Photos :

Façade de l'ancien Mont-de-Piété, rue du Onze Novembre. Photo FAPMC.

Plan de l'ancien Mont-de-piété. Patrimoine monumental de la Belgique. Tome 4.

Les usuriers Lombards, prêteurs sur gage. Peinture de Quentin Metsys. 1514. Musée du Louvre, Paris.

Las anciennes installations du Mont de Piété servant de musée. Carte postales des années 1930.

L'hôtel Dumont de Gages. Photo de l'auteur. 2019.

L'hôtel de Graty.

Portail de l'hôtel de Graty

RUE D'ENGHIEN

Á l'origine, lA rue d'Enghien était constituée de l'actuelle rue qui porte ce nom, de la rue du Onze Novembre et de la rue du Parc. Elle a été créée pour former l'unique axe de communication vers le nord-Ouest de la ville (la rue Neuve, percée en 1454, n'existait pas encore). Il faut bien s'imaginer qu'à l'époque, l'actuelle Grand-Place n'existait pas telle qu'elle est aujourd'hui, mais consistait seulement en l'intersection de deux grands axes : la rue de la chaussée au sud qui se prolongeait vers le nord par la rue de Nimy et la rue d'Havré, venant de l'est se continuant par la rue d'Enghien vers l'ouest ; avec unE mention spéciale pour la rue des Clercs qui formait la liaison avec le noyau primitif de la ville, à savoir le château des comtes, les chapitres de Sainte-Waudru et de Saint-Germain et les quelques habitations comprise dans l'ancien castrum.

Cela peut paraître bizarre que la rue d'Enghien ne présente pas, à l'instar des autres rues, un tracé rectiligne mais un parcours plutôt sinueux. C'est parce qu'après son départ du croisement central, elle déviait vers la droite pour contourner la Muraille avancée du château, située approximativement en contrebas de la rue des Gades, puis la réserve de gibier du comte, dite la Garenne, qui s'étendait ente les rues du Onze Novembre et la rue Montagne du Parc, située derrière le collège des Jésuites. Ensuite, elle revenait sur sa gauche pour sortir de la ville par la porte du Parc, en direction de Tournai et des Flandres.

Cette rue doit son nom à Jean, sire d’Enghien, qui fit construire en 1365-1366, un magnifique hôtel dans cette rue. Sans doute, cet hôtel impressionna-t-il beaucoup les montois qui donnèrent alors à cette voirie le nom de rue d’Enghien, comme c'était courant à l'époque. Par la suite la portion partant de la rue de la tour Auberon prit le nom de rue des Lombards parce que ces habiles banquiers étaient venus y installer leur commerce d’usure dès le milieu du XIIIe siècle. Pour contrecarrer ces usuriers lombards, les archiducs Albert et Isabelle ayant autorisé en 1620 l’implantation de maisons de prêts sur gage dans les Pays-Bas méridionaux, Wenceslas Coebergher, un architecte anversois qui avait obtenu la fonction de surintendant des Mont-de-piété, fit acheter l’ancien hôtel d’Enghien pour y installer, après des aménagements qui durèrent de 1623 à 1625, un de ces établissements.

 

Cette importante bâtisse de briques et pierres bleues existe toujours. Massive, bâtie sur un plan rectangulaire en léger retrait derrière un haut mur qui conserve encore une fenêtre à meneau fermée d’une grille, elle comporte trois niveaux de huit travées surmontés d’une rangée de grandes lucarnes quadrangulaires éclairant les combles. Témoignage de son ancienne fonction de coffre-fort, toutes les baies sont munies de barreaux. Le volume principal est adjoint d’une cage d’escalier formant une étroite aile de quatre niveaux à l’arrière de l’édifice, du côté du Jardin du Mayeur. Celle-ci abrite un des plus anciens escaliers à volées droites connus à Mons. Le bâtiment est notamment accessible par la travée située à son extrême droite, percée de part et d’autre d’une porte cochère en plein cintre sous larmier dont les vantaux conservent leurs cloutages. Les bandeaux au niveau des seuils et des linteaux droits des baies aux montants harpés constituent le principal décor de la façade, avec les codons-larmiers surmontant les linteaux. Ils ceinturent entièrement le bâtiment (1)

Et la rue, qui portait, alors, le nom de rue des Lombards, devint dans cette partie, rue du Mont de Piété.

 

Cette appellation de Mont de Piété vient de la mauvaise traduction en français de l'italien « monte di pietà, “crédit de pitié” » (de monte, « valeur, montant », et pietà, « pitié, charité »). Les premières banques de prêts sur gages, ont été organisées en Italie à la fin du XVe siècle pour affranchir les pauvres de l’exploitation des usuriers. C’était en fait la banque des petites gens et, pendant des siècles, elle a gardé ce caractère exclusif. Les fonds destinés à assurer son fonctionnement étaient fournis à l’origine à titre gracieux ou à bas intérêt par des personnes charitables qui ce faisant, accomplissaient un acte de charité, et le service rendu revêtait la forme de secours attribués à des indigents.

 

Le Mont de Piété prêtait exclusivement sur nantissement d’objets mobiliers. Ceux-ci étaient évalués par un priseur, et l’emprunteur pouvait renouveler son emprunt moyennant le paiement des frais et des intérêts. Les objets déposés pouvaient être mis en vente à la demande des déposants, mais seulement après 12 mois accomplis. Lors de la réorganisation des Monts de Piété après la Révolution Française, les capitaux furent généralement fournis par les hospices civils et les bureaux de bienfaisance, mais suite à la création en 1839 d’une caisse d’épargne qui devint la ressource principale de l’institution, une loi de 1848, rendit l’administration et les capitaux du Mont-de-Piété indépendants, celle-ci restant toutefois sous l’autorité du conseil communal. La clientèle ordinaire de ces établissements est restée principalement la classe pauvre qui n’éprouvait aucune répugnance à recourir aux offices d’une institution charitable (il y eut dans les années 1840 une moyenne de 42.000 emprunts par an).

 

Mais peu à peu, le fonctionnement des Monts de Piété se ressentit du développement économique survenu au cours des décennies suivantes. Les hardes et petits objets mobiliers qui formaient autrefois la plus large part des gages cédèrent de plus en plus la place aux bijoux et objets d’ornementation. De plus, une innovation, apportée en 1911, permit d’emprunter de l’argent sur présentation de titres de fonds publics (fonds d’état, de provinces et de communes). Ce qui fut d’une très grande utilité dès les premiers jours de l’occupation lors de la Grande Guerre, car, les bureaux de change ainsi que la Bourse ne fonctionnant plus depuis l’ouverture des hostilités, de nombreuses personnes - qui n’étaient pas des nécessiteux - sollicitèrent des prêts de subsistance sur dépôts de ces fonds publics.

 

Mais, la guerre ayant provoqué une crise mettant à mal leur situation financière, les institutions de Mont de Piété de Belgique dont la décroissance était déjà manifeste avant 1914 , disparurent les unes après les autres, en commençant par les villes les plus petites. En fait, le Mont de Piété n’offrait plus guère grande utilité par suite de l’établissement de nombreuses associations professionnelles, de sociétés de secours mutuels et surtout par suite de l’institution du fonds de chômage communal. Sans parler de la diminution de la population des petites villes au bénéfice des grandes et des centres industriels. En 1921, Il fut question d’en changer la destination et d’en faire des établissements de crédits en favorisant les prêts sur titres de fonds publics, et de leur donner une nouvelle dénomination comme «  Banque de prêt sur gage » ou « Caisse publique de prêts ». Mais la concurrence était déjà trop forte, et la suppression du Mont-de-Piété montois fut définitive en 1923.

 

L’institution ayant disparu, le nom de la rue ne se justifia plus et on lui donna celui de rue du Onze Novembre afin de perpétuer le jour de la fin de la guerre et la libération du pays du joug de l’envahisseur allemand. Le bâtiment a connu une restauration en 1930 lors de la création du jardin du Mayeur et de l’installation, en 1932, du musée dit du Centenaire où on pouvait découvrir, dans quatre grandes salles au 1er étage et cinquante vitrine, les céramiques conservées par la ville, dons de nombreux collectionneurs montois ; des traces de l’occupation préhistorique de la région (présentées dans trois salles du 2e étage) ; et surtout les collections militaires réparties au rez-de-chaussée (1914-1918) et au 3e étage (1940-1945).

Il a été classé comme monument historique le 25 juillet 1942.

 

Les derniers travaux - d’envergure - ont repris en 2005 pour accueillir le Centre d’interprétation du mythe de Saint-Georges et du dragon, vitrine permanente du Doudou, élément essentiel de la Ducasse de Mons, élevée au rang de patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il fallait, en effet, un écrin exemplaire pour accueillir ce nouveau musée et l’ancien Mont de piété situé au fonds du magnifique jardin dit du Mayeur était l’endroit rêvé. Le musée du Doudou fut ouvert en 2015 à l’occasion de la consécration de la ville comme capitale culturelle et la célébration de sa désormais célèbre ducasse.

 

Un autre bâtiment remarquable de cette rue, au numéro 18, est l'ancien hôtel du marquis de Gages dont la façade a été reconstruite en 1767-1768 sur les plans de l'architecte montois Charles-Emmanuel Fonson. Le style Louis XV le plus pur domine dans cette construction de 14 travées de deux niveaux. Divers trophées en stuc figurant les quatre saisons, assez délicatement travaillés, décorent la cour intérieure. Dans cet hôtel naquit le 27 décembre 1682 Jean Bonaventure Thierry du Mont, comte de Gages, conseiller à la cour souveraine du Hainaut, officier des Gardes Wallonnes avec lesquelles il se couvrit de gloire au service de l'Espagne. Il gagna tout ses grades sur les champs de batailles, y compris celui de lieutenant-général. Enfin, il fut décoré par le roi Philippe V de l'ordre de la Toison d'Or. Sous Ferdinand VI, il devint vice-roi et capitaine-général de Navarre. Il mourut en 1753 à Pampelune où le roi Charles III lui fit élever, dans l'église des Capucins, un magnifique mausolée en marbre. Son neveu François Bonaventure Joseph du Mont, marquis de Gages, à qui il légua son immense fortune, y naquit également, le 13 octobre 1739. Celui-ci devint l'une des principales figures maçonniques des Pays-Bas autrichiens et le fondateur de la Grande Loge Provinciale des Pays-Bas autrichiens. Il mourut dans son château de Bachant (Avesnois) le 20 janvier 1787.

 

Au numéro 51-5-55, se trouve l'ancien hôtel de Graty, construit à l'emplacement du premier collège des Jésuites à Mons avant la suppression de cet ordre religieux par le pape Clément XIV en 1773. La lourde façade de style Louis XVI qu'on lui voit a été plaquée au XIXe siècle.Elle est classée comme monument depuis le 4 octobre 1974. Après avoir été occupé longtemps par le Lycée Marguerite Bervoets, le bâtiment a été vendu et aménagé en appartements privés. Les façades arrières ainsi que les cours ont été réaménagées aux environs de l'année 2000 par l'architecte F. Sobczak, lors de la transformation de l'ancien lycée en appartements.

1 Patrimoine Monumental de la Belgique. Mons Tome 4.

 

PLACE REGNIER AU LONG COL

 

Cette place créée lors de l'aménagement des boulevards, vers 1865, reçut, c'était la moindre des choses, le nom d'un des premiers comtes de Hainaut.

Régnier Ier, dit Régnier au Long Col1, est né vers 850 et est mort à Meerssen entre le25 août 915 et le 19 janvier 916. Il fut à la fois comte de Hainaut et du Maasgau (région mosane). Son nom est souvent écrit Renier de Hainault dans les archives en vieux français. Il est fils de Gislebert, comte de Maasgau dès 841, et d'Ermengarde (830-849), fille de Lothaire Ier (roi d'Italie, de Lotharingie puis empereur d'Occident).

 

Propriétaires de biens relativement dispersés, à la tête de plusieurs pagi (comtés), se concentrant dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Régnier au Long Col est le fondateur de la dynastie des Régnier qui feront souche en Hainaut. Profitant de la faiblesse de leur suzerain, ils vont imposer non seulement leur nom, mais surtout leur pouvoir personnel dès le début du Xe siècle, à partir de leur résidence fortifiée établie à Mons.

 

Si beaucoup de prudence doit guider à cerner le personnage de Régnier Ier, celui-ci apparaît, sans conteste, comme un homme puissant qui prend volontiers les armes pour défendre ses intérêts et ceux de son prince. Disposant de propriétés en Hesbaye, en Ardenne, sur les bords de la Meuse, voire jusque sur la rive gauche de l’Escaut, celui qui est comte de Hainaut depuis 880 parvient aussi à se faire reconnaître abbé laïc de Saint-Servais à Maastricht, non sans provoquer l’irritation des évêques de son temps.

Conseiller du roi Zwentibold, alors en lutte contre le royaume de Francie Occidentale, Régnier Ier de Hainaut tombe en disgrâce, vers 896-898, lorsqu’il prend parti en faveur de comtes mosellans victimes de la vindicte du roi de Lotharingie, son suzerain. Condamné à rendre ses titres et ses biens, Régnier s’y refuse et entre en révolte. Alors que sa famille se réfugie à la Cour de Francie Occidentale, Régnier Ier y trouve des alliés, notamment auprès du roi de cette contrée, Charles III dit le Simple, et d’autres comtes issus de la partie sud et moyenne de la Lotharingie.

Après la mort de Zwentibold qui pourrait bien avoir perdu la vie des mains de Régnier lui-même (13 août 900), ce dernier retrouve ses titres et ses biens et abandonne la lutte contre son roi. Il est vrai qu’il est autorisé à garder les abbayes de Stavelot-Malmedy (902), puis d’Echternach (903), avant qu’il ne s’empare de celles de Saint-Maximin puis de Chèvremont. Il portera même le titre de marquis à sa mort en 915 ou 916. « Fier de sa naissance, confiant dans les forces que lui assuraient ses vastes domaines ainsi que les abbayes dont il avait su se rendre maître, il rêva, sans aucun doute, d’asseoir sur la région que limitaient le Rhin et l’Escaut son autorité presque indépendante, et si cet espoir fut déçu, il transmit à son fils Gislebert son ambition et sa puissance »2 Voilà pour le nom.

Au départ, sur cette place créée à la jonction des boulevards et de la route de Bruxelles, il n’y avait rien, mais, un rond-point sans monument n’étant qu’un rond sans point, on décida qu’à l’occasion du centenaire de l’indépendance du pays, d' y installerait une fontaine en hommage aux valeureux combattants montois de 1830, œuvre de l’architecte F. Poutrain. C’était un bel hommage. Tout était bien. Jusqu’en 1957, où l’on décida de la transférer au square St Germain, en remplacement de son propre monument, resté orphelin de ses bronzes depuis 1918. Notre place ne pouvant rester vide, l’autorité communale décida d’y ériger en remplacement une altière statue en bronze à l’effigie du roi Léopold II que l’on installa au faîte d’une haute construction en maçonnerie. Elle est due au sculpteur montois Raoul Godfroid (1896-1977 , également auteur d'un bas-relief qui ornait l'ancienne gare, de la statue de Marcel Gillis et de Désiré Prys). L’ensemble fut, comme il se doit, inauguré en grande pompe en 1958.

Tout était, de nouveau, bien. Mais douze ans plus tard, ce fut au tour de cette statue d’être démontée. Tout simplement pour laisser la place, en 1978, à celle de son auguste père, Léopold Ier, déboulonné de sa propre place (de la gare), où on trouvait qu’elle gênait trop la circulation automobile et les manifestations populaires qui s’y déroulaient. Mais qui, en définitive, n’y fit qu’un relativement cours séjour, puisqu’en l’an 1995, on décida de la ramener à sa place légitime - avec pendu au cou un petit panneau "j'suis binèse d'êt ervénu". Quant à Léopold II il se retrouva relégué au pied du chevet de l’église Ste Elisabeth, rue des Fossés, où il se trouve toujours. Le 22 octobre 2014 la statue d e Léopold Ier est à nouveau enlevée (Cette statue mesure 3 mètres de haut, pèse 3 tonnes et est composée de plusieurs parties en bronze coulé, assemblées par soudure. Le socle se compose de 3 parties et pèse 35 tonnes) afin de permettre les travaux de construction de la nouvelle gare, pour revenir (définitivement ?) à la place Régnier au Long Col, ou plutôt à son côté, au bout de l'avenue Pierre Joseph Duménil, et la place Régnier est de nouveau vide !

1 Certains historiens ne lui reconnaissent pas le surnom Régnier au Long Col qui, selon eux, appartiendrait à son petit-fils, Régnier III.

2 Léon VANDERKINDERE, dans Biographie nationale, t. XVIII, col. 870-874

Photos :

Régnier Ier de Hainaut.

Armes de Régnier Ier de Hainaut.

Le monument aux combattants de 1830. Photo-carte oblitérée en 1934. Édition SAD. Collection de l’auteur.

Statue de Léopold II place Régnier. Photo anonyme. Collection privée.

Installation en 1980 de la statue de Léopold Ier place Régnier au Long Col. Photo anonyme. FAPMC.

La statue de Léopold Ier place Régnier au Long Col. Photo anonyme. FAPMC.

 

RUE JACQUES DE GUISE

Cette rue rappelle le chroniqueur hainuyer du XIVe siècle. On ne sait pas grand-chose de sa vie en dehors de ce qu'il relata sur lui-même. Il aurait vu le jour, on ne sait pas quand , à Mons, et est mort à Valenciennes en 1399. Il est donc contemporain de Jean Froissart, autre chroniqueur né vers 1337 à Valenciennes et mort vers 1410 à Chimay.

Jacques De Guise, bien qu' issu d'une famille distinguée par sa position et les charges qu'elle occupa (selon lui, ses ancêtres, oncles, cousins et son frère avaient des emplois élevés auprès des comtes de Hainaut), il décida d'entrer dans les ordres, précisément dans le moins éclatant de ceux-ci : l'ordre franciscain dit des Minimes, où il s'affubla du titre de Minor minorum (le moindre des Minimes) tant il avait un penchant à l'humilité.

Il passa d'abord sa vie loin de son pays, étudiant, pendant vingt-six ans, la logique, la philosophie, les mathématiques et la physique ; à Paris notamment où Il fut reçu docteur en théologie à l'âge de quarante ans. Une fois revenu dans nos contrées, il enseigna publiquement durant vingt-cinq années ces mêmes matières, mais finit par abandonner, se plaignant de ce que la théologie n'était pas reconnue dans son propre pays ; « Après être revenu dans mon pays natal, dit-il, ayant reconnu l'esprit qui y règne, je me suis convaincu que la théologie et les autres sciences spéculatives y étaient méprisées, et même que ceux qui les possédaient étaient regardés comme des insensés et des gens en délire ».

Il se tourna alors vers les sciences communes et matérielles, et plus particulièrement vers l'histoire. Il s'intéressa aux anciennes chroniques du Hainaut et à l'analyse des écrits d'historiens antérieurs à son époque.Telle fut l'origine des désormais célèbres Annales de Hainaut. Il écrivit celles-ci en exploitant les mémoires et chroniques des bibliothèques des villes ; les archives des abbayes ou des églises , enfin, les chartes des princes et des évêques. Son travail de compilation fut tel qu'il déborda du Hainaut, pour s'étendre sur toute la Belgique et parfois sur les provinces du nord.

Ces annales, quelque peu entourées de fabuleux détails provenant d'une imagination que les réalités du monde n'atteignaient pas, ont été écrites sur la base de sources anciennes, souvenirs de de la poésie homérique qui s'était conservés dans la mémoire des peuples, aussi invraisemblables qu'ils puissent paraître. En effet, De Guise n 'hésite pas, à l'instar de ses contemporains, à faire remonter les origines de notre pays du Nord à la destruction de Troie par les Grecs...C'étaient dans la manière du temps : les chroniqueurs prenaient à leurs devanciers tout ce qu'ils pouvaient prendre de sensationnel, et ne commençaient à rejoindre la réalité que lorsqu'ils arrivaient aux faits contemporains. D'où certains errements.

Cet ouvrage volumineux est composé en latin et divisé en trois parties distinctes. La première est titrée : « Le Premier Volume des illustrations de la Gaulle-Belgique, antiquitez du pays de Haynau et de la grande cité de Belgis, à présent dite Bavay, dont procèdent les chaussées de Brunehault ; et de plusieurs princes qui ont régné et fondé plusieurs villes et citez audit pays, et autres choses singulières et dignes de mémoire advenues durant leurs règnes, jusques au duc Philippe de Bourgogne dernier décédé ». Dans celui-ci, il traite de prétendus « rois de Belgis ». à la façon d'un roman de chevalerie dans le goût du Moyen-Age.

La deuxième (éditée la même année) est titrée : « Second volume des Croniques et annales de Haynnau et pays circonvoisins ». elle contient l'histoire des premiers comtes de Hainaut et la vie des saints et saintes des VIIe et VIIIe siècles.

La troisième fut éditée en 1532 mais ne va que jusqu'à l'année 1258, alors que l'éditeur avait annoncé dans le premier volume une histoire se poursuivant jusqu'au règne de Philippe le Bon. Dans cette troisième partie, l'auteur raconte les événements survenus en Hainaut depuis Baudouin VI de Flandre, en 1067, jusqu'au règne de Jeanne de Flandre en 1254.

Des incertitudes existent quant au devenir du manuscrit autographe des Annales du Hainaut. L'exemplaire en trois volumes in-folio, sur vélin manuscrit aurait été conservé dans la bibliothèque des cordeliers à Mons, jusqu'à l'incendie du couvent lors de la prise de Mons par Louis XIV en 1691. Heureusement, ces annales avaient été traduites en français à plusieurs reprises au cours des siècles.

Jean Wauquelin  en fera, sous le titre Chroniques de Hainaut, une traduction simplifiée mais richement illustrée pour la cour de Philippe le Bon (vers 1446-1450). Cette traduction fut par la suite imprimée au début du XVIe siècle en trois volumes par les soins de Jacques de Leussach, dit Lessabé, qui, malgré 25 ans de travail, ne parvint pas à terminer cette œuvre avant sa mort .

En 1826, M. Agricol-Joseph Fortia d'Urban (marquis de Fortia), passionné d'histoire ancienne, se lance dans une publication nouvelle, qui se veut complète des Annales de Hainaut, avec traduction française en vis-à-vis du latin, en 15 volumes, in-8° + deux volumes de table, l'histoire du Hainaut étant elle-même divisée en 20 livres, traitant de l'histoire des premiers rois belges, venus de Troyes selon les chroniqueurs, jusque vers le milieu du XIIIe siècle, sous la comtesse Marguerite. Des annotations, de la main du marquis de Fortia enrichissent le texte.

Jacques de Guyse mourut en son couvent de Valenciennes le 6 février1399 sans avoir eu le temps d 'achever son œuvre. Il fut inhumé face à l'autel de la Sainte-Vierge dans l'église de cette maison, et où Nicolas de Guise (un membre de sa famille), lui fit élever un tombeau de marbre le représentant tenant un livre à la main avec cette inscription : « Chy gist maistre Jacques de Guyse, docteur et frère mineur, auteur des chroniques du Hainaut ». Ce monument a, depuis, disparu.

Photo :

Portrait de Jacques De Guise d'après un dessin de M. Madou.