Photos :

Portrait de Charles Quint adolescent par Bernard Van Orley (vers 1516).

Portrait de Charles Quint par Marcco Calabrese (1519).

BOULEVARD CHARLES QUINT

A la différence de tous les autres boulevards celui-ci n'a jamais changé de dénomination depuis sa création. Peut-être parce que le personnage était fort impressionnant : légataire universel, il a concentré dans ses mains l'héritage de quatre dynasties européennes représentées chacune par l'un de ses quatre grands-parents. Ses possessions éparpillées dans l'ensemble du continent ont contribué à faire de lui un personnage européen. sans parler de ses possessions acquises lors de la conquête des Amériques par les Espagnols, qui ont fait dire à son propos que « le soleil ne se couchait jamais sur ses états ».

Mons , en tout cas, peut s'enorgueillir d'avoir eu sa visite. Nous sommes le 10 novembre 1515, l'histoire fait date à Mons. La ville est en effervescence, elle reçoit ce jour la visite d'un hôte illustre : Charles, prince des Espagnes, archiduc d'Autriche, comte de Hainaut, vient y faire sa joyeuse entrée, rendant visite pour la première fois à ses sujets montois et plus largement à tous les Hainuyers.

Né à Gand le 24 février 1500, il est donc tout jeune quand il effectue cette visite. Il fut, à vrai dire, très tôt privé de l'affection de ses parents (son père Philippe le beau étant décédé en Espagne en 1506 et sa mère, Jeanne dite la Follle y demeurant, pour ainsi dire colloquée juqu'au restant de ses jours) et ce jeune garçon s'est rapidement trouvé au coeur de jeux et enjeux politiques qui, certes le dépassaient alors.

Le futur empreur a grandi chez nous, sous l'égide d'une femme remarquable, grande politique et active mécène, Marguerite d'Autriche, sa tante paternelle, soeur de Philippe le Beau, instituée régente des Pays-Bas après la mort de son frère Philippe. L'éducation du jeune-homme s'est déroulée principalement à Malines, où résidait sa tante. Par contre, l'éducation politique du prince fut confiée à Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, grand chambellan à la cour, chef de file de l'aristocratie dans les Pays-Bas.

Lors de la déclaration de sa majorité à l'âge de quinze ans, il recevra des mains de son aïeul, l'empereur Maximilien « l'administration et gouvernement de tous et quelconques pays et seigneuries de la Maison de Bourgogne » dont il est « le seigneur et prince naturel ».1 De ce fait, encadré par un entourage aristocratique qui s'assure de son contrôle, le jeune gouvernant va être amené à mieux découvrir ses pays patrimoniaux et ceux qui le peuplent, par le biais de rites d'inauguration séculaires appelés « joyeuse entrée ». A cette époque il s'agissait d'un serment inaugural, devant les autorités religieuses et civiles en place et sous les regards de la population. Le prince « vient », il « entre », il est « reçu » en ses titres et qualités. En d'autres mots, le nouveau prince exprime dans ce serment un engagement solennel à l'égard des droits et coutumes de ses sujets et en contrepartie, les sujets sont invités à reconnaître les prérogatives de leur nouveau maître.

Et voici le grand jour ; Charles Quint et sa suite, qui se seraient mis en route de Bruxelles le 7 novembre, arrive à Mons par le Roeulx. Accueilli à l'extérieur des murs par une délégation menée par le grand bailli de Hainaut (principal officier équivalent d'un gouverneur de pays) et constituée du maire, des échevins, des membres du Conseil, des bourgeois et marchands en assez grand nombre, qui se seraient rendus à cheval vers la colline du Bois de Mons où , ayant mis pied à terre, la salutation au prince, la « révérence », aurait été faite par le pensionnaire, principal fonctionnaire communal. Ensuite, le prince et son train abordent Mons par la rue d'Havré, où les attend le restant des autorités communales et l'ensemble des bourgeois et manants de la ville.

Sur des estrades édifiées le long de l'itinéraire suivi par les visiteurs, cinq petites scènes que l'on nommait tableaux vivants, sont joué pour la circonstance., chacun étant élaboré à l'initiative de différents métiers de la ville associés pour la circonstance. Mais le moment crucial de l'inauguration n'eut lieu que deux jours plus tard en raison de « la diversité du temps fort pluvieux » ! Malheureusement, on ne sait rien de l'emploi du temps du futur empereur durant ce délai imprévu. Très probablement y eut-il des rencontres et des réceptions. On sait qu'il a dû se rendre au château puisqu'un tableau vivant destiné à rehausser son entrée s'y déroula, mais il n'y logea peut-être pas vu l'état, déjà à cette époque, de vétusté de celui-ci. Dans ce cas, il est permis de penser qu'il fut alors reçu chez l'un ou l'autre grand seigneur du pays, à moins qu'il n'alla loger à l'Hôtel de Naast, propriété des comtes de Hainaut, mais l'on n'a aucun témoignage à ce sujet.

Le 12 novembre, voici venir les prestations de serments. Une tente a été dressée sur le Grand Marché (Grand-Place), ceinte d'une palissade et rehaussée de force blasons peints, pour y prêter les serments. Il y en a trois. En présence de la châsse, du reliquaire, du chef et de la « benoîte afffique » de la sainte patronne de Mons, le prince est d'abord invité comme héritier du pays mais aussi haut avoué et abbé de plein droit du chapitre, de garder les privilèges de l'Église, les franchises reçues des papes, des empereurs germaniques, des comtes de Hainaut. Ensuite, pour ce qui concerne l'assemblée des États et la Cour souveraine siégeant au château, le serment porte aussi sur les privilèges et prérogatives de ces corps constitués et au respect de ses jugements pour garantir à tous une bonne justice qui est, avec la paix, le premier devoir de celui qui gouverne. Après l'acquiescement du prince (il répond simplement à l'invitation lue devant lui : « Oyl (oui) nous le jurons ainsi »), il est déclaré seigneur et souverain du pays tout entier. Enfin, pour la Ville, les objectifs sont identiques : préserver les droits et franchises de ses habitants, entretenir les lois et coutumes, faire exécuter le sentences des échevins.Voici la transcription, annexée aux lettres scellées, de l'invitation orale adressée au prince pour qu'il jure : « Sire, vous jurés que vo ville de Mons, tous les bourgeois et masuyers d'icelle, yaulx et le leur vous warderez et maintenez a droit et par le loy et jugement des eschevins de vo dicte ville... » Une procession solennelle a alors conduit le jeune monarque à la collégiale2, Charles tenant la crosse abbatiale, insigne suprême de légitimité, suivant les châsses, les chanoinesses et le clergé. Dans le choeur de la collégiale il satisfit à l'hommage vassalique requis, et fut mis en possession des fiefs « tenus » de la «benoîte affique ».

Bien entendu, il y eut des remises de cadeaux. De la ville, Charles reçut une coupe d'argent doré figurant un château et portant les armes du prince et de la ville, pesant 2 kilos et en outre remplie de pièces d'or. Eléonore, la soeur de Charles, en reçut une également ; ainsi que Guillaume de Croy, premier chambellan et mentor du jeune prince, mais toutes deux de moindre importance.

Évidemment, pour la cérémonie, des sommes importantes ont été investie en flambeaux de cire rouge, blanche et jaune, les couleurs de Charles de Habsbourg, Soixante « honnêtes gens » de la ville pour porter soixante de ces flambeaux dans le cortège princier sont défrayés pour leurs vêtements, robes rouges bandées de blanc et jaune. La comptablité communale donne aussi de nombreuses informations sur les présents de vin ou « vins d'honneur »dont on bénéficié les hôtes de qualité. De nombreuses gratifications ont été également consenties aux trompettes, hérauts d'armes, chevaucheurs de l'écurie, huissiers d'armes, portiers de l'hôtel, massiers, huissiers de salle, fourriers, archers de corps et autres serviteurs. Sont aussi rétribués pour leurs prestations d'accompagnement et de garde, les compagnies d'arbalétriers, archers et canonniers montois.

Charles va séjourner à Mons plusieurs jours. Le 13, il rencontre au château les députés des États de Hainaut et les entretient directement, sans doute par la bouche de ses ministres, de ses besoins financiers au lieu de le faire comme à l'accoutumée par porte-parole interposés. D'autres entretiens collatéraux à la « joyeuse entrée » sont abordés comme les prérogatives d'autonomie judiciaire extraordinaire donnée à la Cour de Justice du Hainaut ou l'entretien défectueux des rivières et ses conséquences pour la navigation et les risques de débordement. Le 15 novembre se déroulent sur le Grand Marché les joutes programmées. Installés à l'hôtel de ville, dans ce qui s'appelait alors salle ou mieux « chambre » Notre-Dame, Charles, sa soeur, sa tante et les grands seigneurs assistent au spectacle. Il sont quinze gentilshommes à jouter. On peut supposer qu'un banquet eut lieu, à l'hôtel de ville, comme prévu dans le budget des dépenses, probablement encore dans la grande salle du premier étage.Le 20 novembre Charles quitta Mons pour se rendre dans le comté de Namur.

Ajoutons qu'en 1516, après le décès de son aïeul maternel, Ferdinand, il sera proclamé roi de Castille et d'Aragon par héritage, conjointement à sa mère, Jeanne ; et qu'en 1519, il deviendra empereur germanique par élection, cinquième du nom à porter le titre (d'où « Quint »).

1Recueil des ordonnances des Pays-Bas.

On en n'a pas conservé le compte rendu, mais c'est la manière de procéder relatée dans d'autres inaugurations notamment celle de Charles le Hardi, 47 ans plus tôt.

 

RUE DU MONT DU PARC

Probablement n'avez-vous jamais entendu parler de cette rue. Et pour cause. Mais d'abord, si, à devoir la gravir, on comprend pourquoi « rue du Mont », on peut se demander pourquoi « du Parc » ?

Ce terme de « parc » est un terme de vénerie qui implique une clôture. C'est un endroit où l'on « parque » des animaux. En fait, il désigne l'ancienne « Garenne » du comte de Hainaut, qui était une réserve de gibier à l'usage du comte. Elle s'étendait sur toute la partie nord-ouest de la ville depuis le château jusqu'à la muraille, ce qui comprend l'actuelle place du Parc qui en rappelle également le souvenir. Y avait-il des lapins dans cette garenne ? Très probablement, sinon d'où viendrait ce nom.

En tout cas, le lieu était clos. Les documents anciens parlent, en effet, d'une poterne qui se situait au bas de la Rampe Sainte-Waudru, portant le nom de Porte des Paluds (nom donné aux marécages ou zones inondables s'étendant au pied de la colline, vers Ghlin), qui permettait aussi de rejoindre le parc du comte, dit la Garenne. Signalons, enfin, qu'un avis de police du 18 mars 1428 parle « d'une baille ( barrière) de bos au touket (coin) du « Vert Escu » de la rue des Telliers en descendant et allant aval dessouls le mont du parcq ».

Jusqu'en 1955, on accédait à la rue Mont du Parc depuis la rue des Gaillers par un escalier qui donnait accès à ce plateau d'où la vue portait fort loin et dont l'élévation (65 m) permettait une bonne exposition aux vents dominants de l'ouest. Raison pour laquelle, il y eut là, très tôt,deux moulins que l'on retrouve figurés sur le plan de Braun et Hogenberg de 1572. Il était, en effet, important de conserver une force motrice à l'intérieur des murailles, la rivière qui procurait cette force pouvant être détournée en cas de siège (ce qui fut le cas lors du siège de la ville par Louis XIV, en 1691). La preuve de leur existence se trouve aussi dans les comptes du Massard de 1477 qui indiquent : « Pour un grant quesne estat sous le mont dou Parcq, liquel convenait d'abattre pour cause des moulins là encommanchiés à faire : par criée, 17 Livres. »

Les comptes de 1488-1489 mentionnent : « Des deux molins à vent fais sur le mont du Parcq de la ville de Mons, les profits d'iceulx molins sont baillés en assenne à la ville de Mons, jusqu'au remboursement des 3.000 livres que la dite ville a presté pour payer le conchierge d'iceulx molins ».

ll n'est pas du tout sûr qu'il s'agissait de moulins à farine. Il fallait aussi de la force motrice pour fouler les draps Un compte de la Grande Aumône (1597-1602) fait, mention d' « une maison au coin de la rue des Fillettes tenant par derrière au moulin les drapiers ».

Il faut donc croire que le Mont du Parc était boisé, et d'ancienne date, pour y avoir là un grand chêne dont la croissance est particulièrement lente. Mais il n'y avait pas que des chênes ; des tilleuls y furent plantés : « Pour tilleuls planter sur le parc et les dits tilleuls espiner : 17 sous ». »Pour une razière de greines qu'on mit à planter les dits tilleuls : 5 sous » (Massard 1372). « Pour tilleuls à toute le rachine ; pour planter sur le mont du parcq » (Massard 1377-1378). Le Conseil de Ville rapporte encore : « Dou périer qui est à l'entrée dou Mont dou Parcq, assavoir si on l'abateroit, parce que des fruits les gens se combattent » (25 novembre 1422). Enfin, la dénomination de la rue des Gaillers tend à faire admettre que l'expérience a continué avec des noyers 1.

Pour bien montrer le caractère rustique de l'endroit rappelons qu'au temps où l'on construisait Sainte-Waudru, il y a avait encore dans la ville des « pourchiaulx » et un « herdier » qui devait les conduire au pré : « Item, si les dits pourchiaulx sont trouvés sur le mont du parc, ils seront à l'amende anchiennement accoutumée » (Ban de police du 20 juillet 1410). Ou encore, dans les comptes du receveur communal, on trouve un poste comme celui-ci : « De Jehan Royal, pour le sien cheval qui le 24e jour défend fu trouvé paissant sur le mont dou parc, oultre la défense » (Massard 1407).

Et pour confirmer encore l'aspect déshérité de l'endroit, rappelons que ce quartier populaire portait le nom de « Cras Monciau ». Explication : à l'angle de la rue des Telliers (actuellement des Dominicains) et de la rue des Gaillliers, il y avait un cabaret dit du « Vert Escu » où siégeaient les archers de Saint-Sébastien. Le 6 février 1528, cette société de tir à l'arc demanda de pouvoir disposer de l'ancienne rue étant « dessoulz le mont dou parc pour là endroit faire leurs tirs », ce que le Magistrat refusa « attendu que c'est un lieu où les immondices se mettent ». (Conseil de Ville F211). Voilà donc l'origine de cette appellation « Cras Monciau » : il s'agissait du tas d'ordure qui se forma dans la rue du Petit Kievrois, commodément située en contre-bas de la rue du Mont du Parc ; nom qui a subsisté jusqu'à nos jours, même si les ordures ont disparu depuis longtemps. Disons en passant que l'on appelait également cet endroit le « pacuche ».

Mais avec le temps, les besoins d'espace se firent de plus en plus sentir, surtout auprès de la population pauvre, et l'urbanisation gagna peu peu tout le quartier, grignotant parcelle après parcelle ce terrain accidenté, rejeté en bordure de la ville et serré entre le talus et la muraille des fortifications. En tout cas il y eut une métairie : « le Hestre » : « Maison de le Hestre desoubz le parc marchissant de tous costés le warissaix » (1482) 2 ; et aussi une « Maison des Orphelins » : Dessous le parcq la maison des Orphelins de cette ville dans le cartier, leur demorée le 15 février 1680 au lieu (de) Balthazar Balza, contenant deux demeures. (1621-1715). Balthazar Balza était l'exécuteur des hautes oeuvres, en même temps spécialiste pour la réduction des fractures de membres, jambes, bras. Après son décès, sa maison devint donc un hospice pour orphelins 3.

Entre la rue du Petit Kiévrois et la rue du Mont du Parc, on découvre sur le plan des fortifications de Vauban (1691) ainsi que sur celui de Goffaux (1828) qu'il y avait là une caserne. Paul Heupgen rapporte qu'elle avait pour nom « la caserne des femmes ». Par contre, Desaubleaux indique sur son plan de 1786 : « caserne des Cinq-Cents ». En tout cas, elle était réservée, comme indiqué, à l'infanterie, n'étant pas assez vaste pour abriter à la fois des chevaux et les cavaliers.

C'est sous l'influence de Vauban, que naquit en France le service des casernes, qui se prorogea dans les Pays-Bas. Les villes, avec l' aide de l'état, construisirent des casernes, les laissant à la disposition de l'État, mais les reprenant quand celui-ci n'en avait plus besoin. Telle était la portée du Traité des Casernes avenu le 16 avril 1676 entre l’État autrichien, les États de Hainaut et la ville de Mons. De 1676 à 1691, furent érigées la plupart des casernes de Mons et le système fut continué sous la domination française après 1691. Auparavant, les soldats de la garnison, souvent des mercenaires, devaient être hébergés par les bourgeois, ce qui était une charge lourde, non pas tant en argent qu'en ennuis et désagréments. C'est évidemment dans les quartiers pauvres que la Ville faisait ériger ses casernements (caches d'Havré, quartier de Bertaimont, de la porte du Rivage), le « Cras Monciau » en était un.

Les bombardements de la dernière guerre - surtout américains, visant la gare, n'ont pas épargné le quartier du Cras Monciau qui dut être complètement rasé, ainsi que ceux du Kiévrois et de la rue des Sars, mais qui, lui, ne fut jamais reconstruit. Seul un vague chemin de terre, servant désormais d'issue de secours mais fermé à une extrémité par une grille, rappelle l'existence de cette rue et du quartier populaire qui l'entourait.

1 Paul Heupgen. Viéseries

2 Le waressaix était un terrain vague appartenant à la commune sur lequel les habitants de cette commune pouvaient faire paître leurs animaux.

Ibidem.

Photos :

Les moulins à vent à la fin du XVIe siècle. Plan de Braun et Hogenberg. BUMons.

Plan cadastral de la rue du Mont du Parc. Extrait du plan Goffaux. 1828.

Vue du quartier du Cras Monciau depuis la route de Ghlin. Dessin de Léon Dolez. 1872. BUMons.

Débouché de la rue du Mont du Parc sur la rue des Gaillers. Photo anonyme.coll. Privée.

Ronde d'enfants à l'angle de la rue du Mont du Parc. Photo Kite-Mahieu. Ed Ch. Jottrand.

Vue sur l'institut Raoul Waroqué depuis la hauteur de la rue du Mont du Parc. FAPMC.

Montée du Kiévrois. Carte postale oblitérée en 1906. Ed. Berthels, Brruxelles. Coll.de l'auteur.

Grille fermant l'accès au « Mont du Parc » côté rue des Gaillers. Photo de l'auteur.

Plaque de rue rappelant l'existence passée du Mont du Parc. Photo de l'auteur.

 

MARCHE DE LA CROIX PLACE

C'est le nouveau nom de cette place qui existe depuis le XIIIe siècle. L' ancien était « Croix en l 'esplache », devenu par la suite Croix-Place. Elle tirait ce nom du fait qu'y était plantée une croix de pierre marquant la limite entre les juridictions du Seigneur d'Havré et celle du Seigneur d'Hyon.

L'hôtel d'Havré se situait face à cette place, côté rue des Soeurs Noires. En 1648, après avoir loué durant vingt ans une maison place du Parc, les Carmes déchaussés achetèrent l'hôtel et s'y établirent. Leur église, qui venait à front de la Croix-Place, ne fut terminée qu'en 1680. Un escalier de pierre y donnait accès. En 1701, il fallut reconstruire les bâtiments du couvent suite aux graves dommages provoqués par les bombardements lors du siège de la ville par les troupes du roi Louis XIV. C'est celui que nous connaissons toujours. Superbe façade classique en pierre bleue comptant curieusement deux parties distinctes de styles différents : à droite, pilastres toscans au rez de chaussée, ioniques à l'étage et linteaux droits au fenêtres ; à gauche, style montois aux linteaux des fenêtres cintrés avec clé au rez de chaussée, droits à l'étage. Les deux parties sont séparées par un lourd portail cintré ponctué d'une imposante clé et surmonté d'un larmier.

La congrégation des carmes déchaussés fut supprimée, à Mons, à la fin du XVIIIe siècle, comme tous les ordres religieux. Dès le 15 octobre 1796, les scellés furent apposés sur la porte de l'église. Après la Révolution, le bâtiment à front de rue fut occupé par le Bureau de Bienfaisance. (c'est de là que vient l'expression montoise « manger du pain de Carmes »1 ), mais ce n'est que plus tard, lors de la construction de la caserne d'infanterie voisine (aujourd'hui le Carré des Arts) que la majeure partie des bâtiments du couvent et l'église furent démolis.

Par la suite, le bâtiment servit de Mess des Officiers sous le nom de Club Reine Fabiola, puis, revendu, il fut rénové par le bureau d'architectes Matador pour abriter le Centre de Design de Mons (les travaux se terminèrent pour Mons 2015)

Autrefois, cette place abritait le marché au filet et au lin2 Elle est redevenue un lieu de marché depuis 1903. Elle était autrefois ombragée d'ormes mais ceux-ci ont été abattus lors du réaménagement de la place, en 1980, 3. Le coin de la place et de la rue de la Grande Triperie est occupé par l'ancien hôtel de Molembaix de Bellignies, vaste habitation du dernier tiers du XVIIIe dont la façade principale donne sur cette dernière rue. A noter l'importante transformation, en 1936, de l'immeuble situé à l'angle, de la rue des Chartriers dont la nouvelle enseigne en pierre «  A LA CROIX D'OR » fait référence au nom de la place.

1Ch. De Bettignies. Op. Cit.

2Ibidem.

3Christiane Piérard. Les rues de Mons. Ch. Jottrand. 1983.

Photos :

Marché de la Croix-place. Carte postale oblitérée en 1908. Ed. G. Valbonnet, Mons. Coll. de l'auteur.

Le marché de la Croix-place. oblitérée en 1920. Ed. Vanderauwera, Bruxelles. Coll. de l'auteur.

La caserne Guillaume vue depuis la Croix-place. Carte postale vers 1900. Ed. PhoB. Coll. de l'auteur.

Abattage des arbres de la place dans les années 50. Photo anonyme. Coll. E. Bovyn.

L'ancien couvent des Carmes Déchaussés après restauration. Photo de l'auteur, 2021.

Réaménagement de l'immeuble du coin de la rue des Chartriers en 1936. FAPMC.

Enseigne de la "CROIX D'OR 1936".