RUE DES DOMINICAINS

Photos :

Vue du couvent des Dominicains en 1715. Gravure de J. Harrewin, d'après un dessin de B. De Jonghe. Coll. Ferlini.

Situation de l'ancien hôtel Duval de Beaulieu. Extrait du plan Goffaux 1828.

Façade de l'hôtel Duval de Beaulieu. Gravure de Laurent Guyot. Paris, vers 1795. Coll. Privée.

Mur de clôture du jardin de l'hôtel de Beaulieu. Gravure BUMons.

Ancienne façade du collège des Jésuite. Carte Postale oblitérée en 1911. Coll. De l'auteur.

Le bâtiment des classes et la première cour du collège St-Stanislas. Carte postale oblitérée en 1912. Coll. De l'auteur.

L'ancienne salle à Manger du comte Duval de Beaulieu. Carte postale. Date illisible. Coll. de l'auteur.

La rue des Dominicains et le Sacré-Cœur ; Carte postale oblitérée en 1905. Coll. De l'auteur.

La façade côté jardin du Sacré-Cœur (bien que la légende de la carte indique couvent des Ursulines). Carte postale oblitérée en 1928. Coll de l'auteur.

La plaque de rue indiquant son ancien nom.Photo de l'auteur.

RUE DES DOMINICAINS

Jusque vers le milieu du XVIIe siècle, cette rue s'est appelée rue des Telliers (toilier, fabricant de toiles). Une partie de la rue prit ce nom de rue des Dominicains suite à l'établissement, en 1641, dans cette partie de la rue, de cette communauté religieuse. Autorisée 1620 par les archiducs Albert et Isabelle de fonder un couvent à Mons, les Dominicains s'implantèrent d'abord à la rue du Mont Escouvet (actuelle rue du Gouvernement) puis, en 1623,à la rue d'Enghien. C'est peu après qu'ils déménagèrent dans une petite maison de la rue des Telliers où le Magistrat de Mons leur céda un terrain qu'ils agrandirent par d'autres acquisitions faites grâce à divers dons. La construction de l'église commença en 1704 mais connut divers avatars qui firent qu'elle ne fut consacrée que le 19 octobre 1755.

Leur couvent déjà supprimé une première fois en 1783, le fut définitivement en 1796, pendant la seconde invasion française, et vendu sur recours public en 1798. Son acquéreur démolit de fond en comble la plus grande partie des bâtiments de cette communauté, vendit les matériaux, et céda son lot presque tout entier au maire de la ville, le comte Joseph-Constant Duval de Beaulieu, dont l'hôtel était contigu et qui désirait ajouter deux ailes latérales à celui-ci. Il fit aussi installer de somptueux jardins à la mode anglaise avec belvédère, grotte, pagode chinoise, édicule à colonnes et coupole à l’antique. L’hôtel lui-même était d’une richesse et d’une somptuosité rare, de nombreux salons, dont certains subsistèrent jusqu’à récemment, étaient entièrement décorés en style empire

Cet hôtel de style néoclassique d’inspiration française, tout à fait inédit à Mons, avait été construit pour le compte de Mr Duval de 1788 à 1792 par l’architecte François Tygan, sculpteur ayant travaillé longtemps à Paris, à l’emplacement d'un ancien hôtel jouxtant le couvent des Dominicains.

Fait comte par l’empereur, François Duval de Beaulieu en était un fervent admirateur. Lors d’une des visites de l’empereur dans notre pays, il avait invité Napoléon à y descendre et avait préparé une grande réception à cet effet, mais l’empereur, d’assez mauvaise humeur et fort pressé, ne fit que traverser Mons, après une courte halte, et continua vers Bruxelles. Mais cela n’empêcha pas que s’y donnèrent des fêtes somptueuses où parurent les personnalités les plus en vue de la cour impériale.

Devenu propriété des Jésuites le 25 janvier 1846, ceux-ci firent construire la chapelle dès 1849 puis, en 1851, ils ouvrirent leur collège. Vers 1854 ils firent élever, sur les plans de l’architecte Pierre Sury, dans les anciens jardins de l’hôtel Duval, parallèlement à celui à front de rue, un vaste bâtiment destiné, au rez-de-chaussée, à des salles d’études et une salle d’exercice ; au premier étage, des salles de classes et, au deuxième, des chambres et de vastes dortoirs. Il fut terminé en 1861 Le 19 mars 1867, fut posée la première pierre d’une nouvelle église à l’intersection des rues des Dominicains et du Mont du Parc sur les plans de l’architecte M. Hallut et du jésuite Van Robaeys. Par la suite, l’aile à front de rue qui abritait les salles destinées à l’administration du collège ainsi que les logements des Révérends Pères fut à diverses reprises allongée et élevée en hauteur, quant à la nouvelle aile des classes, elle dut être reconstruite, en partie, en 1898, suite à un violent incendie qui en détruisit le 9 novembre 1893 toute l’extrémité Nord

L’ancien hôtel du comte Duval, à front de rue, et l’église, devenus trop vétustes, furent démoli en 1969 – 1970 pour être remplacé par le nouvel édifice que nous lui connaissons actuellement.

Juste à côté un autre vaste édifice : le « Sacré-Coeur ». La Congrégation du Cœur-de-Jésus trouva son origine dans la volonté de quelques personnes pieuses, à l'instigation de l’abbé Jean-Baptiste Deruesne épaulé par Mademoiselle Charlotte Harmignie parla suite mieux connue sous le nom de Mère Marie-Thérèse, de donner une instruction à des jeunes filles pauvres afin qu’elles puissent pourvoir elles-mêmes à leur existence. Les débuts s'organisèrent d'abord dans l'ancien collège de Houdain de 1808 à 1814, mais les troupes de Napoléon 1er réquisitionnèrent les lieux pour y installer un magasin à poudre, ce qui obligea la Congrégation à essaimer dans les locaux de l'ancien refuge de l'abbaye de Saint-Ghislain, rue des Ursulines (actuelle rue Fétis). Cette communauté de soeurs (elles ne prononcent que des voeux simples) ne fut, cependant, reconnue qu'en 1823.

C'est Mère Marie-Thérèse qui lança la construction de l’actuel établissement du Sacré-Cœur dont la première pierre fut posée en 1859 (architecte Pierre Sury). Après 3 ans, la construction fut achevée, laissant les religieuses prendre possession du bâtiment en 1862. Elles y ouvrirent un pensionnat une semaine plus tard. L’école primaire, communément appelée « Le Petit Sacré-Cœur », ouvrit ses portes en 1905.

La guerre 40-45 n’épargna pas le bâtiment, qui fut la cible d’un violent bombardement le 14 mai 1940. L’après-guerre fut laborieux, car il fallut songer à reconstruire pour retrouver un pensionnat florissant.

En 1955, comme le nombre de religieuses avait diminué, la Congrégation des Filles du Sacré-Cœur fusionna avec la Congrégation des Filles de Marie de Louvain, fondée par Cicercule Paridaens. En 1958, l’école devint « libre » en même temps qu'était organisé le transfert de l'école Paridaens rue des Dominicains.

En 1959, L'Institut du Sacré-Cœur ouvre une École Normale Primaire pour la formation de futures institutrices, sous la direction de Soeur Marie-Vianney. De ce fait, l'école primaire devint "École primaire d'application" (appellation devenue officielle en 1964). L'inauguration des nouveaux bâtiments situés à la rue des Gaillers eut lieu le 31 mai 1964. Enfin, c’est en 1980 que l’école accueillit les premiers garçons.

La rue porta de 1910 à 1977 le nom de Francisco Ferrer (libre-penseur , franc-maçon et pédagogue libertaire espagnol. 1859 -1909) (une plaque portant cet ancienne dénomination est toujours présente au coin de la rue de a Tour Auberon). On peut s'imaginer que ce changement de nom était parfaitement délibéré de la part d'une majorité libérale profondément anticléricale, alors en place,.

Par ailleurs, cette rue comporte de nombreuses maisons élégantes du XVIIIe siècle aux riches façades..

 

RUE PATTEY

Qui était cet homme au nom à la consonance étrangère, quasiment inconnu du grand public dont on a donné le nom à l'une de nos rues ? Un Montois, bien sûr, mais pas n'importe lequel :un Montois devenu feld-maréchal-baron de l'Empire autrichien.

Henri-Jacques Pattey naquit à Mons le 22 août 1657. Il était fils de Jacques Pattey, qui fut échevin en 1660, et de Jeanne De Faulx. Quelques années après avoir achevé ses humanités au collège des Jésuites de cette ville, il se résolut à embrasser la carrière militaire, mais et ne trouvant pas l'occasion de se consacrer au service de sa patrie, il partit pour l'Autriche, alors en guerre avec la Turquie, et s'enrôle, comme volontaire, dans le régiment impérial de Stirum.

C'est au siège de Vienne par les Ottomans, en 1683, qu'il fait ses premières armes. Après la déroute des Turques, le théâtre de la guerre est transporté en Hongrie, pays dont l'Autriche convoitait la conquête pour s'en faire un rempart contre les invasions musulmanes. Durant la lutte acharnée qui se termina par le traité de Carowitz, en 1699, Pattey se distingue dans de nombreuses rencontres et gagne rapidement tous ses grades jusqu'à celui de lieutenant-colonel.

La guerre de succession d'Espagne lui procure de nouvelles occasions de prouver sa bravoure. Le 26 juillet 1702, à la bataille de Santa-Vittoria, en Italie, il sauve la cavalerie autrichienne d'une destruction presque certaine par les troupes du duc de Vendôme. Dans les différents combats qui furent livrés de 1702 à 1705 dans les États d'Italie, il se fait à nouveau remarquer par son intrépidité. Pour prix de sa valeur, il reçoit le 25 mai 1705, le titre de colonel du régiment des dragons d'Erbeville.

Á la tête d'un détachement dont le commandement vient de lui être confié il réussit à chasser les Français de leurs retranchements par une charge intrépide suivie de trois jours d'investissement. Il ouvre ainsi la route de Turin assiégée par le duc de la Feuillade, permettant aux forces alliées de forcer les assiégeants à s'éloigner de cette ville et ainsi, leur faire perdre, en quelques jours, le fruit de toutes leurs victoires en Italie. La récompense ne se fit pas attendre : il fut élevé au grade de général-major, le 8 mai 1706, et quelques mois plus tard il eut l'opportunité d'acquérir la propriété , devenue disponible par le décès de son ancien propriétaire, d'un régiment de dragons qui porta désormais son nom, et ce jusqu'en 1722, date de sa mort. Enfin, après la conquête du royaume de Naples par les Autrichiens, il est nommé pour sa conduite héroïque, baron du Saint-Empire et vicaire-général de deux provinces de la région. Au mois de mars de l'année 1709, le général Pattey est promu au grade d e feld-maréchal-lieutenant.

Mandé en Espagne pour y prendre le commandement en chef de la cavalerie, il se montre digne, dans plus d'une circonstance, de la réputation de vaillance qu'il avait si bien conquise. La menace turque étant toujours présente, il revient en Hongrie où il reçoit, au mois de juillet 1716 , le grade éminent de général de cavalerie. Il prend part au succès de la bataille de Petewaradin par une action mémorable qui permit de rallier l'infanterie autrichienne qui pliait et finir par jeter le désordre dans les rangs des Janissaires.Quand Belgrade se rendit le 8 juin 1717, après un long siège , le général Pattey qui s'était acquis la confiance de l'Empereur, fut appelé au commandement de cette place de guerre avec le titre de gouverneur du royaume de Serbie ; Chef de de l'armée, il contribua par d'habiles manoeuvres à rendre plus favorables encore à l'Autriche les clauses du traité de Passarowitz, qui fut signé le 21 juillet 1718.

La paix faite, le général-baron de Pattey rentra dans sa patrie, comblé de gloire et d'honneurs. Il prit alors le gouvernement militaire de Charleroi, poste important qu'il occupait encore quand il mourut le 18 avril 1722, âgé de 65 ans, au cour d'une visite qu'il effectuait à sa soeur, à Mons,. Il ne s 'était jamais marié. Ses funérailles furent célébrées à Saint-Waudru. Et son corps fut transporté à Charleroi, dans un caveau construit sous le choeur de l 'église Saint-Christophe, dont il avait été, par une libéralité importante, le principal fondateur. Malheureusement, la pierre tombale a disparu depuis1.

Une belle figure montoise, n'est-ce pas ?.

1Hyppolite Rousselle. Iconographie montoise. Leroux & Lamir. 1860.

 

RUE LUCIDEL

Ce peintre montois n'a pas hérité de la rue la mieux placée, à Mons : entre les hauts murs de la prison, ceux de l'Institut Warocqué et ceux d'un jardin. Pas une seule maison. Est-ce lié au fait que l'on ne sait pas grand-chose de ce personnage ?

Nicolas Neufchâtel, aussi appelé Lucidel, serait né à Mons vers 1524 et est mort après 1567... La première mention documentée le concernant date de 1539, année où un certain « Colyn van Nieucasteel » figure dans les registres de la guilde de Saint-Luc d'Anvers en tant qu'élève de Pieter Coecke van Aelst. L'année suivante, il est signalé à Mons. Ensuite il a travaillé à Malines et à Bruges avant que son adhésion au calvinisme ne l'obligeât à s'enfuir d'abord en Frise, puis à Nuremberg, où il arriva en 1561 et devint le portraitiste des notables de la ville. Il a également séjourné à Prague. On ne sait rien de sa biographie après 1567.

Portraitiste réputé, il réalise des portraits de riches bourgeois qui associent le lyrisme italien d'un Titien, la profondeur psychologique de l'école allemande et un souci du détail typiquement flamand. Son style s'apparente à celui de Holbein le Jeune, de Moro, de Pourbus. Neufchatel cherche à pénétrer la psychologie de son modèle, qu'il représente avec austérité et beaucoup de réserve.

Son seul portrait authentifié est celui du Mathématicien Jean Neudörfer et de son fils (1561, Munich, Alte Pin.). Le M. A. A. de Bruxelles possède un Portrait de femme qui peut lui être attribué et dont le pendant, un Portrait d'homme, est conservé au château de Pommersfelden (coll. du comte Schönborn), en Bavière. Les musées de Berlin détiennent de l'artiste deux portraits de femme et un portrait d'homme, et le musée de Budapest le Portrait de Hans Pilgrim et le Portrait de sa femme. D'autres portraits qui lui sont attribués sont conservés dans les musées de Kassel, Karlsruhe, Darmstadt, Londres (N. G.), Marseille (Grobet-Labadié) et Prague (1).

Un artiste né à Mons, méconnu à Mons; si ce n'est par cette triste rue - et un immeuble portant son nom au n° 7 de la rue Pierre Joseph Dumenil. Il y eut aussi dans la années 1960 un magasin spécialisé dans les fournitures et articles pour artistes nommé La Palette, doublé d'une galerie d'art portant le nom de galerie Lucidel. Elle se trouvait au n°22 de la rue des Clercs. Le magasin et la galerie étaiten tenus par Mr et Mme Christian Viseur jusque dans les années 70. (2)

1 Gonzalès Decamps, A propos du peintre montois Nicolas de Neufchâtel dit Lucidel, in Annales du Cercle archéologique de Mons, Tome XLI, Mons, 1912

Louis Piérard. Le peintre Wallon : Nicolas de Neufchatel dit Lucidel, Van Oest, Bruxelles

 

2 Christian Provost sur Facebook.

Photos :

Portrait de l'empereur Maximilien II par Neufchâtel, v. 1566. Kunsthistorisches Museum (Vienne)

Le Mathématicien Jean Neudörfer et de son fils (1561, Munich, Alte Pin.).

Différents portraits attribués à Nicolas Neufchatel.