RUE DES CINQ VISAGES

Cette rue prit son nom au XVIe siècle d'une maison dont la façade s'ornait de cinq têtes représentant les cinq vertus : la Science, la Sagesse, l'Art, l'Intelligence et la Prudence. On en n'a pas la certitude, mais tout laisse présumer qu'elle fut occupée par le fameux Jacques Dubroeucq (ca 1505-1584), et que ces cinq statues lui servaient d'enseigne. Comme sculpteur, Jacques Dubroeucq est l'auteur des remarquables statues et bas-reliefs qui décoraient le jubé de la collégiale Sainte-Waudru, et, comme architecte, il put revendiquer d'avoir élevé les merveilleux palais de Binche, de Mariemont et de Boussu, qui furent tous, malheureusement, détruits par la soldatesque du roi de France, Henri II. D'après Charles Rousselle (1787-1867), cette maison aurait disparu vers 1823, sans préciser pour quelle raison.

Un autre bâtiment remarquable dans cette rue, en dehors de quelques façades intéressantes, est l'ancien refuge de l'abbaye d'Epinlieu, plus précisément de l'abbaye Notre-Dame d'Épinlieu, qui était un monastère de religieuses cisterciennes installé primitivement à Ghlin, à proximité de la Porte du Parc, dans un méandre de la Haine, rivière alors poissonneuse au cours rapide.

C'est Jeannecomtesse de Hainaut, qui, en 1214, voulant réaliser un vœu de ses parents, s'adressa à Jacques de Vitry, évêque de grande renommée internationale pour avoir prêché et mené la Ve croisade, afin de lui demander,de favoriser auprès du Chapitre de Sainte-Waudru, la fondation du monastère, en faveur duquel Béatrice de Lens avait offert sa dot (on ne pouvait établir sur le territoire de Mons aucune chapelle, ni y suspendre de cloche, sans l'autorisation du Chapitre noble de Sainte-Waudru).

Pendant plus de quatre cents ans, la communauté religieuse put observer sa règle de façon ininterrompue, mais en raison précisément de sa proximité avec les murs d'enceinte de la cité de Mons, objet de différents sièges, l'abbaye fut plusieurs fois ruinée – il faut dire aussi qu'on y avait implanté le Fort de Haine. Finalement, elle fut démolie en 1678, sur ordre du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Carlos de Gurrea, duc de Villahermosa, qui fit raser le monastère, craignant qu'il ne serve de fortifications aux ennemis en cas de siège. Les moniales décidèrent alors de se mettre à l'abri des murailles de Mons et de s'installer dans le refuge qu'elles possédaient en ville (c'était l'ancienne propriété des princes de Chimay) où elles réinstallèrent leur communauté.

Cette nouvelle abbaye était constituée d'un ensemble de bâtisses de style classique conçu par l'architecte Fonson, en 1764, dans un style sobre caractéristique des constructions montoises alliant la brique locale et la pierre bleue d'Ecaussines, Feluy ou Arquenne, mais n'offrant rien de bien particulier au point de vue architectural. La disposition des bâtiments forme un U autour d'une cour, actuellement accessible par un portail provenant de l'ancien refuge des Dames hospitalières d'Hautrage, autrefois situé rue Fétis. Imposant portail s'il en est : de style classique inscrit dans un encadrement panneauté à pilastres à refends et entablement sommé d'une corniche surmontée de pots à feu et d'un cartouche monumental à courbe et contre courbe, guirlandes et volutes.

L'abbaye d'Épinlieu fut supprimée comme toutes les autres, le 1er septembre 1796, et les bâtiments qui subsistèrent servirent jusqu'en 1804, de siège à la première bibliothèque publique de Mons, alors annexée à l'Ecole Centrale du département de Jemappes. Le premier conservateur fut Philibert Delmotte.

En 1840, les lieux furent dévolus à l'Académie des Beaux-Arts qui se cherchait un local. Cette école, fondée en 1780 sous l'appellation de « Académie Royale et Impériale de Dessin, de Peinture et d'Architecture » par le Gouvernement, les États de Hainaut et le Magistrat de Mons, produisit de nombreux artistes de talents : Germain Hallez, A. Van Ysendyck, Etienne Wauquière, Andre Hennebicq, Antoine Bourlard, Auguste Danse, Cécile Douard, Victor Dieu, Anto-Carte, Fernand Dumont ou Marcel Lefrancq et bien d’autres.

Après avoir abrité l'École Technique Féminine qui avait succédé à l'Académie susdite, l'ancien refuge accueille depuis 1976 l'Académie de Musique de Mons, fondée depuis peu (en 1968) qui dispense : formation instrumentale, musique de chambre ; arts de la parole : art dramatique, atelier d'application créative, déclamation, diction éloquence, diction orthophonie ; danse : classique, contemporaine.

Photos :

Situation de l'abbaye d'Epinlieu (Spinoy) au dehors de la porte du Parc. Plan Deventer 1550. BUMONS.

Plan général de l'abbaye d'Epinlieu avec le fort La Haine. BUMONS.

Portail d'entrée de l'Académie de Musique.Porte d'entrée du N° 3, fin XVIIIe siècle, surmontée d'un balcon du XIXe siècle. Photo de l'auteur.

Portail en pierre de style classique montois de la première moitié du XIX siècle. Photo de l'auteur.

RUE DE NIMY

Sans surprise,le nom de cette rue vient du fait qu'elle conduit au village de Nimy. Elle fait partie de l'axe de communication qui existait déjà au temps de l'âge de la pierre et permettait, via un gué construit sur la Haine à proximité de ce village, des échanges et, notamment, l'exportation de l'outillage fabriqué à Spiennes vers les régions du Nord. C'est la plus longue rue de Mons et c'est de ce côté que la pente de la colline de Mons est la plus faible.

Le premier ensemble architectural qu l'on rencontre quand on descend cette rue est le Conservatoire Royal de Musique. Á son propos, notons que celui-ci1 est le successeur (depuis 1882) de l'Académie de Musique, elle-même issue (en 1844) de l'École de Musique, fondée en 1820 par la Société des Concerts et Redoutes (ou Concert Bourgeois). Il est l'un des six conservatoires que compte le pays. Sans perdre sa spécificité, il a fusionné début 2012 avec l'École supérieure des Arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour former ARTS² , dont l'objectif est de former aux métiers des arts visuels, du théâtre et de la musique. Il est le siège de « l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie » successeur de l' « Ensemble d’archets Eugène Ysaÿe » créé en 1958 par Lola Bobesco.

Le conservatoire est installé depuis 1873 dans les locaux qui abritèrent jadis le couvent des Filles de Notre-dame. Celles-ci étaient venues s' installer en 1608 dans l'ancien hôtel de Saint-Symphorien, propriété de la famille de Bousies, situé à front de la rue de Nimy, dans le but de contribuer à l'éducation et à l'instruction des jeunes filles. Progressivement, elles avaient édifié de nombreux bâtiments, dont la gracieuse chapelle (de 1619 à 1670), pour agrandir leur couvent. Celui-ci finit par se présenter comme un vaste ensemble disposé en U autour d'une cour carrée et du jardin (qui existe toujours à l'arrière du BAM). L'entrée s'ouvrait au numéro 7 de la rue de Nimy (le portail a été remonté à la rue Neuve contre un mur à la droite du BAM) et la dernière construction, à savoir l'infirmerie du couvent, (toujours existante à la gauche du BAM) se situait à mi-longueur de la rue Neuve. Entre les deux se trouvaient des annexes du couvent construites en 1726, qui disparurent lors de la la construction au début du XXe siècle du Musée des Beaux-Arts, devenu le BAM.

La congrégation religieuse ayant, comme toutes les autres, été supprimée en 1797, les bâtiments restèrent sans destination jusqu'à ce qu'un décret impérial en date de janvier 1809 y installe le Dépôt de Mendicité, succédant ainsi à la prison civile qui fut fut déménagée à la place du Parc, dans les anciens locaux du couvent des Visitandines. Pour cause de manque de place, le dépôt de mendicité fut à son tour transféré en 1867 dans l'ancien hôtel des sires d'Enghien, rue du Onze Novembre, permettant ainsi l'installation de l'École de Musique dans cet impressionnant ensemble à l'architecture austère.

En raison de la vétusté des lieux et certains locaux menaçant ruine, les bâtiments subirent une restauration complète dans les années 1980 sous les directives du bureau d'architecture de Jean-Pierre Saintenois : aménagement des bâtiments en salles de cours et bureaux administratifs, restauration de la cour d'honneur et transformation de la chapelle en auditorium, pari particulièrement audacieux s'agissant d'adapter le lieu aux exigences d'une salle de spectacle contemporaine. N outre, le porche fut restauré et un logement de fonction pour un concierge fut aménagé. Toutes les façades furent ravalées et les châssis remplacés, les fondations renforcées, le sol de la cour d'honneur stabilisé et repavé.

Un peu plus loi, sur la droite cette fois, se trouve une haute façade tout en pierre de taille, l'ancien Hôtel des Postes. Cet édifice a été construit en 1908 dans le style néogothique flamand, très à la mode à cette époque, pour remplacer l'ancienne poste de style renaissance datant de 1866 devenu trop exigu pour abriter les services des postes et télégraphes ainsi que l’expédition des marchandises qui avaient pris un essor fulgurant à la fin du XIXe siècle. La nouvelle construction engloba les deux maisons privées formant le coin de la rue des Fossés. (L’élégante façade en pierre d’une de ces maisons a été remontée au boulevard Dolez n°53, non loin de la cité estudiantine Pierre Houzeau de Lehaye).

Ce bâtiment fut investi le 1er avril 1997 par la 1ere chambre de Justice de Paix (au 1er étage) et quelques temps après par la 2eme (au rez de chaussée). Les guichets de la Poste furent transférés le 27 août 1998 à la rue de la Clef, tandis que le tri et la distribution investissait un bâtiment à l’angle de la rue des Canonniers et la rue Masquelier, tous deux disparus depuis, au profit d'un centralisation exigée par la mécanisation et l'informatisation des services de la poste contemporaine. 2

En continuant notre parcours, l'on ne peut manquer l'altière silhouette de l'église Sainte-Elisabeth. Comme toutes les églises paroissiales de la ville, elle connut une histoire mouvementée. A l’origine, rapporte François Vinchant dans ses annales3, nous devons le nom de cette église à Isabeau d’Antoing, veuve de Gérard de Werchin qui, suite au décès inopiné de son époux lors d’un tournoi organisé en 1340 par le comte de Hainaut Guillaume III, décida de transformer son hôtel particulier en chapelle dédiée à sa sainte patronne, Elisabeth de Hongrie. Les fondements de cet édifice furent jetés en 1345. Plus d'un siècle après, en 1479, la chapelle de Sainte-Ysabeau fut agrandie.

St Germain, alors l'unique paroisse de Mons, étant devenue trop exigüe pour abriter le nombre grandissant de paroissiens résultant du développement démographique de l'époque, il fut décidé d'ériger la chapelle de Sainte-Elisabeth en église paroissiale. Ce qui ne se réalisa qu'à partir de 1516 en raison de la longue opposition à ce projet du Chapitre de Saint Germain. On décida d'élever le nouvel édifice dans le style encore en vigueur dans le Hainaut : le gothique flamboyant. Le choeur fut achevé en 1558 et la nef en 1577, alors qu'à partir de 1569, on entreprenait la construction d'une tour située en hors d'oeuvre. La nouvelle église fut consacrée en 1588.

Cependant, en 1606 un ouragan détruisit partiellement le choeur, qui ne fut rebâti qu'en 1632. En 1686, comme le rappelle le chronogramme existant encore de nos jours, on construisit un nouveau portail au-devant de l'entrée principale ( à l'époque, il y en avait une autre sur le côté), ou plutôt, on appliqua curieusement à l'entrée de l'église un portail provenant d'un hôtel renaissance inconnu. Il est de toute évidence, en effet, que les sujets qui ornent ce portail, une sirène se mirant dans un miroir et se coiffant, d'un côté, et un chevalier triton de l'autre, n'ont pas été sculptés pour servir d'ornement à une façade d'église.Sans doute étaient-ils destinés à encadrer des armoiries comme c'est le cas au château d'Ecaussinnes-Lalaing.

En 1714, un incendie accidentel provoqué par une fusée devant représenter la venue du Saint-Esprit mais qui s’envola malheureusement vers le plafond en bois, ravagea presque complètement l’édifice. Les piliers des nefs, les voûtes des bas-côtés et des chapelles, ainsi que la façade latérale vers la rue des Fossés et la partie inférieure de la façade principale restèrent seuls debout. Très vite, les responsables de la paroisse décidèrent de faire reconstruire l’église, confiant la direction de l’ouvrage à l’architecte montois, Claude-Joseph De Bettignies, qui s’exécuta dans le style de l’époque. Les travaux de reconstruction durèrent jusqu’en 1732. Les parties basses qui avaient été préservées furent maintenues, ce qui explique la différence de style et de matériaux d’avec les parties hautes, aussi bien de la façade principale que de celle à front de la rue des Fossés, qui présentent un style beaucoup plus tourmenté, tout particulièrement le campanile. Celui-ci, désormais principale caractéristique de l’édifice (il a été classé en 1938), est dû au charpentier Jean-François Mahieu. Il fut achevé dès 1720, mais subit encore différents remaniements pour ne prendre sa forme actuelle qu’à la fin du XIXe siècle (au départ il était recouvert d'ardoises et non recouvert de cuivre comme aujourd'hui). Un carillon y fut installé avec l'autorisation expresse du Chapitre de Sainte-Waudru mais il disparut lors de la Révolution Française. Il fut remplacé en 1808 mais deux des trois cloches furent enlevés par les Allemands en 1943. Elles furent remplacées en 1957.

En 1794, le pouvoir français transforma l'édifice en « Temple dédié à l'être suprême et à l'immortalité de l'âme » avant de devenir plus tard « Temple de la Loi ». Les dégradations aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur furent nombreuses. Les Français ôtèrent toutes les marques de la religion et remplacèrent le coq qui surmontait la croix (dont les bras furent coupés) du campanile par un « bonnet de la liberté ». A noter que le curé de Sainte Elisabeth fut le seul, à Mons, à braver les instructions venues de Rome et a prêter serment de fidélité à la Constitution, mais les paroissiens, en réaction, ne s'assemblèrent plus dans son église jusqu'au Concordat de 1802 qui rétablit la paroisse dans ses anciennes possessions.

Notons encore que durant la première guerre mondiale, l'église servit par moment d'hôpital et de lieu d'asile pour des réfugiés français, et qu'en 1965, le chevet de l'église fut malheureusement dégagé des petites maisons du XVIIIe siècle qui l'entouraient et lui conférait un charme indéniable.

Un peu plus loin dans la rue de Nimy, du côté gauche, tout le monde connaît le palais de Justice. Mais afin de procéder par ordre chronologique, parlons d'abord de ce qui se trouvait là, avant : le refuge de la riche l'abbaye de Cambron. Dès 1316, Nicolas de Herchies, treizième abbé du monastère de Cambron, fit construire à cet endroit un vase édifice «  pour servir d'asile à ses religieux, en cas de trouble ou de guerre ». Mais en 1717, les moines l'abandonnèrent pour déménager dans un nouvel hôtel qu'ils firent construire un peu plus bas, au n° 78, face à a rue des Marcottes. Hôtel qui devint après la suppression des communauté religieuses, un hospice destiné aux aveugles, fondé par un dénommé Charles-Joseph Terrasse. Celui-ci avait, en effet, souhaité par testament voir s’installer dans sa propre maison cet hospice, en instituant comme héritiers universels les Hospices civils de Mons. Lorsque l’hospice cessa ses activités, il fut-il démoli (en 1920) pour laisser la place à un grand magasin de coopérative (architecte Vleugels) qui subsista jusqu’en 1974 et qui, par la suite, est devenu le Mondanéum (inauguré le 19 juin 1998).

Pour en revenir à 'installation du siège de la Justice à Mons à la rue de NImy, il faut commencer par signaler que l'hôtel de Naast où se donnait une partie des séances du Conseil Souverain du Hainaut, la cour de justice de l'époque, ayant été détruit en 1691 lors du siège de la ville par Louis XIV, il fallut trouver un hôtel convenable pour recevoir le Conseil et pourvoir à toutes les exigences du service. Le refuge de Cambron, édifice suffisamment vaste et commode intéressa les autorités judiciaires. Le Conseil Souverain fut autorisé par décret daté du 24 avril 1715 à faire l'acquisition de ce refuge où il emménagea trois ans plus tard, quittant définitivement le château des Comtes où il ne siégeait plus que partiellement en raison de son état de délabrement. Dès lors, l'ancien refuge prit le nom de Palais du Conseil.

Mais pas pour longtemps car la princesse Anne Charlotte de Lorraine venant d'être nommée, par un décret daté du 13 juillet 1754, pour représenter l'impératrice Marie-Thérèse comme abbesse séculière du Chapitre de Sainte-Waudru, il fallut s'occuper de lui préparer un logement dans la ville de Mons où elle voulait fixer sa résidence. Le comte de Cobenzl, conseiller d'état et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté, fit lever le plan du nouveau palais du Conseil, et décida qu'à l'aide de certaines adjonctions, cet édifice pourrait être mis en état d'être occupé par la princesse. Dès lors, le Conseil Souverain du Hainaut alla s'installer dans l'ancien refuge de l'abbaye de Saint Ghislain, rue d'Havré, qui était libre d'occupation. Mais, au mois d'avril 1755, alors que les travaux d'aménagement étaient déjà fort avancés , l'ordre vint de les suspendre, la princesse ayant manifesté l'intention d'habiter définitivement l'hôtel du Gouvernement, rue du Mont Escouvet (actuelle rue du Gouvernement) où elle s'était établie provisoirement.

Quelques années plus tard, le 22 juin 1772, se trouvant trop à l'étroit à la rue d'Havré, le Conseil Souverain revint occuper, après quelques réparations et appropriations, l'édifice de la rue de Nimy. Il y resta jusqu'à sa suppression en 1794 par la Révolution Française. Cependant, cet hôtel, qu'on appelait désormais Palais de Justice, ne cessa pas sous la domination française d'être occupé par les tribunaux que la nouvelle institution judiciaire avait institués.

Plus tard, sous le régime hollandais la nouvelle organisation judiciaire ayant prévu l'établissement d'un cour d'appel à Mons, on chercha à construire un nouveau palais pour la recevoir ainsi que les autres tribunaux, parce que l'état du vénérable bâtiment était tel qu'on ne pouvait plus y siéger sans danger. On fit d'abord l'acquisition de deux maisons voisines qui furent démolies en même temps que l'ancien refuge d'abbaye. En 1844, les travaux de construction commencèrent sur base des plans de l'ingénieur-architecte Jean-Baptiste Huriau et l'inauguration des nouveaux locaux eut lieu le 19 octobre 1848. (Pendant ce temps, les tribunaux allèrent siéger à l'Hôtel de Ville. )

L'édifice se compose d'un corps de bâtiment principal abritant, alors, les salles d’audience et les parquets, les archives, et d’autres locaux de service, tandis que le Tribunal de Commerce et  la Chambre de Commerce occupaient l’aile gauche, et la Justice de Paix, le Conseil de Guerre et la bibliothèque, l’aile droite. Ces deux bâtiments en aile entouraient une cour qui à l'origine était fermée par une grille à front de la rue (démontée en 1970). Dans ce bâtiment, deux salles attirent particulièrement l'attention par leurs dimensions : celle des pas-perdus et la cour d'assise. La première est remarquable non seulement par son étendue mais par les vingt cariatides qui soutiennent l'entablement servant de couronnement à cette salle. Elles ont été composées et exécutées par Etienne Wauquier, tout comme les bustes placés dans le vestibule qui représentent Justinien, Baudouin VI, Charles-Quint et Napoléon4. (Malheureusement, de nos jours, l'état de délabrement des cariatides est tellement alarmant qu'il a fallu installer des protections contre leur effritement.)

Mais, le vieux bâtiment de la rue de Nimy n'est plus seul à abriter les différentes cours et services de Justice car, en plus d'une première répartition de certains d'entre eux dans des bâtiments proches (l'ancien refuge de l'abbaye française de Hasnon (au n° 24-26-28) dont n'est conservé que la façade en pierre bleue appareillée, et l'ancienne poste au coin de la rue des Fossés), de nouvelles installations appelées les Cours de Justice furent construites à la rue des Droits de l'Homme de 2003 à 2007, dans le but de décongestionner les bâtiments déjà existant et de rassembler dans un même périmètre les différentes juridictions dans l’intra-muros montois.

A côté du palais de Justice se situe la Maison Léon Losseau, qui est une des plus intéressante de la ville. La façade est de style néo-classique, recouverte d'un enduit blanc. La porte d'entrée s'en détache, composée de colonnettes de fonte noires décorée de feuilles et de fleurs de fuchsias dorées. La maison dispose de détails très raffinés. Chaque pièce a pour thème une fleur. Le hall d'entrée a par exemple pour thème la rose et l'orchidée. Une verrière aux poutres de bois finement galbées surplombe le salon. La façade, la toiture et l'intérieur de la maison sont classés comme monuments sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie.

La maison originelle date du XVIIIe siècle. Elle fut acquise en 1873 par Charles Losseau. Elle est totalement rénovée par Paul Saintenoy, contacté en 1899 par Léon Losseau, son fils, non seulement avocat, mais aussi bibliophile, photographe et mécène. Les finitions de la rénovation sont confiées aux architectes parisien Henri Sauvage et Charles Sarrazin et poursuivies par le bruxellois Louis Sauvage. Les travaux commencent en 1900 et s'achèvent en 1904, tandis que la majorité des décorations sont réalisées entre 1905 et 1912. Tous les détails sont supervisés par Léon Losseau lui-même.

La rénovation s'achève en 1913. Elle comprend notamment l'ajout de l'électricité, du chauffage central, d'un ascenseur. Une fois la rénovation achevée, il s'agit de la première maison privée de Mons équipée de l'électricité et du chauffage central au charbon. C'est, d'ailleurs en raison de sa qualité et de son confort moderne, que la maison Losseau fut réquisitionnée par le prince Rupprecht de Bavière pendant la Première Guerre mondiale. Elle fut encore occupée par les Allemands durant la guerre de 40.

Depuis le 19 avril 1982, la façade et les toitures sont classées comme monuments tandis que l'intérieur de la maison l'est également depuis le 21 novembre 19835. En 2015, après un projet lancé au début des années 2010 en prévision de « Mons 2015 », une rénovation est entamée en 2011, la maison rouvre ses portes au public en 2019.

Durant sa vie, Léon Losseau a accumulé plus de 100.000 ouvrages dans sa bibliothèque, en majorité consacrés à la politique, mais aussi à la littérature et à la poésie. Le nombre d'ouvrages en fait la première bibliothèque privée de Mons. Il a collecté de son vivant plus de onze mille objets d'art, dont un grand nombre de médailles. Une fondation est créée en 1952 accueillant des associations et des sociétés savantes, ainsi que des colloques. Elle abrite un centre d'interprétation des collections de Léon Losseau et un centre de littérature hennuyère.

Pour le reste, la rue de Nimy comporte dans sa partie centrale de nombreuses maisons de style dit tournaisien ou d'hôtels de maître qui datent du XVIIIe siècle, pour la plupart de style classique, généralement occupés par d'importantes institutions. Dont, au n°53 (ancienne maison du couple Guilochin - Bécasseau), les bureaux de l'Intercommunale de Développement Economique et d'Aménagement, créée en 1956 à l’initiative des communes du cœur du Hainaut, soit une association de 27 villes et communes, dont activité est multi-sectorielle : elle s'occupe des infrastructures économiques ; procure des conseils aux entreprises ; réalise les études urbanistiques et d’aménagement du territoire ; les expertises techniques pour les communes, les énergies durables, ;ou bien encore gère le secteur de l’eau.

Ensuite il y a au n°70 le Tribunal du Travail (mis en place à partir du 1er novembre 1970) qui occupe l'ancien hôtel de Sécus, important hôtel de maître du XVIIIe siècle qui fut occupé dans la première moitié du XXe siècle par l'Institution Notre-Dame de la Sagesse puis par les Ursulines Primaires et Maternelles qui leur succédèrent vers 1957. En 68, celle-ci quittèrent les lieux pour rejoindre les nouveaux bâtiments du Primaire et Maternelle à la rue Valenciennoise.

Au n° 76, se situe le Mondanéum, un centre d'archives et un espace d'expositions temporaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles installé depuis 1992 à Mons (mais qui ne fut ouvert au public qu'en 1998) dans l'ancien magasin coopératif dénommé « A l’Indépendance » (qui ferma ses portes en 1974). À l'origine, de 1920 à 1934, il était situé à Bruxelles. Ce centre d'archives comprend douze millions de fiches, un musée de la Presse avec 200.000 spécimens de journaux du monde entier reprenant les collections essentiellement constituées entre 1895 et 1914. Redécouverts après l'explosion d'internet, le Mundaneum et ses fondateurs, Paul Otlet et Henri La Fontaine, sont aujourd'hui identifiés en tant que pionniers du Web et des moteurs de recherche .6

Plus bas, au n°106, l'ancien hôtel de Rigny, maison qui date du 17è siècle qui a, un temps, appartenu à un riche notable de la région qui avait fait fortune dans les charbonnages, puis qui fut occupée par les frères Augustin et Florent Honnorez, les constructeur du canal de Mons à Condé et après eux les héritiers parisien du comte Henri de Rigny (1865). Au début du XXe siècle, elle est devenue le pensionnat pour jeunes filles de l'Athénée communal, puis, à partir de 1943-44, l'Académie Royale des Beaux-Arts. Jusqu'en 2011, où furent entrepris d'importants travaux de réhabilitation confiés au bureau d’architecture K2A, en vue d'abriter la Fondation Mons 2015. Actuellement le 106 accueille le Club de la Presse et la Fondation Mons 2025.

Enfin, au n° 130, se trouve le Home Rolland. La Fondation Emile Rolland est née du Comité de Patronage et d'Assistance de Mons dont l'origine remonte à l'année 1889. En 1892, l'Association étend son action à l'accueil d'enfants matériellement et moralement abandonnés et, en 1904, Monsieur Emile Rolland, ingénieur et industriel de la région, fait don de cet immeuble au Comité. La Résidence Rolland est aujourd'hui un établissement d'éducation spécialisée et sociale pour enfants, adolescents et jeunes gens. Sa démarche principale est l'intervention en faveur de jeunes dont les difficultés sont liées principalement à la structure familiale.

Reconnu officiellement comme Conservatoire de Musique de l'État, il prit le nom de Conservatoire royal de musique de Mons par arrêté royal du 15 mai 1951.

Jean-Marie Delaunois. Le Conservatoire Royal de Mons. HCD. 2013.

François Vinchant. Annales de la Province et du Comté de Hainaut. 1648.

Hippolyte Rousselle. Notice sur les Palais de Justice à Mons. Emm. Hoyois. 1848.

5 Christiane Pérard. La Maison Losseau à Mons. Fédération du Tourisme à Mons. 1987

6 Source Wikipedia.Source Wikipedia.

 

Photos :

Chapelle abritant l'auditorium du Conservatoire Royal de Musique. Photo E. Demecheleer.

Cour d'honneur du Conservatoire Royal de Musique. Photo E. Demecheleer.

La rue de Nimy avec l'ancienne poste, au début du XXe siècle. Carte postale. Coll. de l'auteur.

Les maisons formant le coin de la rue de Nimy et de la rue des Fossés avant 1908. Photo anonyme FAPMC.

Façade de l'ancienne poste rue de Nimy au début du XXe siècle.Carte postale. Coll. de l'auteur.

Façade principale de l'église Sainte-Elisabeth. Carte postale du début du, XXe siècle. Coll. de l'auteur.

Les petites maisons bordant la façade à front de la rue des Fossés démolies en 1965. Photo anonyme. FAPMC.

Le clocher de l'église Sainte-Elisabeth. Photo de l'auteur. 2006.

Décor du portail de Sainte-Elisabeth. Sirène se mirant dans un miroir bombé qu'elle tient d'une main et se coiffant avec un peigne de l'autre. Photo de l'auteur. 2018.

Décor du portail de Sainte Elisabeth. Chevalier triton en armure brandissant une épée et un bouclier. Photo de l'auteur. 2018.

Intérieur de l 'église Sainte-Elisabeth. Carte postale du début du, XXe siècle. Coll. de l'auteur.

Sainte-Elisabeth et, en face, le refuge de l'abbaye de Cambron.Lithographie de Wauquière et Liez. Ca 1826. BUMONS.

Le Palais de Justice vers 1900. Carte postale. Edition Nels. Collection de l’auteur.

La salle des pas-perdus et ses cariatides. Carte postale du début XXe siècle. Coll. De l'auteur.

La grille fermant le Palais de Justice avec les voitures du tram à vapeur et, à l'arrière plan la façade de l'ancien refuge de Hasnon. Photo Léon Losseau Maison Losseau.

L'hospice Terrasse ou des Aveugles, 78 rue de Nimy. Photo anonyme. FAPMC.

Le portail d'entrée de la Maison Losseau. Photo Archives d'Architecture Moderne Maison Losseau.

Le Mondanéum. Photo de l'auteur. 2013.

La rue de Nimy au début du XXe siècle. Carte postale. Coll. de l'auteur.

Le pensionnat de l'institution Notre-Dame de la Sagesse,dans les années 20-30. Carte postale. Coll. de l'auteur.

La rue de Nimy au niveau de la rue des Tuileries. Carte postale des années 1920. Coll. de l'auteur;

Cour intérieure du pensionnat de jeunes filles de l'Athénée, au N°106.Photo FAPMC.

 

PLACE DES ALLIES

Lors de la création des boulevards et des ronds-points destinés à les relier au réseau routier, le choix pour désigner cette place s'était porté sur le nom de la lignée des comtes de Hainaut provenant de la maison de Bavière. (cette lignée avait succédé à celle des d'Avesnes depuis que Marguerite d'Avesnes (1310-1356), comtesse de Hainaut et de Hollande, héritière de son frère, épousa en 1324 l'empereur Louis IV de Bavière). Cette place « de Bavière » porta, donc, ce nom pendant environ 55 ans, mais, pour les raisons que l’on devine aisément, après la première guerre mondiale, elle fut rebaptisée place des Alliés.

Mais revenons un peu en arrière. Lors de la démolition des fortifications et leur remplacement par de larges boulevards de circulation , il avait été décidé de relier ceux-ci avec le réseau routier extérieur existant par le biais de ronds-points qui seraient installés au devant de chacune des anciennes portes charretières de la ville ou aboutissaient les grands axes de circulation. Il était donc logique d'implanter un rond point face à l'ancienne porte du Rivage (qui était mixte, d'eau et de terre) et adéquatement située dans l'axe de la route de Valenciennes.

Cependant, la proximité de la gare faisait que les incessantes manoeuvres de triage des wagons de chemin de fer bloquaient longuement la circulation des personnes et des attelages, circulation qui était fort importante en direction et en provenance de l'agglomération formée par le Borinage. Il fut alors décidé d'éloigner ce noeud de communication fort fréquenté, qui se faisait de plein pied avec l'assiette des rails du chemin de fer, jusqu'à la jonction du boulevard de l'Industrie (actuel Sainctelette) avec la voirie nouvellement constituée en direction du village de Cuesmes (rues Masquelier et Wauters), et, pour cela, on dévia la route de Jemappes dans cette direction, ce qui explique l'angle que fait actuellement l'avenue de Jemappes depuis le rond-point des Grands prés, alors qu'avant elle allait tout droit jusqu'à l'ancienne porte

Au croisement de l'avenue de Jemappes avec les rails du chemin de fer on installa pour la sécurité des voyageurs un passage à niveau protégé par deux barrières roulantes et gardé . Remarquons les deux guérites destinées à abriter le gardien. On doit supposer qu’il utilisait l’une ou l’autre de celles-ci en fonction du côté où il terminait de fermer les barrières. Au delà du passage à niveau, à gauche se trouvait le café du « départ du tram électrique de Mons à Boussu », tenu par Octave Mage. Cette enseigne s'explique bien :

Lorsque la Société Nationale des chemins de fer Vicinaux fut créée, en 1884), il y avait à Mons trois lignes qui partaient de la gare : une vers Nimy – Maisières et Casteau, ouverte en 1887 ; une vers Ghlin, et une vers St Symphorien, inaugurées toutes les deux en 1888. Ces lignes, arpentées par de lourds trams à vapeur tractant deux à trois wagons faisaient, toutes, le tour des boulevards avant de rejoindre leurs diverses destinations. Mais pas en direction du Borinage. Ce n'est qu'en 1899 qu'une ligne vicinale fut ouverte par l’Etat (et non les Vicinaux) pour desservir les communes de Jemappes, Quaregnon et Boussu (décision qui ne fut prise que tardivement en raison de l’existence de la ligne de chemin de fer Mons – Saint-Ghislain). Le départ-terminus de cette ligne avait dut être installé au delà du passage à niveau pour la simple raison qu'elle ne pouvait traverser les voies de chemin de fer.

Ce qui fait que cette ligne, n’étant pas reliée au réseau vicinal à vapeur entourant Mons, il fallait, pour se rendre dans le Borinage depuis la gare, prendre le tram à vapeur jusqu’à la halte du rond-point de Bavière (actuellement des Alliés). De là il fallait gagner à pied le terminus de la ligne du Borinage en traversant le passage à niveau de l’avenue de Jemappes, et emprunter la rame de la ligne du Borinage. Il s'agissait ici d’un tram électrique à courant alternatif, le premier à Mons. La ligne avait en 1905 une longueur de 13,53 km et 20,53 km en 1908. Il fallait 50 minutes pour arriver à Boussu. Un panonceau indiquait que l’embarquement se faisait du côté droit de la ligne. Il y avait un départ toutes les quinze minutes, et il en fallait quarante pour arriver à Boussu.

En raison de l'importante fréquentation de cette voie de communication, un projet de construction d’un viaduc permettant d'enjamber les voies du chemin de fer, vit le jour dès 1908. Malheureusement pour les usagers, la guerre reporta sa mise en œuvre et celui-ci n’entra en service qu’en 1926. Il comportait des rampes d’accès bordées d’un garde-fou en béton caractéristiques de l'époque, aujourd'hui disparus, et un tablier suspendu à une élégante charpente métallique qui, elle, existe toujours.

La mise en service du viaduc au dessus des voies du chemin de fer permit de rejoindre la gare le long du boulevard Gendebien, toutefois sans qu’il y ait une liaison avec les autres trams de la SNCV. L’État exploitera cet axe jusqu’en 1928 avant d’en transférer la gestion à la SNCV. La ligne connaîtra plusieurs travaux de modernisation entre 1929 et 1337. Puis, en 1970, l’autobus remplaça le tram. Plus tard, ce viaduc fut réaménagé lors de la mise à sens unique des boulevards en 1975 et complété par deux autres viaducs formant un triangle enfermant complètement la place des Alliés.

Photos :

Porte du Rivage vers 1865 lors de la démolition des dernières fortifications. Photo anonyme. Coll. privée.

Projet d'implantation du rond point face à la porte du Rivage. BUMons.

La place de Bavière en direction de la rue Masquelier et du boulevard Gendebien. Carte postale du début du XXe siècle. FAPMC

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La place de Bavière en direction de l'avenue de Jemappes. Carte postale du début du XXe siècle. Ed. ND Phot. Coll. de l'auteur.

Le passage à niveau gardé de l'avenue de Jemappes. Carte postale oblitérée en 1910. Ed. Duwez-Delcourt. Coll. de l'auteur.

Les guérites du passage à niveau Carte postale datée de 1901. Ed. Vanderauwera, Bxl. Coll. de l'auteur.

Le terminus de la ligne du Borinage, avenue de Jemappes.Carte postale datée de 1900. Ed. DVD. Coll. de l'auteur.

Rampe du pont de Jemappes côté boulevard Gendebien.Carte postale vers 1930. Ed. Thill, Bxl. Coll. De l'auteur.

Le viaduc de Jemappes.Photo anonyme. Coll. P. Piérard.