RUE DE GAGES

C'est le nom d'une famille très en vue au XVIIIe siècle qui a été donné à cette rue. Á commencer par Jean-Bonaventure-Thierry Du Mont, comte de Gages, qui naquit à Mons le 27 décembre 1682, de Pierre-Charles-Bonaventure Du Mont, seigneur de Gages, conseiller à la cour souveraine de Hainaut, et de Marie-Josèphe Du Buisson, dame d'Aulnois. Lorsqu'il eut fini ses humanités et sa philosophie, ses études furent dirigées vers le droit, la magistrature semblant être son but, mais son père ayant un jour mis sous ses yeux l'arbre généalogique de la fa famille, remontant jusquà Drogo Du Mont, l'un de ces vaillants chevaliers belges dont les exploits contribuèrent à la conquête de Jérusalem, sous Godefroid de Bouillon : " Voilà, dit-il, parmi tous mes ancêtres, celui que je voudrais me proposer pour modèle..."

Présenté en 1702 au marquis de Seygur, ministre plénipotentiaire du roi de France à Bruxelles, il manifesta le désir de consacrer son épée à la cause de Philippe V (Deuxième fils de Louis de France, dit « le Grand Dauphin », et petit-fils du roi Louis XIV, titré duc d'Anjou,qui avait succédé à son grand-oncle maternel, Charles II, dernier roi d'Espagne de la dynastie des Habsbourg, pour devenir à son tour roi d'Espagne, premier de la dynastie des Bourbons.)

L'année suivante, il reçut le brevet d'officier aux gardes wallonnes et partit pour l'Espagne. Lors de la guerre de succession d'Espagne, il signala sa bravoure sur de nombreux champs de bataille de la péninsule et se couvrit notamment de gloire à la bataille de Villa Viciosa (1710) à la fin de laquelle trois étendards, qu'il venait d'enlever à l'ennemi, furent déposés aux pieds du duc de Vendôme. Lorsque ce général vit que les fourgons de la cour n'arrivaient pas, il eut l'idée de former avec ces drapeaux pris à l'ennemi, un lit pour le jeune monarque en lui disant que jamais roi n'en avait eu de plus magnifique, ce qui attira, bien sûr, l'attention du roi sur notre Montois.

Parvenu de grade en grade à celui de lieutenant général, il servit à ce titre, dans l'armée de Catalogne destinée à l'expédition de l'île de Minorque en 1740. Plus tard, à la fin de septembre 1742, lors de la guerre de succession d'Autriche, c'est lui qui prit le commandement de l'armée espagnole, en Italie, et s'avança à la tête de dix-huit mille hommes, du royaume de Naples, vers la Lombardie, en traversant les terres du Saint-Siège, pour marcher à la rencontre des Autrichiens auxquels il infligea une solide défaite au combat de Campo Santo. Cette campagne de 1743 et celle de 1744 lui firent infiniment d'honneur et lui méritèrent, même, le suffrage de Frédéric II, roi de Prusse. Quoique sans cesse harcelé par des forces supérieures, Gages sut conserver, pour ainsi dire, intacte son armée et se maintenir en Romagne jusqu'à être secouru par l'armée napolitaine du duc de Modène. Pour lors, il prit à son tour l'offensive avec l'aide de celle-ci, conquérant de vastes territoires pour le compte de la couronne espagnole et, enfin, faire jonction avec les troupes commandées par l'Infant don Philippe et le maréchal de Maillebois.

Ces importants services lui valurent le collier de la Toison, ainsi que le titre de comte, diplôme envoyé de Madrid le 7 septembre 1745 et conçu dans les termes les plus flatteurs. La victoire de Bassignana, le 25 novembre, justifia complètement ces distinctions. La campagne se termina d'une manière brillante par la prise de Milan le 19 décembre. Après d'autres victoires qu'il put mettre à son actif, les Autrichiens prirent leur revanche et obligèrent l'Infant Philippe à repasser le Pô perdant le fruit des dernières campagnes. Cependant, le comte de Gages ne montra jamais mieux sa supériorité que dans cette retraite. Jean-Jacques Rousseau les regarda comme les plus belles actions de guerre du siècle. Gages n'en ressentit pas moins un vif déplaisir de ce qui venait de se passer, en opposition à ses plans et à ses conseils. Aussi, Philippe V étant mort le 12 juillet 1746, il demanda son rappel et remit son commandement le 15 août au marquis de Minas.

De retour à Madrid, il fut comblé de témoignages d'estime, de marques de considération par Ferdinand VI qui lui conféra deux commanderies. Ayant décliné en 1748 un nouveau commandement en Italie, invoquant son âge avancé, il fut nommé vice-roi, gouverneur et capitaine-général de la Navarre, au mois de janvier 1749 où Il entreprend de rénover les infrastructures, développant le réseau routier sur la base des anciennes voies romaines Il mourut à Pampelune le 31 janvier 1755, venant d'atteindre sa 71ème année, sans aucune descendance, ne s'étant jamais marié. Le roi d'Espagne, Charles III fit élever à ses frais dans l'église des Capucins de Pampelune, en 1768, un superbe mausolée en marbre, pour lequel il composa lui-même l'épitaphe1 (déplacé depuis dans le cloître de la cathédrale de Pampelune). Mort sans enfants, il a légué son immense fortune à son neveu, François Bonaventure Joseph du Mont, marquis de GagesCelui-ci est le fils de Charles-Antoine et de Victoire Isabelle de Bousie, fille du vicomte de Rouveroy. Il fréquente le collège des Jésuites de sa ville natale avant d’entamer l’étude du droit à l'université de Louvain. Il hérite, mineur d’âge encore, de la fortune colossale que lui laissent son oncle (1753) et son père (1757), seigneur d'Aulnois, Bachant (Avesnois),Gages Ghislenghien, la Puissance (Bachant) et la Salle (Houdeng-Goegnies).

En décembre 1758, il obtient, à un coup assez exorbitant, de l’impératrice et reine Marie-Thérèse le titre de marquis, reporté sur la seigneurie de Gages. Sept ans plus tard, il est nommé dans la fonction honorifique de chambellan de leurs Majestés impériales et royales apostoliques, ce qui lui donne accès à la cour du gouverneur général à Bruxelles et lui occasionne de nouveaux frais En 1776, il est admis à la Chambre de la noblesse des États du Hainaut dont l’accès, autrefois, avait été refusé à son père. En 1784 enfin, il obtient, contre le paiement d'une belle somme, les lettres patentes qui lui permettent d’entourer d’un manteau de gueules fourré d’hermines et de timbrer d’un bonnet ducal son blason.

Le marquis de Gages devient, au début des années 1760, un intime de Louis, prince de Bourbon-Condé et comte de Clermont, qui lui donne accès aux hauts-grades de sa loge royale. De retour à Mons en 1765, il prend la direction de la Vraie et Parfaite Harmonie, un atelier au recrutement très aristocratique, et il reçoit de la première Grande Loge de France le titre de Grand Maître provincial pour la Flandres, le Brabant et le Hainaut. Le peu de succès qu’il rencontre dans l’exercice de cette fonction supérieure l’amène à se tourner vers la Grande Loge d'Angleterre. Le 22 janvier 1770, celle-ci lui délivre une patente créant à son profit la Grande Loge Provinciale des Pays-Bas autrichiens. Dans les quinze ans qui suivent, Gages parvient à imposer l’autorité de cet organe central à une bonne vingtaine d'ateliers.

Il existe alors à Mons une Confrérie de Saint-Jean-décollé dite également de la Miséricorde dont la mission est d'assister les prisonniers et les condamnés à mort. Soucieux de remplir ses devoirs de bon chrétien, Gages en devient membre dès 1767 et gouverneur seize ans plus tard. Lorsque par volonté de l’empereur Joseph II, les structures de la maçonnerie d’ancien régime sont mises à mal dans ses possessions des Pays-Bas (1786), François Bonaventure Joseph du Mont s’affilie à l'Heureuse Rencontre (Bruxelles), un des trois seuls ateliers encore autorisés.

Emmanuel Henri Fonson (1729-1798), par ailleurs vénérable de La Parfaite Union à Mons et directeur des ponts et chaussées du comté de Hainaut, se voit confier la reconstruction de l’hôtel montois du marquis. Ce magnifique bâtiment se situe, toujours aujourd'hui, au 18 rue d'Enghien, ou il abrite l'administration communale et dont l'arrière forme le sud du Jardin du Mayeur. La réception des travaux, en 1769, donne lieu à une fête brillante à laquelle sont conviés les officiers de la garnison, les membres de la noblesse hennuyère et les dames du Chapitre de Sainte-Waudru. Gages réunit dans cette demeure les volumes d’une précieuse bibliothèque dont les titres reflètent la curiosité d’un esprit universel et qui subsistera en l’état, ou peu s’en faut, jusqu’en 1865. Il y organise également les tenues de sa loge. En 1779, il choisit son domaine la Puissance (Bachant), dans le Hainaut français, prévôté de Maubeuge, pour y faire bâtir un château sous la direction de l'architecte Charles François Joseph Larivière.

Sa cousine germaine, Alexandrine Françoise Pétronille de Bousies ou de Bouzies de Champvant (1745-1791), épousée le 5 décembre 1761, lui donne deux enfants : Ferry-Louis (1768) et Anne-Charlotte (1769), filleule du gouverneur général Charles de Lorraine et de sa sœur Anne-Charlotte, dite Madame Royale, abbesse du chapitre de Sainte-Waudru.

Sa santé se détériorant, le marquis prend l’habitude de fréquenter les eaux de Spa et d'Aix-la-Chapelle. Il n’a pas cinquante ans lorsqu’il meurt dans son château de la Puissance, à Bachant.

1 Iconographie Montoise. Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. Leroux et Lamir. 1860.

Photos :

Portrait de Jean-Bonaventure-Thierry Du Mont, comte de Gages.

Tombe du Comte de Gages dans la cathédrale de  Pampelune.

Façade à rue de l'hôtel de Gages, rue d'Enghien.

Façade donnant sur le jardin dit du Mayeur.

 

RUE LAMIR

Jusqu'au détournement de la Trouille en 1872, le début de cette rue, côté rue de Bertaimont, n'existait pas. En effet c'était la rivière qui s'écoulait à cet endroit. Elle passait sous la rue de Bertaimont, au pont dit « des Récollets » en raison de la proximité du couvent de franciscains situé un peu plus bas dans cette rue.

Juste après ce pont, la Trouille se séparait en deux bras alimentant chacun une roue à aubes située de part et d’autre du bâtiment principal du moulin. Celui-ci s’appelait joliment le « moulin du Pont à Trouille » et était le deuxième construit dans l’intra-muros. Un cartulaire des rentes et cens dues au comte de Hainaut datant de 1265 mentionne : «  Le comte a, à Mons, un moulin au pont à Trouille où ceux de Mons qui sont ses hôtes devaient, moyennant le même droit de mouture qu'à son moulin d'Hyon, moudre s'ils veulent. Ce moulin et celui d'Hyon valent au comte 170 muids de blé ». Son histoire est pour ainsi dire la même que celle des moulins Jumeaux (voir Marché aux Poissons). Il fut exploité jusqu’en 1867 et démoli, lui aussi, lors du détournement de la rivière et son remplacement par un égout.

Après la chute d'eau du moulin, les deux bras se rejoignaient pour passer sous le pont dit « de Thuin », qui se trouvait au débouché de la rue des Blancs Mouchons. De là, la rivière suivait l’actuelle rue Lamir dont elle n’occupait alors qu’un tiers de la largeur, laissant de chaque côté un passage carrossable. Sur la rive droite, se trouvait la rue du Cerf Volant qui allait de la rue des Blancs Mouchons à la rue de Dinant (ce nom provient d'une maison de bain ayant pour enseigne : « Estuves du Cerf-volant ») , et, sur la rive gauche, la rue de Liège qui menait, depuis la rue des Blancs Mouchons, via le pont de Thuin, à l’hospice des Orphelins, situé un peu plus loin (actuellement Bonne Maison de Bouzanton, CPAS de la ville de Mons). Ces deux dénominations de rues ont disparu, laissant la place à la nouvelle et unique appellation de rue Elie Lamir.

Elie Lamir (1838-1902), est un philanthrope. Il exerça la profession d'actuaire (spécialiste de la statistique et du calcul des probabilités appliqués aux problèmes d'assurances, de prévoyance, d'amortissement) et amassa une grande fortune par de lucratives opérations en bourse. Par testament, il lègua ses biens en vue de la création d'une fondation en faveur des orphelins nés à Mons. Des conditions furent imposées, dont la rénovation des locaux vétustes et insalubres de l'hospice fondé en 1562 par Louise de Bouzanton. Le projet retenu était de maintenir l'orphelinat existant pour les garçons, et avait envisagé de construire, chaussée du Roeulx, un nouvel établissement pour les filles, mais la guerre de Quatorze stoppa les travaux entamés et ne furent jamais achevés.

Dans cette rue bordée, jadis, de bâtiments à caractère industriel comme le dépôt du commerce de vin De Groot – Talon qui, bien que transformé en appartements, affiche toujours la cage de son monte-charge et, sur le toit, un conduit de ventilation surmonté de sa « crête-girouette » ; ou comme la brasserie Tondreau, héritière d'une brasserie  dite de « Saint Louis » qui, en 1663, s’était installée dans une maison située le long de la Trouille où se tenait auparavant une étuve portant le joli nom d’ « Estuve du Dieu d’Amour ». En 1787, un certain Eugène Dumont y habita, puis en 1797 un certain Pierre Clément. C’est à ce dernier que François Joseph Pécher racheta l’entreprise, en 1802, et qui fut reprise à sa mort par son frère cadet, Adolphe. Lors de la disparition en 1899 de celui-ci, un autre Pécher lui succéda, Paul, puis en 1907, Charles Tondreau, ingénieur chimiste de formation, qui lui racheta la brasserie. Il n’avait que 24 ans, et beaucoup de tempérament. C’est notamment à lui qu’on doit la fondation, en 1910, avec son frère Maurice, du club de football qui deviendra plus tard le RAEC, et dont il deviendra le président. Tout ayant une fin, en 1966, la fabrication s’arrêta, victime de la grande mode des bières blondes industrialisées.

Sur la rue Lamir débouchent plusieurs rues D'abord la rue des Blancs Mouchons (voir cette rue), ensuite la rue de Dinant, dont Le nom est déjà cité en 1556 et qui le doit à l'enseigne d'une brasserie située là (son existence est constatée dans un acte de 1524). Une grande pierre sculptée esquissant la ville derrière ses remparts et portant la mention :« A LA VILLE DE DINAN 1743 » y exista au numéro 30 jusqu'en 1980. Malheureusement, elle disparut mystérieusement au moment de la démolition de l'immeuble alors qu'elle avait été déposée dans l'attente de sa réinstallation.

Ensuite, vient la rue « Sans Coron, » ainsi nommée dès le XVIe siècle (auparavant elle s'appelait rue du « Sac »). En 1415, on trouve, en effet, la mention de la « rue on dist au Sacq en le Gierlande, marchisssant à le rivière de Trouille » et en 1551, celle de « rue au Sacq alias sans Coeron » . Sans coron signifie sans coin. Effectivement puisqu'elle aboutissait à la Trouille et n'avait donc pas de coin bâti.

Photos :

Parcours de la Trouille en aval de la rue de Bertaimont. Extrait du plan Goffeaux.1828. BUMons.

Plan détaillé du moulin du Pont à Trouille. Avant 1872. BUMons.

Plan cadastral accompagnantl'acte de vente d'un bien situé rue du Cerf-Volant. Coll. de l'auteur.

La rue Lamir au début du XXe siècle.carte postale. Coll. de l'auteur.

Rue Lamir : exemple caractéristique d'un entrepôt bordant la Trouille au XIXe siècle. Photo anonyme. FAPMC.

Façade de la Brasserie Tondreau dans les années 1960. Photo famille Tondreau.

Cour intérieure de la Brasserie Tondreau dans les années 1960. Photo famille Tondreau.

Dessin par Léon Dolez de l'enseigne de la Brasserie de Dinant. Photo Albert de Haene.

 

PLACE DE VANNES

On peut dire que cette place est née du cahot. Elle n'existait tout simplement pas avant les bombardements meurtriers des 11, 14 et 16 mai 1940 qui atteignirent la plupart des immeubles des rues avoisinantes, ce qui, une fois la guerre terminée, obligea de reconstruire complètement le quartier et de réaménager (en 1954) cet espace auquel on donna le nom de la ville bretonne avec laquelle Mons se jumela en 1957.

Totalement sinistré par les bombardement qui visaient la gare, il ne resta pratiquement aucun immeuble intacte si ce n'est, par miracle, la chapelle Sainte Marguerite du XIIIe siècle, à l'Attacat. Un récit descriptif nous en a été fait par le chanoine Missonne : «  Vers 17 heures, mardi, l'alerte à peine donnée, une escadrille d'avions volant très bas (toute D.C.A. Absente) faisait pleuvoir des torpilles et des bombes explosives ou incendiaires sur tout le quartier ouest de la ville. En quelques instants, c'était depuis la rue de Bertaimont jusqu'à la rue de Nimy, en passant par les rues de la Petite Guirlande, des Kiévrois, des Sars, Compagnons, Ferrer, Onze Novembre et du Parc, des ruines ou des flammes et onze tués sous les décombres... Le jeudi 16 mai , durant tout l'avant-midi, les alerte furent incessantes. Une fois de plus c'était la gare qui était visée et l'Hôtel des Chemins de Fer avec les maisons voisines étaient en flammes. » Cette journée fut, en effet, un véritable enfer pour la ville. Sans cesse, l'aviation allemande survolait la ville, tantôt bombardant la gare, tantôt les troupes françaises qui tentaient une ultime fois de résister à l'avance ennemie avant de se replier vers l'Escaut. En plus, une bonne partie de la rue des Sars disparut suite à l'explosion de munitions stockées dans la caserne de manutention située à proximité.

Puis ce fut 'occupation de notre territoire et un retour au calme. Mais, par la suite, au fur et à mesure que l'armée allemande s'essoufflait, la population montoise se vit confrontée aux bombardements effectués par l'aviation alliée, cette fois. Ceux-ci survenaient à toute heure du jour et de la nuit visant plus particulièrement les objectifs militaires comme les gares de chemin de fer, aussi ce quartier eut encore à subir des dégâts et des victimes1. Le premier bombardement allié sur Mons eut lieu le 31 décembre 1942 ; un autre, cependant plus insignifiant, eut encore lieu le 9 janvier 1943. Naturellement c'était la gare qui était visée, elle subira de très importants dégâts dont elle ne se relèvera pas(elle dut être démolie et reconstruite en1950 - 52). Les 9,10 et 20 mai 1944, Mons est à nouveau touchée, et une dernière fois le 9 août 1944. Les bombardements auront provoqué, à Mons, la destruction de 226 immeubles ; 454 autres seront gravement endommagés et 767 le seront légèrement (2).

Non loin de la station de chemins de fer, les deux carrefours constitués, d'un côté par la jonction de la Chasse Ma Brune, des rues de Gaillardmont et la rue des Sars, et, de l'autre, la jonction des rues Claude de Bettignies avec la rampe Borgnagache et la rampe des Kiévrois, il ne resta pratiquement plus rien. Aussi fut-il envisagé une restructuration et une modernisation du quartier.

La création de cette future place de Vannes bouleversa complètement la physionomie des lieux : la Chasse ma Brune, qui s’amorçait à la rue des Compagnons et rejoignait la rue de Gaillardmont en passant sous une habitation, perdit à cette occasion son caractère de voie publique. (Par contre, un peu plus haut dans la rue de Gaillardmont, on peut toujours emprunter la chasse du Bon Dieu – il y avait dans cette impasse, au XVIIIe siècle, une image du Chris - rue pittoresque, qui se termine en cul de sac derrière les jardins situés en contrebas des propriétés entourant la cour du Bailli). Ensuite, la rue de Gaillardmont, qui faisait auparavant un virage à nonante degré sur la gauche en descendant, pour rejoindre la rue des Sars, fut prolongée tout droit au travers de l'ancien pâté de maisons bordant le bout de la rue des Sars et alla se raccorder au nouveau rond-point faisant désormais la liaison entre toutes ces rues. Ce dernier en pente, remplaça la double volée de la rampe des Kiévrois qui existait alors pour mettre en communication la rue des Kiévrois (actuelle De Bettignies et Borgnagache) avec l'allée latérale du boulevard Charles-Quint. Cette rampe fut supprimée suite à la disparition des maisons qui la bordaient. Un vaste espace, tout en longueur, était ainsi dégagé.

En 1955, pour décorer cette nouvelle place, la Régence de l'époque eut l'idée d'y implanter le puits-fontaine qui se trouvait depuis 1877 sur la place du Marché aux Herbes et qui gênait, maintenant, les manoeuvres des imposants camions desservant les commerces de fruits et légumes. En fait il s’agissait d’un ancien puits, dit le « Rouge-Puits » datant de 1831 (architecte Albert Jamot), qui avait été installé là et raccordé au nouveau réseau de distribution d’eau pour servir aux marchands de fruits et légumes. Mais, en 1981, quand la rue de la Chaussée est devenue piétonnière, on est venu le rechercher pour le remettre logiquement à la place qui était, en fait, sa place d'origine, quand il servait encore de puits avant l'installation du réseau de distribution d'eau. Et on planta quelques arbres sur la place de Vannes.

C'est en 1952 que les villes de Mons et de Vannes ont consacré leur union fraternelle, et de nombreux échanges échanges touristiques, culturels, économiques, commerciaux, relationnels, scolaires, sportifs, ont été développés entre les deux villes. Vannes, carrefour privilégié en Bretagne, nichée au fond du Golfe du Morbihan, à environ 25 kilomètres de l'océan atlantique, possède un port de plaisance parmi les plus actifs du littoral de Bretagne Sud. Ville historique, ancien siège du Parlement breton, elle a gardé les principaux vestiges de sa riche histoire ; c'est aussi un dynamisme économique et un pôle universitaire.

1 Claude Christophe. 1940-1944. Mons en images. 1980.

2Ghislain Lhoir. Le Hainaut sous les bombes. 1985.

Photos :

 

Extrait du plan de Mons par Joseph Hubert. Ed. E. Dacquin,1880.

 

Jonction de la rue de Gaillardmont et de la rue des Sars après les bombardements de 1940. Photo anonyme. Coll. Ph. Baltus.

 

Le coin en retour d'angle de la rue de Gaillardmont et les gravats contenus des ruines du bout de la rue des Sars. Photo anonyme. Coll. Ph. Baltus.

 

Le bas de la rue des Sars avant sa jonction avec la rue (actuellle) De Bettignies.

Photo anonyme. FAPMC.

 

Démolition des habitations du bas de la rue des Sars. Photo anonyme. Coll. Ph. Baltus.

 

Jonction avec la rue des Kiévrois (actuelle rue De Bettignies) dégagée des gravats. Photo anonyme. FAPMC.

 

La rampe des Kiévrois et les maisons qui la bordaient. Photo anonyme. FAPMC.

 

La rue des Ursulines (actuelle De Bettignies) et la chapelle du couvent. Photo anonyme. FAPMC.

 

L'ensemble du quartier avant sa reconstruction. Photo anonyme. FAPMC.

 

La chasse Ma Brune. Photo anonyme. FAPMC.

 

La chasse du Bon Dieu avec au bout la place de Vannes. Photo de l'auteur. 2011.

 

Le Rouge Puits à la place de Vannes. Photo anonyme. FAPMC.

 

Le même sous un autre angle. Photo anonyme. Coll. de l'auteur.