RUE ANTOINE CLESSE

Au XVIe siècle cette rue s'appelait « rue Sans Raison » ce qui laisse supposer une certaine anarchie lors de sa création. Au XVIIe, elle porta le nom de rue du Dragon ; cette fois, les Montois l'ont reconnue. Encore que ! Parce qu'au XIXe siècle elle reprit son nom de rue Sans Raison. Ce n'est qu'à la fin de ce siècle, qu'on lui attribua, en reconnaissance, le nom du chansonnier, poète (et armurier) montois qui y mourut au numéro 18, le 9 mars 1889.

Né à la Haye le 30 mai 1816 d’un père français et d’une mère originaire de Frasnes lez Buissenal, il passa toute sa vie à Mons où il exerça le même métier que son paternel : armurier. Au décès de son épouse, il quitta la rue d’Havré pour s’installer dans la rue qui allait porter son nom. Il sera un ardent patriote belge, célébrant dans ses poésies la révolution de 1830, l’unité nationale, la dynastie et, bien sûr, sa ville d’adoption.

C’est lui qui composa en 1843 la pièce d’inauguration du nouveau théâtre de Mons. En 1845, il publia son premier recueil de chansons (il en écrivit 421 au total). Sa plus célèbre, intitulée « la bière », est toujours chantée dans les milieux estudiantins :

 

Salut à toi, bière limpide et blonde,

Je tiens mon verre, et le bonheur en main.

Ah ! J’en voudrais verser à tout le monde,

Pour le bonheur de tout le genre humain.

 

A plein verre mes bons amis

En la buvant, il faut chanter la bière ;

A plein verre, mes bons amis,

Il faut chanter la bière du pays !

 

Très vite, sa notoriété dépassa les frontières. Il se lia d’amitié avec quelques écrivains belges et français, dont Béranger, Dumas, Hugo. En reconnaissance de ses prises de position sociales, il fut gratifié de plusieurs titres honorifiques, tant en France qu’en Belgique.

Il mourut à Mons le 9 mars 1889 à l’âge de 72 ans, et on lui fit des funérailles grandioses. On apposa une plaque commémorative sur sa maison, et - pas le moindre hommage - toutes les demi heures, le carillon du beffroi égrène le joyeux refrain de son œuvre la plus connue : « La bière ».

Enfin, le chansonnier montois fut particulièrement honoré par ses concitoyens, qui lui élevèrent également un monument. Mais, soit dit en passant, dont la muse ne fut pas sans provoquer quelques réactions. En voici la plus sympathique, celle de Myen Vanolande qui lui a consacré une chanson dont voici le premier couplet :

L’ jour dé l’ fiett’ Cless’, pou l’ prumier caup dé m’ vie,

A l’ inauguration du monumint,

Quand j’ vos ai vu, in présinc’ dé l’ famie,

Dé nos mayeur intouré d’ ses éch’vins,

On vos z’ avoit mis ‘n grand’ quémich’ dé toile,

Vos aviez l’air la d’dins,d’ j’wer à coucou ;

Mé, quand on vos a ieu r’'tiré vo voile,

Mon Dieu, Madam’, j’étois géné pour vous.

Sur le socle on grava les célèbres vers chantant la bière, ainsi que le non moins célèbre : "Soyons unis... Flamands, Wallons, ce ne sont là que des prénoms, Belge est notre nom de famille". (parodié par René Goscinny dans « Astérix chez les Belges »). Ce monument était dû au talent du sculpteur Paul Dubois. Comme d’autres, ses bronzes furent enlevés par l’occupant allemand en 1918, mais dès 1932, de nouveaux bronzes furent installé sur l’ancien socle, mais, cette fois, la muse était d’avantage voilée. Curieusement, elle était également accompagnée d’un petit enfant, ce qui fit dire à l’un ou l’autre arsouille montois : « Elle est dallée avé l’ z’ All’mands, èyè elle est r’vénue avec ein infant ! » . Pour terminer, signalons qu'elle se trouve actuellement à la place du parc.

Photos :

Portrait d'Antoine Clesse. Carte postale. Coll. de l'auteur.

Premier monument Antoine Clesse. Carte postale envoyée en 1909. Edition Duwez Delcourt. Collection de l’auteur.

Deuxième monument Antoine Clesse. Carte postale non datée . FAPMC.

Socle du monument Antoine Clesse. Carte postale non datée . FAPMC.

 

RUE DU ONZE NOVEMBRE

Il s'agit bien sûr ici du Onze novembre 1918, jour de l'armistice qui mit fin à quatre années de guerre impitoyable. Cette rue, qui, auparavant porta les noms successifs de rue d'Enghien (cette famille y avait leur hôtel), des Lombards (ces banquiers y avait installé leurs comptoirs), du Mont-de-Piété (suite à l'existence, jusqu'en 1921, de cette institution dans la rue), enfin, en 1919, de rue du Onze Novembre.

Le 10 novembre, les 2e et 3e Divisions arrivèrent aux portes de Mons. Afin d'épargner la ville autant que possible, le général Currie ordonna une manœuvre d'encerclement : la 2e Division contourna la ville par le côté sud pour occuper les terrains élevés à l'est, tandis que la 3e Division devait s'emparer de la banlieue septentrionale de Nimy et s'infiltrer jusqu'au cœur de la ville. Vers 23 h, des pelotons du 42e Bataillon de Montréal (Canadian Black Watch) de la 7e Brigade entrèrent dans la ville de Mons et commencèrent à libérer l'est de la ville pendant que le reste des troupes franchirent le canal de la Dérivation et pénétrèrent par le nord-ouest.

Au petit matin du 11 novembre, tous les quatre bataillons de la 7e Brigade d'infanterie canadienne pénétrèrent dans la ville : le Régiment royal canadien, le Princess Patricia's Canadian Light Infantry, le 42e Bataillon de Montréal et le 49e Bataillon. À 3h10, la première patrouille traversa la Grand-Place et à 4h, toute la ville était sous contrôle des unités canadiennes. À 5h du matin, les premiers officiers canadiens étaient reçus à l'hôtel de ville de Mons.

Voici comment se déroula cette mémorable journée, vu du côté montois, selon les notes du notaire Adoplhe Hambye, prises au jour le jour pendant toute la durée de la guerre : De grandes nouvelles circulent en ville, l’Empereur, Roi de Prusse a abdiqué de toute sa puissance en faveur de son fils le Kronprinz. Sur la grand place, deux canons ont été mis en batterie. Les Allemands quittent la ville et précipitent leur fuite. Les Anglais se battent à Jemappes avec les arrière-gardes allemandes en retraite. Des combats ont lieu autour de Mons. Le soir, nos libérateurs arrivent au faubourg de Bertaimont et au Pont Canal. Avant leur fuite, les Allemands se sont servis dans nos magasins d’alimentation et ont allumé des incendies dans deux dépôts avoisinant l’usine à gaz. Le ciel reflète les flammes de façon lugubre.

Lundi 11 novembre : ce jour de gloire si espéré, si attendu arrive enfin. Les troupes canadiennes, qui depuis hier soir nous entouraient, se sont emparées de Mons et ont fait leur entrée en ville à 3 heures du matin. Tous les Allemands sont partis et malheur à ceux qui s’y trouvent encore !

Les combats qui ont été livrés autour de Mons ont été âpres et pénibles. Les arrière-gardes allemandes, postées de divers côtés avec des canons et des mitrailleuses, ont apporté une résistance acharnée en divers endroits. La canonnade a été intense de part et d’autre. A Jemappes, il y a eu des maisons détruites par les obus allemands lancés depuis la gare de Mons et des boulevards. D’autre part, des obus anglais ont endommagé quelques habitations en ville, notamment aux boulevards Gendebien et Dolez. Des victimes dans la population civile sont à déplorer.

On s’est battu aussi au levant de Mons. Des obus sont tombés sur le bois de Mons à proximité d’habitations. Cette résistance a retardé de quelques heures seulement la prise de la ville. Les dernières troupes allemandes n’avaient plus ni courage ni discipline. Elles se sont évanouies comme des ombres.

Au bruit de l’arrivée de nos libérateurs, la population se réveille, se répand dans les rues et se livre à des acclamations et à des démonstrations exubérantes de joie. Les cris de la rue nous arrachent au sommeil vers les 6 heures et demie. C’est un bonheur général auquel tout le monde participe, empreint d’une émotion mêlée de larmes, de joie et de tristesse.

Le carillon du beffroi fait retentir les notes sonores de la Brabançonne et les différents hymnes patriotiques des nations de l’Entente. Les cloches des églises sonnent à toute volée. Les avions alliés tournoient au-dessus de la ville, lançant des fusées de réjouissance.

A 11 heures, heure à laquelle l’armistice entre en vigueur, a lieu la revue glorieuse des troupes de la brigade canadienne. Le général Clark, qui la commande, salue la ville et fait pousser des hourras en l’honneur du Roi des Belges. La ville est pavoisée des drapeaux de toutes les nations alliées. Nos couleurs noire, jaune et rouge qui n’avaient plus été arborées depuis plus de quatre ans, flottent sur toutes les façades. Les loques et les insignes de l’occupation teutonne ont été arrachés et brûlés en autodafé. Les habitants exhibent à la boutonnière des cocardes patriotiques. Tous les visages sont épanouis de franche gaieté et rayonnent des plus belles espérances.

A 5 heures, nouvelle revue des troupes sur la Grand-Place par le général de division Curie au milieu d’une effusion de patriotisme. Celui-ci, accompagné d’une délégation d’officiers, est reçu à l’hôtel de ville et fait don du fanion de sa division qui sera le symbole de la délivrance de la cité.

Quelques échos de réjouissance nous parviennent encore dans la soirée, ainsi que la triste nouvelle qu’un soldat a été tué à Havré juste à l’heure où allaient se taire les armes.

Le 15 novembre eut lieu un défilé des troupes victorieuses sur la Grand-Place en présence des autorités communales, provinciales et militaires.

Dans cette large rue bourgeoise bordée de nombreuses maisons de maître et d'hôtels particuliers qui datent des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, il est fort regrettable, en dehors des victimes qu'il y eut à déplorer, que les bombardements aériens des 11, 14, et 16 mai 1940, visant la station de chemin de fer, aient détruits de remarquables habitations dont Mons avait à s'enorgueillir. L'une, au n° 13, présentait une magnifique façade gothique datée par ancres de1543, pratiquement identique à celle se situant au n°8 de la rue du Miroir, et l'autre sa voisine immédiate, d'un élégant style classique.

Pratiquement à l'angle de la rue Neuve, se trouve également le Musée du Doudou. Celui-ci a été installé dans l'ancien Musée du Centenaire (Guerre, Préhistoire, Céramique) qui fut créé en 1930 dans les anciens locaux du Mont de Piété, cette massive construction, élevée de 1623 à 1625 par Wenceslas Cobergher (un architecte anversois qui avait reçu de la part des Archiducs Albert et Isabelle la fonction de surintendant des Mont-de-piété) à l'emplacemment de l’ancien hôtel d’Enghien.

Élevée sur un plan rectangulaire en léger retrait derrière un haut mur qui conserve encore une fenêtre à meneau fermée d’une grille, elle comporte trois niveaux de huit travées bordées de chaînages d’angle harpés sur un soubassement appareillé, auxquelles se superpose une rangée de grandes lucarnes quadrangulaires éclairant les combles. Le bâtiment est notamment accessible par la travée située à son extrême droite, percée de part et d’autre d’une porte cochère en plein cintre. Remarquons que, de l'autre côté, le volume principal est adjoint à l’arrière de l’édifice, vers le Jardin du Mayeur, d’une cage d’escalier formant une étroite aile de quatre niveaux qui constitue l'un des plus anciens escaliers droits connus à Mons. Témoignage de son ancienne fonction de coffre-fort, toutes les baies sont munies de barreaux1.

Cette appellation de Mont de Piété vient de la mauvaise traduction en français de l'italien « monte di pietà, “crédit de pitié” » (de monte, « valeur, montant », et pietà, « pitié, charité »). Les premières banques de prêts sur gages, ont été organisées en Italie à la fin du XVe siècle pour affranchir les pauvres de l’exploitation des usuriers. C’était en fait la banque des petites gens et, pendant des siècles, elle a gardé ce caractère exclusif. Les fonds destinés à assurer son fonctionnement étaient fournis à l’origine à titre gracieux ou à bas intérêt par des personnes charitables qui ce faisant, accomplissaient un acte de charité, et le service rendu revêtait la forme de secours attribués à des indigents.

 

Le Mont de Piété prêtait exclusivement sur nantissement d’objets mobiliers. Ceux-ci étaient évalués par un priseur, et l’emprunteur pouvait renouveler son emprunt moyennant le paiement des frais et des intérêts. Les objets déposés pouvaient être mis en vente à la demande des déposants, mais seulement après 12 mois accomplis. Lors de la réorganisation des Monts de Piété après la Révolution Française, les capitaux furent généralement fournis par les hospices civils et les bureaux de bienfaisance, mais suite à la création en 1839 d’une caisse d’épargne qui devint la ressource principale de l’institution, une loi de 1848, rendit l’administration et les capitaux du Mont-de-Piété indépendants, celle-ci restant toutefois sous l’autorité du conseil communal. La clientèle ordinaire de ces établissements est restée principalement la classe pauvre qui n’éprouvait aucune répugnance à recourir aux offices d’une institution charitable (il y eut dans les années 1840 une moyenne de 42.000 emprunts par an).

 

Mais peu à peu, le fonctionnement des Monts de Piété se ressentit du développement économique survenu au cours des décennies suivantes. Les hardes et petits objets mobiliers qui formaient autrefois la plus large part des gages cédèrent de plus en plus la place aux bijoux et objets d’ornementation. De plus, une innovation, apportée en 1911, permit d’emprunter de l’argent sur présentation de titres de fonds publics (fonds d’état, de provinces et de communes). Ce qui fut d’une très grande utilité dès les premiers jours de l’occupation lors de la Grande Guerre, car, les bureaux de change ainsi que la Bourse ne fonctionnant plus depuis l’ouverture des hostilités, de nombreuses personnes - qui n’étaient pas des nécessiteux - sollicitèrent des prêts de subsistance sur dépôts de ces fonds publics.

 

Mais, la guerre ayant provoqué une crise mettant à mal leur situation financière, les institutions de Mont de Piété de Belgique dont la décroissance était déjà manifeste avant 1914 , disparurent les unes après les autres, en commençant par les villes les plus petites. En fait, le Mont de Piété n’offrait plus guère grande utilité par suite de l’établissement de nombreuses associations professionnelles, de sociétés de secours mutuels et surtout par suite de l’institution du fonds de chômage communal. Sans parler de la diminution de la population des petites villes au bénéfice des grandes et des centres industriels. En 1921, Il fut question d’en changer la destination et d’en faire des établissements de crédits en favorisant les prêts sur titres de fonds publics, et de leur donner une nouvelle dénomination comme «  Banque de prêt sur gage » ou « Caisse publique de prêts ». Mais la concurrence était déjà trop forte, et la suppression du Mont-de-Piété montois fut définitive en 1923.

 

L’institution ayant disparu, le nom de la rue ne se justifia plus et on lui donna celui de rue du Onze Novembre afin de perpétuer le jour de la fin de la guerre et la libération du pays du joug de l’envahisseur allemand. Le bâtiment a connu une restauration en 1930 lors de la création du jardin du Mayeur et de l’installation, en 1932, du musée dit du Centenaire où on pouvait découvrir, dans quatre grandes salles au 1er étage et cinquante vitrine, les céramiques conservées par la ville, dons de nombreux collectionneurs montois ; des traces de l’occupation préhistorique de la région (présentées dans trois salles du 2e étage) ; et surtout les collections militaires réparties au rez-de-chaussée (1914-1918) et au 3e étage (1940-1945).

Il a été classé comme monument historique le 25 juillet 1942.

 

Les derniers travaux - d’envergure - ont repris en 2005 pour accueillir le Centre d’interprétation du mythe de Saint-Georges et du dragon, vitrine permanente du Doudou, élément essentiel de la Ducasse de Mons, élevée au rang de patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il fallait, en effet, un écrin exemplaire pour accueillir ce nouveau musée et l’ancien Mont de piété situé au fonds du magnifique jardin dit du Mayeur était l’endroit rêvé. Le musée du Doudou fut ouvert en 2015 à l’occasion de la consécration de la ville comme capitale culturelle et la célébration de sa désormais célèbre ducasse.

1 Patrimoine Monumental de la Belgique Mons Tome 4.

Photos :

L'arivée des troupes canadiennes à Mons. Dessin anonyme paru dans l'Illustration.Col. de l'auteur.

Le général Sir Arthur Curie et son état-major passe les troupes de libération en revue. « L’événement Illustré ». Collection Alain Jouret.

Musique en tête, les troupes britanniques défilent dans les rues de Mons pour fêter la libération de la ville. Archives des Montois Cayaux asbl. Collection Jean-Claude Degenst

Défilé des troupes britanniques sur la Grand-Place, le 15 novembre 1918. Les écossais. Photo anonyme. Archives des Montois Cayaux asbl. Collection Jean-Claude Degenst.

Revue des troupes victorieuses, le 15 novembre 1918. La tribune d’honneur. Photo anonyme. Archives des Montois Cayaux asbl. Collection Jean-Claude Degenst.

Affiche du Collège des Bourgmestres et échevins célébrant la victoire. Archives de la Ville de Mons.

Les usuriers Lombards, prêteurs sur gage. Peinture de Quentin Metsys. 1514. Musée du Louvre, Paris.

 

Façade de l'ancien Mont-de-Piété, rue du Onze Novembre. Photo FAPMC.

 

Plan de l'ancien Mont-de-piété. Patrimoine monumental de la Belgique. Tome 4.

 

L'ancien « Musée de la Guerre ». Carte postale des années1930. Coll. de l'auteur.

 

Le premier « Musée du Folklore » Carte postale des années1930. Coll. de l'auteur.

 

Le Musée du Doudou côté Jardin du Mayeur. Photo de l'auteur.

 

RUE MALAPERT 1

Charles Malapert, est né en 1581 à Mons. Il appartenait à une ancienne famille noble du Hainaut. Entré à la compagnie de Jésus, il commença par donner des cours de poésie latine au collège des Jésuites de Mons, puis il fut envoyé à Pont-à-Mousson pour y occuper la chaire de philosophie. Malgré une faible santé, il se rendit en Pologne pour enseigner les mathématiques. Rappelé aux Pays-Bas, il professa cette même science à Douai. Apprécié, il reçut par la suite la direction du séminaire dit des Écossais de cette ville et, plus tard, il fut nommé recteur du collège d'Arras. Suprême consécration, le roi d'Espagne, Philippe IV, ayant érigé, en 1629, le collège des Jésuites de Madrid en université, Charles Malapert y fut envoyé comme professeur de mathématiques.

Malheureusement, il était à peine arrivé qu'il mourut soudainement, à Vitoria au Pays basque espagnol, à l'âge de 49 ans.

Ni ses études, ni ses charges d'enseignant ne l'empêchèrent de continuer à cultiver les belles-lettres, et ses poésies furent appréciées comme les plus élégantes et les plus châtiées de son époque. Á côté de cela, d'autres écrits qu'il a laissés sur l'arithmétique, la géométrie et sur l'astronomie, le firent considérer comme un savant érudit pour son époque, parmi des contemporains comme Képler, Brahé et Mersenne. Dans ses opuscules, il témoigne d'ailleurs du génie bouillonnant de cette époque de rénovation scientifique. Il encourage, notamment, la découverte récente du télescope qui, disait-il, « rapproche la terre du firmament et invite à lire les célestes hiéroglyphes ».

Homme aux talents et compétences diverses, et à la vocation internationale, enseignant, mathématicien et astronome, il contribua à l'essor des connaissances scientifiques de son époque en publiant des travaux importants dans ces domaines. Ce que l'on retiendra principalement de ses observations astronomiques est le rejet du préjugé qu'on avait jusque là à propos de la soi-disante influence funeste des comètes. Après des observations judicieuses sur leur marche et leurs apparitions, il dénonça comme une illusion l'idée effrayante que se faisait le monde d'alors à propos de la queue des comètes. Il avait, en effet, découvert que cette traînée lumineuse n'était qu'un phénomène d'optique, tout-à-fait inoffensif, comparable aux halos et produits par l'épanouissement des rayons solaires réfractés dans le noyau de la comète.

C'est pourquoi le monde scientifique moderne, reconnaissant, donna son nom à un cratère lunaire ainsi qu'au mont qui le borde. Ceux-ci se trouvent près du pôle sud de la lune, À cette latitude, la lumière solaire n'arrive que de façon rasante, et le cratère est ainsi presque perpétuellement plongé dans l'obscurité. Par contre le relief qui l'entoure, dont le mont Malapert, est baigné de lumière à 89% du temps, ce qui en fait un des lieux les plus convoités de notre satellite... et il porte le nom d'un Montois !

Ce personnage méritait donc bien qu'une rue de sa ville natale portât son nom, mais, soyons de bon compte : on n'a pas attendu la conquête spatiale pour le faire, car cette rue fut ainsi appelée vers 1865 lors de sa création.

1 Source : Iconographie Montoise.TH. Leroux – E. Lamir. 1860.

Photos :

Charles Malapert. Lithographie de Nicolas Legrand d'après un portrait appartenant à la bibliothèque de Valenciennes. 1858.

Vue zénithale du cratère Malapert.

Vue rasante du cratère et du mont Malapert au pôle sud de la lune. Photo Astroclub Véga.