RUE DE CANTIMPRET – RUE DU BÉGUINAGE

Eh bien oui, c’était, anciennement, le chemin qui menait au pré de Quentin. Mais pourquoi évoquer cette banale situation  ? Parce que, sur ce pré d’environ 6 hectares, est venu s’installer le Béguinage de Mons, qui connut un important rayonnement puisqu’au moins trois institutions encore existantes y trouvèrent leur origine : les Pauvres Sœurs, les Sœurs Noires et l’hospice pour personnes âgées.

Les béguinages prirent naissance dans nos contrées au XIe siècle. Leur but était semblable à celui des chapitres de chanoinesses, qui,eux, étaient réservés aux dames d’une position élevée, tandis qu'ici cela s'adressait à des femmes d’un rang et d’une fortune médiocre. Ils permettaient une honorable retraite à ces femmes dont les ressources étaient limitées et qui se trouvaient seules et sans protecteur. Ce n'était pas une institution religieuse proprement dite, une femme devenait béguine en se retirant au béguinage et cessait de l’être en quittant sa demeure. Par contre, elles devaient garder le célibat et vivre dans un monde enclos sous la direction d’une souveraine en observant un règlement d’ordre intérieur. Elles portaient un costume uniforme et remplissaient certaines pratiques de dévotion. Au surplus, elles restaient libres et ne prononçaient aucuns vœux. Elles devaient, cependant, pourvoir personnellement à leur subsistance et à leur entretien. Elles versaient une certaine somme à leur réception pour obtenir une habitation dans le béguinage, sans redevance ultérieure. Elles avaient pour la plupart des maisons particulières, cependant, les plus jeunes habitaient en commun des maisons dirigées par une supérieure. L’enclos des béguinages, souvent très spacieux, était séparés du reste de la ville, sans pour autant être interdit au public. Dans leur enceinte, on trouvait une église ainsi qu’un hôpital. En somme, les béguinages constituaient plutôt des établissements de bienfaisance que des institutions monastiques.

A Mons, le Béguinage était situé depuis le XIIIe siècle au Cantimpret, vastes prairies s’étendant depuis la rive gauche de la Trouille jusqu’au mont Héribus et depuis la rue de Bertaimont jusqu’au monastère du Val des Écoliers. Ce territoire appartenait en propriété au chapitre de Ste-Waudru et dépendait de la paroisse de Cuesmes. Il était soumis à la double juridiction du Chapitre et à celle de la seigneurie d’Havré. Le Béguinage connut une telle extension qu’en 1248, Marguerite, comtesse de Flandres et de Hainaut y fit bâtir avec le consentement du chapitre et l’autorisation de l’évêque de Cambrai, une église dédiée à Sainte-Waudru1 et un hôpital spécialement destiné aux Béguines vieilles et malades. Par la suite, un mur d’enceinte entoura le site, l’isolant ainsi du reste de la ville(2). En 1295, l’ensemble fut incorporé dans l’enceinte de Jean d’Avesnes.

Avec le temps, l’institution hospitalière accrut ses revenus, d’abord, grâce à diverses dotations ensuite, aussi longtemps que des Béguines plus ou moins aisées cherchèrent une retraite au Cantimpret. A la fin du XIVe siècle, 84 béguines vivaient dans une quarantaine de maison, au point qu’en 1345, l’église qui dépendait de la paroisse de Cuesmes, fut séparée de celle-ci et devint une paroisse à part entière, commune aux Béguines et aux habitants qui demeuraient dans les limites de sa circonscription. La communauté disposait également d'un hôpital avec sa chapelle. Au dix-huitième siècle, le clocher fut reconstruit et ce fut la princesse de Nassau qui y mit la première pierre, en 1725. Pendant la Révolution française, l'église fut fermée en 1797, le curé de Sainte-Waudru du Béguinage ayant refusé de prêter le serment républicain, puis fut vendue deux ans plus tard sur recours public et démolie pour en récupérer les matériaux. Le terrain resta, d'ailleurs, à l'état d'abandon pendant quelques années.

Mais revenons au Béguinage. Au sein de celui-ci, de grands changements allaient survenir et aboutir à une réforme profonde de l'hospice et de son infirmerie. En 1348, la « grande peste noire » déferle sur tout l'Occident. Par acte charitable, Béatrix Dupont, souveraine (supérieure) du Béguinage de Mons, donne sa maison située dans la « court de Cantimprêt » à neuf filles, « pauvres, volontaires », qui ont choisi de se vouer aux soins des malades et de ne vivre que d'aumône. Ces neuf « pauvres volontaires » portaient un habit distinct, vivaient ensemble, en sœurs, et voulaient rester pauvres. Leur nom fut donc tout trouvé. Elles seront « Les Pauvres Sœurs ». Trois d’entre elles furent attachées à l’hôpital du Béguinage, tandis que les six autres allaient en ville soigner les malades. Le chapitre de Ste-Waudru s’estimant lésé dans ces droits par cette donation ne ratifia cette fondation qu’en 1378 en précisant que ces filles devaient être maintenues en état d’infériorité et n’étaient que tolérées au Cantimpret. Leur maison devait même revenir au Béguinage en cas d’extinction de cette nouvelle communauté de béguines. Mais la prévision ne se réalisa pas, les Pauvres Sœurs se perpétuèrent. Elles s’installèrent dans une maison modeste située à l’arrière des jardins du Béguinage, à proximité des remparts de la ville et continuèrent l’exercice de leur profession charitable jusqu’à la tourmente révolutionnaire.

Mais tandis qu'au cours de celle-ci, toutes les communautés rmonastiques furent dissoutes, les communautés hospitalières purent continuer de donner leurs soins aux malades à domicile et leurs biens, repris à la Régie des Domaines, furent confiés à la commission des Hospices civils. Quelques années après, en 1810, elles furent reconnues comme institution publique, toujours régie par la Commission des Hospices. Elles acquirent, alors, le droit de se perpétuer, de recevoir des novices, de posséder des propriétés. Lors de l’édification des nouvelles fortifications en 1817-1820, les Pauvres-soeurs durent quitter leur demeure qui allait être englobée dans celles-ci. Elles s’installèrent alors dans l’ancien refuge de l’abbaye d’Hautmont, à la rue de Bertaimont, où elles sont toujours actuellement.

De son côté, le Béguinage continua d’exister sans connaître aucun changement majeur dans son organisation, jusqu’à ce que, à l’instigation de l’évêque de Cambrai, Henry de Bergues, un nouveau groupe de femmes prononça en 1484, des vœux pour devenir religieuses de l’ordre de St-Augustin. Ce qui, une nouvelle fois, déplut aux chanoinesses de Ste-Waudru qui leur fit un procès, les obligeant à l’issue de celui-ci de quitter le Béguinage (1497). Elles prirent alors le nom de Sœurs Noires et s’installèrent non loin, à la rue des Juifs, en dehors de la juridiction du Chapitre, où elles continuèrent à soigner les malades à domicile, en plus de prodiguer une instruction à la jeunesse défavorisée.

Leur suppression fut également prononcée à la Révolution Française, mais lors du rétablissement du culte en 1803, les anciennes Sœurs Noires se réunirent à nouveau pour donner l’instruction primaire à des jeunes filles. Elles furent reconnues par décret impérial en 1810 et revinrent dans leur couvent, rétablirent leurs classes et s’employèrent, comme précédemment, à soigner les malades en ville.

A dater du départ des Soeurs Noires, il ne fut plus question de Béguines dans le court de Cantimpret. Apparemment le changement des statuts, en 1484, aurait éloigné du Béguinage les jeunes personnes qui ne voulaient pas prendre le voile ; ensuite, les difficultés que suscitèrent les chanoinesses aux Sœurs Noires, auraient écarté de cet asile les femmes qui cherchaient le repos ; aussi, lorsque les habitations devenues vacantes furent occupées par des ménages bourgeois, cette institution s’éteignit et on ne trouva plus sur le Cantimpret, que les Pauvres Sœurs et l’hôpital des Béguines, qui, avec le temps, se transforma en un refuge de vieilles femmes pauvres. C’est le Chapitre qui, conservant toujours la surintendance du Cantimpret, accordait la disposition des lits vacants à l’hospice. Au XVIe siècle, il y avait huit pourvues soignées par deux servantes et la souveraine entourée de quatre pensionnaires jeunes, logées chez cette dernière, qui vivaient des revenus de l’ancien hôpital.

A la Révolution, l’hospice conserva ses vieilles pourvues, mais l’institution fut sécularisée et ses administrateurs furent remplacés par la Commission des Hospices Civils, chargée aussi de régir les autres hospice et hôpitaux de la municipalité. L’église, qui occupait le côté méridional de la place du Béguinage actuelle, fut fermée le 13 septembre 1797 et mise en vente en 1799. L’acquéreur procéda immédiatement à sa démolition et revendit les métaux et les matériaux. Le terrain resta à l’abandon quelques années. Lors du rétablissement du culte en 1801, la paroisse ayant été supprimée, ce quartier fut annexé à celle de St-Nicolas en Bertaimont.

A cette époque, les pensionnaires s’élevaient au nombre de vingt-neuf. Cet accroissement assez considérable ne doit pas être entièrement attribué à la réduction des frais d’entretien et à l’augmentation des biens ruraux de l'institution, mais au fait que la Commission se créa un capital assez élevé en décidant que l’admission, gratuite jusque-là, n'aurait plus lieu que moyennant le versement d’une somme assez importante. Cependant, les places n’étaient conférées qu’à des personnes peu aisées, de bonne vie et mœurs et avancées en âge. Elles y restaient jusqu’à leur mort. Outre le logement, les pourvues recevaient une rétribution qui leur permettait de suffire à tous leurs besoins, chacune devant faire son ménage dans son appartement. Elles n’étaient soumises à aucun règlement intérieur, comme celui adopté dans les autres hospices.

Les anciens bâtiments de l’hôpital de Cantimpret étaient formés de deux ailes, entre lesquelles s’élevait la chapelle. Celle-ci, construite en style gothique hennuyer, de 1549 à 1551, présente une nef de trois travées et est couverte d’un toit en ardoise coiffé d’un clocheton effilé. Elle est toujours visible actuellement. Par contre, en raison de leur état de vétusté et de leur étroitesse, les bâtiments abritant les pourvues furent remplacés de 1829 à 1831 par une nouvelle bâtisse à l’imposante façade à front de la place. Sur un haut soubassement, deux niveaux de 21 travées entouraient un portail monumental flanqué de hautes colonnes toscanes supportant un entablement dorique.

En 1903, le bâtiment fut élargi de10 travées à gauche, ce qui permit d’augmenter le nombre de pourvues et de le porter à 47, chacune disposant d’une chambre, d’une mansarde et d’une cave. Les bâtiments désaffectés en 1974, furent sauvés de justesse, tant ils se trouvaient dans un état alarmant lors de leur rachat et de leur réhabilitation par la Région Wallonne qui y installa les services décentralisés de son administration. Mais seule la façade néo-classique à front de la place, classée, et la chapelle furent conservées et restaurées. Classée et également restaurée, la chapelle ne fut réaffectée que dix ans plus tard par l’Institut du Patrimoine wallon.

Plus tard, en 1345, celle-ci fut érigée en paroisse distincte de celle de Cuesmes.

Nicolas De Guise. Mons cap. LII.

Vue du Béguinage au XVIe siècle à vol d'oiseau. Extrait du plan Blaeu. Amsterdam. 1649.

Le Béguinage à la fin du XVIIe siècle. Plan des fortifications de Mons par Vauban. BUMons.

Façade de la chapelle de l’hôpital du Béguinage au XIXe s. Dessin de L.J. Van Peteghem. Coll. de l’auteur.

La place du Béguinage et l’hospice avant l’extension de l’aile gauche. Carte postale oblitérée en 1906. Coll de l’auteur.

Vue de l'arrière de l'hospice du Béginage. Photo anonyme d'avant 1902. FAPMC.

L'ancien hospice des Kanquennes rasé à l'exception de la façade et de la chapelle toutes deux classées. Photo Philippe Baltus. Fin des années 1970.

Façade de la chapelle de l’hôpital du Béguinage pendant les travaux. Photo Philippe Baltus. Fin des années 1970.

 

PLACE DU MARCHÉ AUX HERBES

Lors de sa création en 1577-1580, entre la rue de la Coupe et la nouvelle voirie que l'on venait de percer au travers de l'hôtel de la Clef, cette place fut appelée « Nouveau Marché » ou « Petit Marché » pour la différencier du « Grand Marché » (la Grand-Place). Par la suite elle prit le nom de Marché aux Herbes parce que c'est là que se tenait jusqu'à, il y a peu de temps, le marché aux fruits et légumes.

Pour dire l'importance qu'on lui accordait, lors de la création en 1887 des premières lignes du chemin de fer vicinal autour de la ville, une dérivation empruntait, depuis le boulevard Dolez, la rue de la Halle, puis la rue du Haut-Bois, redescendait la rue d'Havré pour se diriger ensuite vers Saint-Symphorien, faubourg des maraîchers. Cet itinéraire, formant la seule boucle entrant en ville (la Grand place était desservie par une ligne en cul de sac qui passait par la rue de Nimy) avait été spécialement conçu pour permettre aux maraîchers d'atteindre le Marché aux Herbes avec leurs encombrants chargements. (En réalité, les vicinaux avaient été créés, au départ, pour desservir les campagnes que les chemins de fer n'atteignaient pas et, de ce fait, transportaient plus de marchandises que de voyageurs.)

Chaque vendredi, à la charnière des XIXe et XXe siècles, c'était l'effervescence au Marché aux Herbes. N'oublions pas que c'était, alors, le seul moyen de se procurer des fruits et légumes frais et chacun se précipitait dans une animation assez pittoresque : Voyez « qué dallâge ! » Tout le monde est en affaire : d’un côté, les « fourboutières », avec leur grand tablier par dessus leur longues jupes, s’agitent pour présenter leurs marchandises, tandis que de l’autre, les gouvernantes de maisons « spépient », (discutent) pour obtenir le meilleur prix.

Le soleil tape fort, la dame en robe à crinoline se protège à l’aide d’une ombrelle. Elle attend que sa cuisinière - qui l’accompagne pour porter les paniers - à genou sur le pavé, ait fini de rassembler les légumes qu’elles viennent d’acheter. La jeune « fourboutière » regarde, toute souriante au milieu de ses mannes et paniers en osier, à anse, plats ou ronds, dans lesquels elle a apporté ses produits. A gauche, un gamin en culottes courtes a abandonné la poussette de sa petite sœur pour venir voir de plus près le travail d'un photographe de passage.

 

Entourées des nombreux paniers et sacs contenant pommes de terre, « cornes dé gâde » ou « timpières », choux, épinards, salades, navets, oignons, échalotes, persil, tous légumes cultivés dans leur propre potager, les « verdurières » attendent la pratique, assises sur une chaise bancale. Il faut dire qu’elles sont là dès le lever du jour et comme on ne rajeunit pas, savez-vous…

 

Bien entendu, de nombreuses maisons spécialisées dans le commerce des fruits et légumes se sont installées à demeure sur le pourtour de la place. : marchands de pommes de terre en gros ; fruits, légumes au détail ; oranges, citrons, mandarines d'importation ; marchands de vins, de fromages, de couleurs et vernis, de chaussures , sabots, vanneries, quincailleries, chocolats et, bien sûr, estaminets. Et il y en avait certainement beaucoup d'autres.

 

Il y avait, au milieu de cette place, une fontaine. En fait il s’agissait d’un ancien puits, dit le « Rouge-Puits » datant de 1831, qu’on avait installé là en 1877 et raccordé au nouveau réseau de distribution d’eau (architecte Albert Jamot). Il avait été jugé qu'il était plus utile là que de le laisser à son ancien emplacement en haut de la rue de la Chaussée où il ne servait plus. Quelques temps après, lorsqu’à peu près tout le monde fut raccordé au réseau, cette fontaine n’eut plus beaucoup d’utilités, mais représentait par contre une gêne pour les manoeuvres des gros camions des maraîchers. Alors, en 1955, on l’a envoyée décorer la place de Vannes qui venait d’être créée après la réhabilitation de ce quartier fortement endommagé par les bombardements de la dernière guerre. Finalement, en 1981, quand la rue de la Chaussée est devenue piétonnière, on est allé la rechercher pour la remettre à la place qu'elle occupe aujourd'hui et qui était sa place d'origine. Dans la perspective du temps les choses changent vite. Voyez la place du Marché aux Herbes actuelle.

Photos :

 

Le cheval sur le Marché aux Herbes. CP oblitérée en 1911. Ed G. Valbonnet, Mons. Coll. de l’auteur.

Dame à l'ombrelle. Carte postale non datée. Ed. H.Scattens, Mons. Coll. de l’auteur.

Instant 1. Carte postale non datée. Pas de mention d’éditeur. Coll. de l’auteur.

Instant 2. Carte postale non datée. Pas de mention d’éditeur. Coll. de l’auteur.

Retour de marché, rue de la Coupe. Carte postale non datée. Ed. Valbonnet, Mons. Coll. de l'auteur.

Magasins Vicens. Carte postale publicitaire non datée. Coll. De l'auteur.

Magasin Pipers. Carte postale publicitaire non datée. FAPMC.

Commères attendant le tram après leur marché. Photo anonyme. FAPMC.

La fontaine et les enfants. Carte postale  datée de 1903. Ed. Gontier, Mons. Coll. de l’auteur.

Le Rouge-Puits au milieu de la place du Marché aux Herbes. FAPMC.

 

PLACE WAROCQUE

Le principal bâtiment bordant cet espace, devenu plutôt noeud routier, est sans conteste, l'Institut Commercial Warocqué. Il a, bien sûr, une histoire : c’est le 16 mars 1899 que, sur la proposition de M. Henri Dutrieux, ingénieur en chef, directeur de service aux chemins de fer de l’État, une réunion d’industriels décida la création à Mons de l’Institut Commercial des Industriels du Hainaut. Monsieur  Raoul Warocqué. Le grand industriel philanthrope de Mariemont, satisfit largement tous les premiers besoins de la nouvelle école, qui fut installée provisoirement dans un somptueux hôtel privé1, tandis que presque immédiatement on dressait les plans de cette vaste construction conçue selon les exigences des perfectionnements les plus modernes de l’époque.

En effet, déjà remarquable par la diversité des matériaux utilisés pour sa réalisation et sa décoration (pierre, stucs, vitraux, mosaïques), ce bâtiment de style Art-déco a été, à l’époque, à l’avant-garde des techniques de construction par l'emploi de pieux pour stabiliser l’édifice, de structures en béton, matériau encore inexistant à Mons à cette échelle, et enfin par le recours à une charpente en acier. Construit tout au début du XXe siècle, il est l’oeuvre des ingénieurs architectes Henri Dutrieux et François Burton.

L’Institut Commercial des Industriels du Hainaut se voulait surtout une école pratique de commerce appliquée à l’expansion de l’industrie. Elle avait - et a toujours - pour but de former des agents commerciaux aptes à représenter l’industrie belge dans le pays et à l’étranger. Sa renommée fut rapidement gagnée. Le 07 août 1903, eut lieu la sortie de la première promotion des ingénieurs commerciaux. Ils furent au nombre de vingt-six et, dans un délai de quelques semaines, tous se trouvèrent employés par diverses firmes belges ou étrangères, dans des conditions qui montrèrent avec évidence à quel besoin réel répondait cet Institut. Par exemple, en juillet et août 1904, le Gouvernement Chinois d’une part, et la Société d’études des Chemins de fer en Chine d’autre part, lui confièrent vingt jeunes étudiants chinois qui avaient fait en Chine des études moyennes et se disposaient à faire en Europe des études supérieures de mines, ponts et chaussées et chemins de fer.

Au cours de la première guerre mondiale, Raoul Warocqué s'étant rendu compte de l’impossibilité pour un groupe d’industriels privés de continuer à assumer la responsabilité de l’institution, il légua par testament l’immeuble à la Province du Hainaut ainsi qu’une somme d’un million de francs, afin que l’affectation initiale de l’Institution et du bâtiment soit perpétuée.

En 1962, lors d’un colloque tenu par la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut, plusieurs personnalités, dont le Gouverneur Emile Cornez et le Recteur Max Dreschel, défendirent l’idée de la création d’une université en Hainaut. Malgré la vive opposition des universités existantes, en 1965, la première loi d’expansion universitaire créèrent le Centre Universitaire de l’État à Mons, qui, à l'époque, comprenait : une Faculté des Sciences (physique et chimie), une Faculté des Sciences Economiques Appliquées (Faculté Warocqué), un Institut supérieur de Pédagogie, une école d’Interprètes Internationaux.

La deuxième loi d’expansion universitaire de 1971, quant à elle, créa l’Université de l’État à Mons. C’est sur cette base que l’Université de Mons-Hainaut fut constituée par les lois et décrets sur la communautarisation de l’enseignement en 1989 et sur la collation des grades académiques en 1994. Le rapprochement avec la Faculté polytechnique de Mons permit enfin, en 2009, la création de notre actuelle Université de Mons.

1 L'hôtel de feu le baron Siraut né à Mons et y décédé le 09 avril 1849 qui fut bourgmestre de Mons de 1836 à sa mort. Cet hôtel est situé rue des Etampes, à Mons et avait été acheté par Raoul Warocqué.

Photos :

Place Warocque au début du XXe siècle. Carte postale non datée. Ed. DuwezDelcourt. coll. de l'auteur.

Vue plongeante de l'Institut Commercial des Industriels du Hainaut Carte postale début XXe siècle. Ed. Nels. Coll. de l'auteur.

Façade de l'Institut Commercial des Industriels du Hainaut Carte postale oblitérée en 1909. Ed. Duwez-Delcourt. Coll. de l'auteur.

Etudiants chinois à Mons. Photo Ch. Galladé. 1904