de le trésorie et croustes » (cryptes) ainsi que la partie du vieux chœur que l’on se proposait de reconstruire la même année. La démolition finie, les fondations furent immédiatement commencées. A la fin juin, elles furent vérifiées par Gilles Pole et Mathieu de Layens. Dès lors, la maçonnerie des fondements fut poussée avec une grande activité jusqu’à la fin de novembre, au fur et à mesure de la démolition de la vieille église romane. Les travaux reprirent au printemps de 1451. Les premiers piliers, en pierre d’Ècaussines, furent posés cette même année. C’est à ce moment que Mathieu de Layens fut choisi pour contrôler l’exécution des travaux en tant que maître de l’œuvre, c'est-à-dire directeur des travaux.

L’élévation du choeur dura un peu plus d’un demi-siècle, comme en témoigne la clé de voûte de la deuxième travée, qui porte la date de 1506. Alors, on considéra qu’une étape était franchie car, à partir de 1508, des démarches furent entreprises pour l’installation des vitraux du chœur, ce qui indique bien que l’on avait atteint un premier objectif. Ce qui était, sur le plan technique, réellement le cas, car la difficulté qui se présentait à chaque instant aux architectes-ingénieurs de l’époque était de maintenir en équilibre les poussées développées par les charges qui grandissaient au fur et à mesure de l’élévation vertigineuse des piliers, et particulièrement lors de la pose des arcs formant les claveaux ainsi que des nervures de croisée d’ogives.

En travers, celles-ci étaient contenues par la masse des maçonneries des chapelles collatérales et, plus haut, par les arcs-boutants qui les transmettaient aux contreforts coincés entre les chapelles. Mais dans l’axe de l’édifice, comment la poussée des arcs des travées était-elle retenue ? Eh bien, à l’est, par la disposition en « carole » du chevet, et le rapprochement des piliers qui la formaient – ils sont, en effet plus serrés les uns à côté des autres que ceux de la nef - et, de l’autre côté, à chaque fois, par la travée suivante, jusqu’à l’entrée du chœur où l’on élevait un pilier quatre fois plus massif afin de retenir la poussée de l’ensemble de ce côté, renforcé, sans doute, par des contreforts provisoires en attendant la construction de la croisée du transept. Une fois arrivé à ce stade, l’ingénieur-architecte, avait la garantie que la construction était en équilibre et se soutenait d’elle-même en renvoyant verticalement toutes les charges sur les fondations par le biais des croisées d’ogives, des arcs boutants et des piliers, permettant de libérer les volumes et les espaces en répartissant les charges.

Une première série de marques identiques, en forme de Z, d’étoile et de triangle, montre bien que la première tranche des travaux s’est limitée à l’édification des murs des chapelles rayonnantes formant l’abside, puis à l’érection des piliers séparant le fond du chœur et le déambulatoire, continués par les nervures du triforium entourant les fenêtres hautes, mais sans dépasser celles-ci.

On identifie l’étape suivante par des marques différentes, cette fois en forme de z et de x mélangés, qui la délimitent clairement. On les découvre sur les pierres bleues utilisées pour les finitions des chapelles bordant le chœur ; les piliers des quatre travées rectilignes de celui-ci, ainsi que sur celles formant les arcs de la voûte qui recouvre à la fois l’abside et l’entrée du chœur. Ce qui démontre bien que la stabilité des premiers éléments du choeur a d’abord été assurée par la construction des travées suivantes avant de poser les voûtes sur l’ensemble.

Par la suite, les travaux continuèrent sans interruption, si ce n’est durant la période hivernale, allant bon train au fur et à mesure que l’on démolissait l’ancienne église. La clé de voûte de la croisée du transept porte la date de 1519. Les bras, eux, furent terminés entre 1525 et 1527. Enfin, le 31 mars 1520, le chapitre décidait la construction du campanile surmontant la croisée. Il fut achevé l’année suivante.

Une troisième série de marques en forme de Z barré correspond à la mise en place du transept, de la sacristie et des quatre premières travées de la nef. Celles-ci i furent commencées en 1519, en ce compris les bas-côtés (dont certaines clés de voûte affichent les dates de 1524 et 1529), les chapelles collatérales correspondantes ainsi que les salles en hors d’œuvre situées au sud. Mais, encore une fois, sans poser ni la haute voûte ni les pierres décoratives du triforium, ni les remplages des fenêtres, dont les marques de tailleur diffèrent, ce qui permet d’affirmer que ces travaux ont été exécutés avec la tranche suivante.

Cependant, comme le montre le dessin effectué par l’architecte-peintre Pierre Seuwart en 1531, à l’occasion d’un litige survenu entre les chanoinesses et les chanoines de Saint-Germain qui fut porté devant le juge, la charpente et la couverture d’ardoises ont, cependant, été réalisées, ainsi qu'un mur provisoire, élevé à la même date, qui ferma l’extrémité de la nef pendant cinquante ans. On suppose que c’est la perspective d’un manque de moyens financiers qui a provoqué cette décision de murer la nef pour la protéger des intempéries (elle est, en effet, orientée vers les vents dominants). Mais cela ne voulait pas dire que les travées suivantes n’avaient pas été commencées. Il est fort probable que des piliers étaient déjà érigés en tout ou en partie, des murs de chapelles déjà dressés, puisqu’on procédait progressivement. Cela obligeait sans doute les ouvriers à protéger les maçonneries entamées, renforcer par endroit certains éléments pour ne pas que le vent les mette à bas, placer des cloisons ou des toitures provisoires, pendant les périodes d’arrêt, etc... Surtout si celles-ci devaient durer longtemps.

Cela tombait bien parce que l’occupation par surprise de la ville par les protestants hollandais et français, en 1572, a retardé la reprise des travaux, et ce, pour longtemps. En effet, malgré la reprise de la ville par les Espagnols, l’insécurité régna encore plusieurs années en raison des troubles provoqués par la présence de troupes écumant la région, vivant sur le dos des habitants sous prétexte de la guerre. Il ne fut carrément plus question de poursuivre le projet de la tour. On se contenta, pendant cette période troublée de terminer la nef.

Le gros œuvre des cinquième, sixième et septième travées fut terminé en 1580 et 1581, après la fin des troubles qui agitèrent les Pays-Bas à cette époque où les troupes du duc d’Albe désolèrent nos régions. Et cela est bien confirmé, par une dernière série de marques appartenant à trois tailleurs différents, que l’on retrouve sur le gros-œuvre des trois dernières travées de la nef. Mais aussi celles du plus important fournisseur, Jean De Pissier, sur les pierres formant les résilles garnissant les écoinçons et le triforium des premières travées, pourtant terminées depuis longtemps. Enfin, C’est également ce dernier qui livra, en 1580, les pierres destinées aux nervures et aux clés de voûte de l'ensemble de la nef, mettant, ainsi, enfin, un terme à la décoration du plafond.

Remarquons que, malgré ces cinquante ans d’interruption, la même technique de phasage des travaux aura été respectée jusqu’au bout par les différents fournisseurs et les maçons qui se sont succédé sur le chantier, puisque c’est la marque d’un nouveau venu, un certain Antoine Hanicq, qui apparaît sur les pierres formant les résilles des dernières travées. C’est, donc, lui qui acheva la décoration intérieure de la nef - avec beaucoup moins de soin, à vrai dire, que ses prédécesseurs.

En 1589, donc, les travaux de la nef se terminent alors que la tour est à peine entamée, encore que les fenêtres des quatre dernières travées occidentales ne reçurent leurs réseaux de pierre qu’entre 1610 et 1621 et les meneaux des huit dernières fenêtres de la nef ne furent posés qu’entre 1910 et 1921. Cependant, n’oublions pas que, malgré ces achèvements qui s’étirèrent dans le temps, toutes les dispositions architecturales initiales, présentes dans le chœur, furent continuées dans la nef. Parfois peut-être, avec moins de richesse de détails, mais assurant une remarquable homogénéité de l’ensemble.

En ce qui concerne la tour, sa construction fut très chaotique : le 5 mars 1547, une résolution ordonne de la commencer. Jusqu’en 1570, les ouvrages de la tour se continuèrent presque sans interruption puis s'arrêtent en raison des troubles et de l'insécurité dans le pays. En 1619, La paix et la prospérité étant revenues, les travaux reprennent et on continue d’élever la tour sur ses fondements, mais, quand, en 1626, les maçonneries atteignirent le niveau des voûtes et que l’on commençait à monter le mur par-dessus la grande arche pour soutenir la base du côté suspendu de la tour, quelque chose a fait que les travaux de construction ont été immédiatement arrêtés. Est-ce que des problèmes de stabilité sont apparus ? Est-ce que certains contreforts de la tour avaient tendance à bouger sous le poids de la charge que l’on commençait à lui imposer On ne sait, mais cela provoqua un grand émoi chez les responsables du chantier, et bien sûr, chez les dames chanoinesses ainsi que parmi les membres de la fabrique d’église. La construction de la tour fut dès lors à nouveau suspendue. Il n’était, en effet, pas possible de continuer son élévation sans risquer de la voir s’effondrer en raison d’un différentiel dans le tassement de ses assises.

Plusieurs solutions furent tentées pour arrêter le phénomène, mais rien n’y fit. Au fur et à mesure de l’élévation de la tour, celui-ci s’accentuait. Il fut, alors, décidé d’abandonner purement et simplement le projet et de se contenter de monter les maçonneries au niveau du comble de la nef, de doubler le mur séparant celui-ci de la tour à l’aide de solides moellons pour le renforcer, ce qui lui a donné l’importante épaisseur que l'on peut encore lui voir aujourd'hui, puis de poser une toiture au même niveau que celle du reste de l’église. En 1637, les travaux reprennent et atteignent le faîte de l’église, puis nouvel arrêt. Une reprise a lieu en 1659 pour compléter la construction existante. En 1669, toute activité cesse à nouveau. En 1683, un tableau montre que la tour est toujours en chantier. En 1687, on installe une toiture provisoire au niveau du comble principal, puis, l’abandon définitif de la construction de la tour est confirmé.Le siège que la ville eut à subir en 1691, et l'occupation qui suivit, ainsi que ceux qui survinrent au cours des décennies suivantes firent que jamais plus les chanoinesses ne trouvèrent les moyens financiers pour élever la tour de leur collégiale qui, pourtant, devait être la plus haute du pays (environ 190 mètres).

 

Pour terminer avec les travaux de construction de la collégiale, on entame en 1697, la construction d'un escalier d’accès au grand portail de la tour, mais celui-ci ne partait que du parvis (et non pas de la rue de la Grosse Pomme située en contrebas comme actuellement). Sur ce parvis se situait un cimetière, dit des Innocents, réservé aux enfant. Cet escalier restera en place durant tout le XVIIIe siècle, mais le 12 mars 1827, la muraille de soutènement qui longeait la rue de la Grosse Pomme, haute de plus de quatre mètres, s'écroule et on décide d’en profiter pour construire un grand escalier qui descendra jusqu’à la rue. Le 22 octobre 1840, les travaux commencent et dureront jusqu’en 1844. Mais suite à un changement des plans en cours d'exécution, l’escalier déplaît tellement (il est d'aspect trop lourd et masque, depuis la rue, tout le bas de la tour) qu’il ne fut jamais inauguré.

En 1858 des travaux nécessaires de réparations sont entamés puis délaissés. Tout reste en l'état d'abandon jusqu'en 1896, date à laquelle les travaux de percement de la nouvelle rue du Chapitre entraînent le réaménagement complet du grand escalier sous la direction de l’architecte Joseph Hubert (on en profita pour démolir l'entrepôt adossé au parvis et qui formait un étranglement au bas de la rampe). C'est en 1898, enfin, qu'on installa autour du parvis les garde-corps en fer forgé, plus aériens que ceux en pierres, terminant ainsi la saga des travaux de construction de la collégiale.

Mais pas les avatars dus aux guerre. Le siège de la ville et le bombardement intensif qui fut employé perça le plafond du transept et mis le feu au campanile (on en voit encore les traces de nos jours). Les sièges qui suivirent n'entamèrent pas la collégiale, pas plus que les tirs au canon de la première guerre mondiale. Par contre les bombardements allemands du mois de mai 1940 percèrent à nouveau la toiture et la voûte de la collégiale, ce qui entraîna par voie de conséquence le remplacement de la couverture de l'édifice en 1941.

Mais la collégiale n'est pas le seul bâtiment à border la rampe Sainte-Waudru. Il y a aussi, en dehors des maisons particulières, l'école communale dite de la Rampe Sainte-Waudru. Elle a été construite en 1858 dans un style Tudor très en vogue à l'époque, d'après les plans de l'architecte Charles Sury pour recevoir six classes. Ce que l'on sait moins, c'est que cet établissement scolaire occupe l'emplacement de l'ancienne « Maison épiscopale de Mons » qui servait sous l'Empire et le royaume des Pays-Bas de pied-à-terre à l'évêque diocésain et à ses vicaires généraux.

Un décret du 16 septembre 1808 avait attribué à l'Évêque de Tournai la propriété d'une maison sise en face de la collégiale, provenant des biens du Chapitre de Sainte-Waudru, pour lui servir de logement dans les séjours qu'il est obligé de faire à diverses époques dans la ville de Mons, les frais d'entretien devant être supportés par la ville. Mais, à partir de 1839, le défaut récurrent de réparations urgentes lui ôta la possibilité de l'habiter. Est-cela qui fit qu'en 1850 le gouvernement enleva à l'évêché la propriété jusqu'alors incontestée de cette maison ? Nul ne sait, mais il y eut vive contestation de la part de ce dernier par voie des tribunaux, réclamation qui n'aboutit pas car l'édifice fut finalement vendu au profit du domaine de l'État le 19 avril 1852 et l'école construite et inaugurée six ans plus tard.

Photos :

La collégiale romane. Extrait du plan gravé par Blaeu en 1649. BUMONS.

Fondations détectées des églises antérieures à l'église gothique actuelle. Document Serge Ghiste.

Procédé technique de la construction gothique.

Maçons et tailleurs de pierre à l’ouvrage sur un chantier médiéval.

Chantier de construction au Moyen-âge. Détail. Psautier de Canterbury.

L’église de Sainte-Waudru. Dessin (partie) de Pierre Seuwart, 1531. BUMons.

Albums du duc Charles de Croÿ. Collégiale Sainte Waudru à Mons. Planche 54, tome IV, Comté de Hainaut I. Ed. Crédit Communal de Belgique.1986.

La tour de la collégiale arrêtée au niveau des combles. Gravure de François Devel. Coll. De l'auteur.

Les piliers resserrés en corolle du choeur. Photo de l'auteur. 2013.

Les voûtes à nervures du déambulatoire. Photo de l'auteur. 2013.

La grande arche renforcée pour soutenir la tour de +- 190 mètres. Photo de l'auteur. 2013.

Le plafond à croisées d'ogives de la nef, dans la continuité des nervures des piliers. Photo de l'auteur. 2013.

Fenêtres à remplages flamboyants garnis de vitraux colorés. Photo de l'auteur. 2013.

Le mur de base de la tour dans les combles de la collégiale, côté de la nef. Photo de l'auteur.

Situation du parvis de la collégiale au XVIIIe et XIXe siècles avec l'entrepôt adossé et la maison épiscopale située en face. Extrait du plan Goffaux. 1828.

Plan du parvis de la collégiale en 1784. BUMONS.

Le renouvellement de la couverture de la collégiale en 1941. Photos M. Jude. Coll. de l'auteur.