BOULEVARD WINSTON CHURCHILL

Primitivement dédié à Baudouin le Bâtisseur, comte de Hainaut de 1120 à 1171 , ce boulevard prit le nom de boulevard de la Prison après la construction de celle-ci, en 1867 puis, en 1919, on lui donna le nom de boulevard Britannique en reconnaissance de l'intervention, en 1914, du corps expéditionnaire anglais sur le territoire franco-belge; enfin de Winston Churchill depuis la mort de l’illustre homme d’état anglais, en 1965. Le bâtiment le plus visible le long de ce boulevard est, bien sûr la prison, mais dans l'histoire de la ville il y en eut bien d'autre avant elle.

Au Moyen-âge, les échevins de la ville de Mons rendaient la justice : ils jugeaient les procès civils et les poursuites répressives, et toute justice répressive impliquant une prison, les échevins en avaient donc une. Jusqu’au XVIe siècle, c’était une tour de la porte de Nimy. Mais dès le 17 décembre 1482, le Conseil de ville envisagea la création d’une nouvelle prison, parce que : « C’estoit grand desplaisi aux bourgeois de la ville quand ils méfézoient aucunement, d’estre menez et retenus prisonniers à la porte de Nimy, où on les mettoit auprès gens larrons et gens fourfus de leur vie. Aussi estoit grand travail pour Messieurs eschevins de les aller interroger en la dite prison. » Le second argument était peut-être plus décisif que le premier, aussi le Conseil décida de construire une nouvelle prison à l’issue de la Maison de la Paix, vers la rue d’Enghien.

Mais ce qui peut paraître surprenant pour nous, c'est que, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la gestion d’une prison fut une entreprise privée, une affaire commerciale. Le service de la prison était concédé à un particulier, qui payait un certain droit, le tourage, mais recevait un prix de journée d’entretien soit des détenus eux-mêmes, soit des autorités judiciaires qui usaient de la prison. Le tourier, ou encore cipier, chipier, ou geolier, pouvait aussi fournir des « extras », des « doulcheurs » aux détenus, des « cawdeaux » aux condamnés à mort, et c’était une source de bénéfices… quand les affaires marchaient bien. Le tourage constituait un profit pour la ville, mais comme celle-ci, pour établir une prison, devait obtenir l’octroi du prince, celui-ci voulait évidemment en partager le bénéfice. N’oublions pas, non plus, qu'à cette époque, le droit de justice était un droit lucratif. Ainsi, le 20 mai 1500, le prince, qui était alors Philippe Le Beau, avait consenti à l’établissement de la prison nouvelle, mais à la condition de partager avec la ville le bénéfice du tourage !

Une maison fut achetée en 1512, et l'on voit dans le rapport des francs cerquemaneurs (experts) qui visitèrent cet immeuble que la ville avait alors encore un caractère semi-rustique ; ils décrivent la « maison, avec estable, entrepresure, une grange » : ils notent que les cheminées sont en briques, car beaucoup étaient en terre ; la maison est couverte de tuiles, mais la grange est couverte d’estrain (chaume). Les travaux de construction furent commencés en 1512 : la première pierre fut posée le 20 août. La destination du bâtiment, que l'on voit encore maintenant, n’apparaît nullement de son architecture. Les prisons actuelles ont toutes des allures de forteresse, et ce sont des bâtisses considérables : tandis que la prison des échevins de Mons, datant du XVIe siècle, a l’aspect d’une maison bourgeoise sans grande importance.

Cette différence est due à une conception actuelle tout autre de l’emprisonnement qu’à l’époque considérée. Tandis que de nos jours l’incarcération est une peine dont le degré d’efficacité présumée est en fonction de sa durée, alors, l’emprisonnement n’était qu’une mesure d’instruction : aussi ne durait-il pas longtemps. De plus, les prisons étaient locales, tandis que maintenant elles sont régionales. Voilà pourquoi la prison communale ne se différencie pas beaucoup d’une maison bourgeoise : tout au moins dans ce que l’on voit de la rue. Mais il est une partie, en sous-sol, qui est bien impressionnante. Elle est peu connue du public, parce que d’accès fort difficile.

Il faut traverser une première cave avant d'arriver à une série de salles en sous-sol, faiblement éclairées par un soupirail donnant dans un couloir menant à la rue d’Enghien. Toutes les parois sont formées de blocs de pierre. D’abord un sas avec entrée en chicane. Puis une grande salle avec voûte en plein cintre avec une très grande cheminée ; à la voûte : de forts anneaux de fer. C’est là que s’appliquait la torture, la question. Ensuite viennent deux petites cellules avec entrée en chicane, on y voit encore des fragments de ferrures de portes. C’est la prison basse « des sorcières », comme elle était parfois dénommée. La petite chapelle, qui se voit du dehors à l’entrée de la cour ne fut bâtie qu’en 1646 : une personne charitable avait fait un don à la ville pour ériger cette chapelle où les condamnés à mort passaient leurs derniers moments. La prison ne comportait pas seulement cette partie souterraine, mais elle comprenait des chambres à l’étage. En effet, un compte du massard (receveur communal) de 1524-1525 rapporte : « Pour deux seaulx bendez de fer pour mettre ès boveaux en bas et ailleurs pour les prisonniers faire leurs nécessités ».

Malgré que les prisonniers étaient enfermés et enchaînés, la prison n’était pas absolument sûre : il y avait des évasions. Le geôlier, qui était en somme un entrepreneur, souvent un ancien « cabareteur », était rendu responsable des évasions. Ainsi, le 18 juin 1564, le geôlier Thomas Thiérry avait laissé échapper Antoine Marsarcq, conreur (tanneur), qui était prisonnier pour le crime d’appartenir à la secte luthérienne : les échevins décident tout simplement de constituer ledit geôlier prisonnier… dans sa propre maison !

Les geôliers, des commerçants avisés, exagéraient parfois leurs états. Quand ils réclamaient directement les frais de séjour aux détenus, ils tiraient tout ce qu’ils pouvaient. Et même, ils trompaient la ville ! Ce qui força le Conseil de ville, le 12 juillet 1535, à prendre des mesures : « Pour le désordre trouvet sur le fait du thourier de la dépense qu’il compte des prisonniers qui sont à charge de la ville, est advisé que le thourier aura un registre auquel se escripvera par eschevins, pensionnaires ou greffiers et nuls autres, l’entrée et yssue d’iceulx prisonniers, à peine se il estoit fait au contraire, de lui en rien passer et de compter de mois en mois ».

Comme les échevins n’avaient pas une confiance absolue dans le geôlier, ils faisaient mettre le détenu « sous scellé » et c’est un agent de police qui gardait la clef du loquet fermant la chambre ! Ainsi, nous lisons dans le compte du Massard pour 1444 : « À Colart, le serrurier, pour un locquet et une clef et une bende de fer y servant mis à l’huys de la cambe de la prison de le ville, là où estoit tenu Obert le Crespe, et douquel locquet le sergeant de le ville, commis au dict Obert garder, portoit la clef, payet 9 s. ». Il s’agit de l’ancienne prison de la porte de Nimy, mais le régime était le même.

Les geôliers faisaient parfois faillite. Le 15 avril 1556 se voit voté au registre des résolutions du Conseil de ville : « Pour ce que le tourier des prisons de la ville s’étoit absenté et délaissé sa maison, estang besoing y pourveoir. Convenu faire passer à recours la maison des prisons, et faire traite sur ses biens ».Mais le métier n’était guère considéré. Sans doute que le prédécesseur de Nicolas du Puch se livrait au brandvin, car le 5 juin 1582, le Conseil de ville « conclud d’admettre à l’estat de chépier Nicolas du Puch, l’admonestant de soy garder de boire et s’enyvrer, aussi d’este vigilant et diligent en l’exercice du dit estat ».Par-contre, le 25 octobre 1608, le Conseil accorde une indemnité au chépier, parce qu’il n’a eu que peu de prisonniers pendant l’année écoulée.

Comme on l'a vu, au XVe siècle les prévenus étaient incarcérés soit à la prison de la Maison de Ville soit à la porte de Nimy, dans la grosse tour1, mais, Indépendamment de ces prisons, le prince (le duc de Bourgogne) eut à Mons en la rue de Nimy, une prison dite du Chapeau Vert : « en la prison de Monseigneur le ducq au Vert Cappiau en le rue de Nimy » . (Pièce du 2 juillet 14712). Notons qu'au XVIe siècle, mention est faite dans un article de comptes daté de 1547, des prisons de la tour Aubron3. Enfin, un ancien plan du Château de Mons datant de 1640 indique en O : Prisons, en P : Quartier du geôlier avec prisons dessus, en Q : porte du chasteau avec prisons dessus4.

A la fin de l'ancien régime, deux maisons de détention existaient encore à Mons : la prison prévôtale (le prévôt était un magistrat judiciaire qui avait des attributions analogues à celles de nos juges d'instruction. Il ordonnait la détention des prévenus dans la maison d'arrêt qui était, dès lors, appelée Prison prévôtale) et la Conciergerie. La première était établie dans les bâtiments de l'ancienne châtellenie, et l'autre se situait au fond de l'hôtel de ville, près de l'arsenal, avec accès par la rue d'Enghien. La prison de la conciergerie était celle du magistrat et de ce fait était encore appelée « Prison de Ville » , ou « prison scabinale ».

Lors de l'incorporation du Hainaut à la République française, la nouvelle administration instituée en 1794 conserva les maisons de sûreté avec leur régime existant. Selon un rapport établit le 13 Pluviôse an IV par trois administrateurs du département de Jemappes, la prison dite « le Château » était constituée « de cases étroites et ténébreuses où les prévenus sont entassés au nombre de dix à douze, sans pouvoir respirer que par des trous ; où ils n'ont pour se reposer et se livrer au sommeil qu'une paille presque pourrie et en petite quantité et où quelques unes sont infectées par le voisinage des latrines. Le vice est le même pour la prison de Ville. Et malgré les ordres que nous avons donnés, les détenus que la loi ordonne de séparer, y sont toujours réunis ou, pour mieux dire, engloutis tout vivants : les Volontaires échappés de la Réquisition, d'autres accusés de désertion, des citoyens arrêtés sans passe-port, y sont confondus avec des homme prévenus ou condamnés pour vol, brigandage et assassinat. Les deux sexes y sont réunis dans plusieurs chambres contre le voeu de l'honnêteté et les dispositions de la loi. Je dois dire encore qu'il règne dans la prison du Château un air de misère, d'abandon et de négligence plus frappant encore que dans la prison de Ville. Je ne sais s'il faut en accuser l'insouciance ou la pauvreté du concierge ; ce qu'il y a de certain, c'est que la tenue de sa prison est bien plus mauvaise que celle de la prison de Ville. Mais ceux dont la dureté et la froideur doivent être surtout accusés de la mauvaise tenue de ces prisons, sont les autorités que la loi charge spécialement de la surveillance de ces maisons. »

Comme on le voit, les prisonniers de l'époque inspiraient une telle pitié que l'ancienne confrérie de la Miséricorde, sous le patronage de Saint-Jean le décollé, dite aussi les « Beubeus » se reconstitua en vertu d'un arrêté du préfet du département d Jemappes, du 22 août 1807 pour leur venir en aide et les assister dans leurs derniers moments. Elle existe toujours actuellement avec pour objectif principal d''accompagner les prisonniers dans leur réinsertion.

Suite à ces constatations, la prison de Ville fut supprimée, mais celle du Château subsista jusqu en 1824. Par la suite, les locaux de l'ancienne châtellenie furent affectés à l'hospice des aliénés tandis que la maison de sureté civile et militaire, comme on disait alors, fut établie dans les locaux de l'ancien couvent des filles de Sainte-Marie ou de la Visitation, place du Parc, avant d'être transférée en 1867 dans la nouvelle prison cellulaire à front du boulevard (5).

Remarquons que pour construire cette maison d’arrêt, il fallut modifier les plans d’origine du tracé des boulevards afin de laisser une place suffisante entre les voiries pour ce type de construction. Les architectes François Derré puis Cybèle élaborèrent le projet de construction. Ils lui donnèrent un style Tudor très en vogue à la fin de ce siècle, avec tourelles, créneaux et meurtrières ; mais à l’intérieur, les progrès sur le plan confort, salubrité et sécurité étaient manifestes pour l’époque. L’inauguration eut lieu en octobre 1867.

De l’autre côté du boulevard, la ville décida d’aménager dans les anciens fossés des remparts un parc arboré, agrémenté de sentiers et pièces d’eau avec petit pont, que venait alimenter le Trouillon (ouvert en 1888). Elle fit appel au talent de l’architecte paysagiste bruxellois Louis Fuchs à qui l’on devait déjà les jardins du Waux-Hall et ceux du square Saint Germain. Aujourd’hui, il est appelé square Verlaine en souvenir du séjour que le poète effectua à la prison de Mons de 1873 à 1875. Le côté champêtre de l’endroit fut accentué par l’existence de plusieurs établissements où l’on pouvait venir déguster quelque collation ou pratiquer l’une ou l’autre activité de plein air, comme le tir à l’arc. Mais le voûtement du Trouillon, devenu malodorant, et l'augmentation du trafic automobile sur le boulevard voisin a mis fin à ces activités.

A. F. Lacroix. Faits et particularités concernant Marie de Bourgogne. Mémoires de la société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut.

Annales du Cercle Archéologique de Mons. T. XIII. P. 392.

Annales citées. T. XIII P. 125

Annales citées. T. VII. P. 366.

Les prisons de Mons sous le régime français. Annales du Cercle Archéologique de Mons. T. XXV. 1896.

Photos :

Entrée de la chapelle de l'ancienne prison scabinale, jardin du Mayeur. Photo de l'auteur. 2018.

Chambre de torture de la prison scabinale de Mons. Carte postale.

Le boulevard Baudouin le Bâtisseur nouvellement planté d'arbres. Photo anonyme. coll. Fraternité des Pères capucins de Mons.

Le boulevard dans les années 1890. Photo anonyme. FAPMC.

La prison cellulaire de Mons vers 1900. Carte postale. Ed. DVD. Coll. de l'auteur.

Corps central et porte d'entrée de la prison de Mons. Ed. VPF. Coll. de l'auteur.

Le Trouillon traversant le parc de la Prison. Carte postale début XXe siècle. FAPMC;

La promenade du square de la Prison. Carte postale début XXe siècle. Ed. Préaux Coll. de l'auteur.

Le square de la Prison et son petit pont. Carte postale début XXe siècle. Ed. Nels. Coll. de l'auteur.

Guinguette au bord de l'eau étrangement baptisée « Au Chalet Suisse ». Carte postale début XXe siècle. Ed. Duwez-Delcourt. Coll. de l'auteur.

Les perches couvertes pour le tir à l'arc en hauteur.Carte postale des années 1930. FAPMC.

 

RUE NEUVE

Percée par décision échevinale en 1454, pour relier le Grand Marché à la rue d'Enghien (actuelle rue du Onze Novembre) et former un raccourci vers la porte du Parc, cette rue a curieusement gardé son appellation d'origine de « Noefve rue »

En venant de la Grand-Place, après avoir longé la lourde et massive façade latérale de style néo-classique du théâtre on découvre parmi les belles façades construites aux siècles passés, la façade résolument moderne du BAM (ex musée des Beaux Arts de Mons). Mais avant lui, le site connut diverses affectations

A l'origine se trouvaient là des annexes (construites en 1726) du couvent des Filles de Notre-dame (qui étaient venues s' installer, en 1608, dans l'ancien hôtel de Saint-Symphorien situé à front de la rue de Nimy. Progressivement, celles-ci avaient édifié de nombreux bâtiments, dont la chapelle, de 1619 à 1670, pour agrandir leur couvent qui devint un vaste ensemble disposé en U autour d'une cour carrée (occupé actuellement par le Conservatoire Royal de Musique). L'entrée s'ouvrait au numéro 6 de la rue de Nimy et la dernière construction se situait à peu près au milieu de la rue Neuve, à savoir l'infirmerie du couvent, très jolie bâtisse en briques et pierres bleues datée par ancre de 1636 toujours existante. (elle fut transformée, en 1934, en musée du folklore sous le nom de musée Jean Lescart – actuellement fermé).

La congrégation religieuse ayant été supprimée en 1797 comme toutes les autres, les bâtiments restèrent sans destination jusqu'à ce qu'un décret impérial en date de janvier 1809 y installe le Dépôt de Mendicité. Celui-ci fut, finalement transféré pour manque de place dans l'ancien hôtel des sires d'Enghien, (qui portera, dès lors le nom de rue du Mont de Piété avant de devenir, en 1919, la rue du Onze Novembre) et les bâtiments à front de la rue Neuve furent démolis pour faire place à la construction du nouveau au musée des Beaux Arts, logé jusque là sous le nom de Musée de Peinture, dans la chapelle de l'ancien couvent des Visitandines, place du Parc.

On doit l’existence de ce nouveau Musée des Beaux Arts au mécénat d’un certain Henri Glépin, qui légua par testament, en avril 1885, à la Ville de Mons une somme d'un million et demi de francs à la condition d’affecter une partie de ce legs à la construction d'un hospice pour personnes âgées - ce qui fut fait, etr une autre partie à l'établissement d'un musée destiné à recevoir ses propres collections de porcelaines et faïences anciennes ainsi que son médaillier. La Ville se chargea donc de la construction, mais celle-ci ne commença qu'en 1908, en exécution des plans élaborés par l'architecte Rau, alors professeur à l'Académie de Mons. Terminé, il fut inauguré en 1913 en présence du Roi Albert Ier et des princes Léopold et Charles.

 

Composé de cinq salles, il répondait aux critères du début du XXe siècle, et permettait de présenter deux cents œuvres sur trois niveaux superposés. Cependant, le bâtiment ne comportait ni réserves, ni bureaux, ni ateliers, ni laboratoires, ensuite, avec les nouvelles méthodes de présentation que les autorités voulaient appliquer, la nécessité d'agrandir et de moderniser les locaux du musée se fit rapidement sentir dès les années 30, mais ils furent à chaque fois reportés.

De nombreuses années plus tard, de grands travaux furent enfin entrepris pour augmenter et moderniser les surfaces de présentation et les locaux techniques. En fait, la nouvelle construction signée par l'architecte de la ville, Ernest Vanderstraete, fut bâtie à partir de l’ancien bâtiment dont la façade disparut cachée sous une nouvelle, plus à la mode du jour. Le musée rénové s'ouvrit le 19 septembre 1970.

 

Mais, malgré la réussite, à côté des collections permanentes, de grandes expositions consacrées à des artistes renommés, l’espace muséal s’avéra, une nouvelle fois, ne plus être adapté, surtout en regard des nouvelles normes européennes. Dès lors, en 2005, de nouveaux travaux sont entamés selon le projet de Christian Menu, architecte parisien. Ils dureront 2 ans et l’inauguration du BAM - nouvelle dénomination imaginée par des étudiants de la Faculté Polytechnique dans le cadre d'un travail de fin d'études – eut lieu en mars 2007.

Le projet architectural, résolument moderne, véritable fenêtre ouverte sur le monde de l'art, du beau et de la création allie le fonctionnel et l'équilibre tout en prenant le parti de la transparence et de la différenciation d'avec son environnement.
Á l'intérieur, voulant faire découvrir au public la vision la plus large possible de l'histoire de l'art, l'accent a été mis sur la volonté de présenter aux visiteurs un maximum d'œuvres. Les réserves ont donc été transférées dans un autre bâtiment expressément aménagé à cet effet afin d'accroître les espaces d'exposition.
L'objectif des travaux, terminés en novembre 2013, était de permettre au musée d’accueillir des expositions d’ampleur internationale, notamment dans le cadre de « Mons 2015, Capitale européenne de la Culture ».

Photos :

Façade du Musée de Beaux Arts après 1918. Carte postale non datée. Ed. L. Willame. Coll. de l'auteur.

La même quelques années plus tard. Carte postale non datée. Ed. Belge. Bxl. Coll. de l'auteur.

Le musée Jean Lescarts. Carte postale oblitérée en 1948. Ed. L. Willame. Coll. de l'auteur.

Galerie du BAM. Photo de l'auteur. 2017.

 

BOULEVARD GENDEBIEN

Lors de la création des boulevards il avait été prévu de donner également à cette partie de la future voirie le nom de boulevard Charles-Quint, mais suite au décès en 1869 d'Alexandre Gendebien, la Régence montoise a voulu rendre hommage, non seulement à ce Montois méritant, mais à l'ensemble de cette famille de notables, raison pour laquelle il ne porte aucun prénom.

Le bisaïeul dAlexandre avait rempli pendant soixante et un ans les fonctions de bourgmestre de Dinant. Son aïeul, avocat à Liège, appelé à la direction des affaires de la maison d'Arenberg, avait aussi conservé pendant soixante années ce poste de confiance. Son père Jean-François Gendebien, avocat-pensionnaire des États de Hainaut, siégea en 1790 au Congrès souverain des États-Belgiques-Unis et fit ensuite partie du Corps Législatif de France jusqu'au mois de mars 1814, puis membre de la seconde Chambre des États généraux (chambre des Représentants) et enfin du Congrès National de 1830. Son frère Jean-Baptiste fut également membre du Congrès national et sa sœur fut mariée au général Ignace Louis Duvivier. Voilà pour la famille de Louvain;

Alexandre Gendebien, homme politique de tendance libérale est né à Mons le 4 mai 1789 et est décédé à Bruxelles le 6 décembre 1869. Il fit ses études secondaires au collège de Tournai, étudia le droit à l'université d'État de Louvain, devint avocat en 1811 et s'inscrivit au barreau de Bruxelles. Il épousa la fille unique d'Antoine Barthélémy, un des membres les plus distingués de ce même barreau, dont il eut sept enfants.

Après les premiers troubles qui survinrent le 25 août 1830 à Bruxelles, il fit partie de la délégation envoyée auprès du roi Guillaume de Hollande pour tenter d'obtenir des concessions de la part de celui-ci. C'est après l'insuccès de cette démarche que naquit dans l'esprit de Gendebien le projet de séparation du Nord et du midi des Pays-Bas. Envoyé dans le Nord de la France pour entamer des pourparlers avec des amis réfractaires ayant fui le pays, il apprend dans la nuit du 24 au 25 septembre,que le peuple se battait à Bruxelles pour sa liberté. Il revient et le 25 septembre, il constitue avec ses amis Rogier et d'Hooghvorst un gouvernement provisoire.

Mandaté par ce dernier, il fut envoyé à Paris pour obtenir un soutien auprès des autorités françaises. A son retour il devint membre du comité central, chargé du pouvoir exécutif, prenant la présidence du comité de la Justice. Par la suite, il fut député au Congrès national de l'arrondissement de Mons, puis ministre de la Justice dans le nouveau gouvernement. Après 1830, on le retrouve député à la chambre, acharné à la défense du territoire du pays, qui subit malgré tout la partition du Limbourg néerlandais et de la partie germanophone du Luxembourg. Á la suite de quoi il démissionne de tous ses postes (il était aussi conseiller communal à Bruxelles et bâtonnier de l'ordre des avocats). Infatigable, il termina sa vie en tant que receveur général général de l'administration des hospices (1).

Ce qui explique le choix par le Conseil communal de ce nom pour un boulevard, qui avait déjà reçu le nom de boulevard Charles-Quint au moment de sa création, c'est le fait que cet homme d' État né à Mons, qui venait de décéder, avait défendu au parlement le point de vue des Montois désireux, déjà depuis longtemps de moderniser leur ville et d'assurer son expansion économique en voulant supprimer les fortifications.

Un buste en marbre par Louis Devillez le représente dans le salon des portraits à l'Hôtel de Ville.

Un édifice imposant que l’on rencontre sur ce boulevard a une origine assez originale : c'était un Casino, car à cette époque, il y avait un casino à Mons. Il fut construit tout à la fin du XIX siècle sur les plans d’un jeune architecte dénommé Neute (à qui l’on doit aussi l’hôtel communal de Nimy). C'était comme il se doit un lieu d'exception. Il abritait un cercle privé et l'accès aux somptueux salons de lecture, aux salles de billard et autres lieux de détente comme les jardins d’hiver - avec grotte artificielle - n’était seulement autorisé qu’aux membres. Et ausi aux étrangers, admis à la suite d’un ballottage. La « bonne » société de Mons n’avait libre accès qu’au café, luxueusement aménagé, ainsi qu’aux jardins (où se donnaient presque journellement d’agréables concerts). Ceux-ci, très ombragés s’étendaient jusqu’à la rue Chisaire. On y trouvait une pièce d’eau avec jet d’eau ainsi qu’un petit kiosque à musique où s'installait l'orchestre . Des chaises et des tables étaient disposées sur les pelouses autour de la pièce d'eau, pour prendre une collation. Malheureusement, celui-ci ne survécut pas et le bâtiment fut racheté par l'État pour y installer une administration. Il est actuellement occupé par la Directions régionales du Forem, services main- d’œuvre étrangère.

Source : Wikipédia.

Photos :

Portrait d'Alexandre Gendebien. Wikipedia.

Le gouvernement provisoire de la Belgique en 1830; tableau par Charles Picqué, collection des Musées des Beaux-Arts de Belgique.

Buste d'Alexandre Gendebien par Louis Devillez. Photo IRPA.

Statue d'Alexandre Gendebien par Charles Vanderstappen. 1874.

Dessin représentant le Casino et ses jardins au n°16. Photo Guide pratique de Mons. 1901.

Façade du Casino. Photo Guide pratique de Mons. 1901.

La pièce d'eau et le jardin d'hiver. Photo Guide pratique de Mons. 1901.

La pièce d'eau et le kiosque à musique. Photo Guide pratique de Mons. 1901.