Le dédale des caches d'Havré, en 1858. Extrait du plan relevé par la Brigade topographique de l'armée belge.

 

Rue Rachot. Photo anonyme. FAPMC.

 

Rue Saint-Paul. Photo anonyme. FAPMC.

 

Rue et place Spira. Photo anonyme. FAPMC.

 

Ruelle Rachot. Photo anonyme. FAPMC.

 

Rue du Mont du Parc. Photo anonyme. FAPMC.

 

Descente du Cras-Monciaux vers la rue des Gaillers. Photo anonyme. FAPMC.

 

Impasse de la Cense Gain.Carte postale. Coll. de l'auteur.

RUE DES CACHES

D'où vient ce nom curieux ?

C'est l'enchevêtrement de leur étroites ruelles, impasses et cours, où il était parfois difficile de s'orienter, qui a peut-être fait donner cette appellation à ces quartiers, faisant ainsi un rapprochement avec les anciennes « chasses » (ou caches en patois) que les comtes de Hainaut, avaient fait ouvrir dans la forêt pour s'adonner à leur activité favorite, la chasse à cheval. A rapprocher des lieux dits et anciens chemins par ou passaient jadis les « chasses (royales) » et qui conservèrent ce nom une fois urbanisés.

 

Quoiqu'il en soit, le nom donné à cette rue rappelle ce quartier populaire, dit les Caches d'Havré (parce qu'il était sous la juridiction du sire d'Havré, chapelain de Mons) et qui était constitué de petites parcelles, d'impasses, de ruelles, courées et corons, parfaitement insalubres, sans eau courante ni égouts ni électricité, où s'entassaient au XIXe siècle et au début du XXe siècle, la population ouvrière et indigente de Mons. Maçons, terrassiers, hommes de peine, faiseurs de boulets (terre glaise et menu charbon), peintres barbouilleurs, blanchisseurs, femmes de ménage, blanchisseuses, repasseuses, autant de métiers exercés par les habitants des Caches aux noms typiques : Nanasse, Pépé Mousse, Anastasie, Moustache, Polyte et combien d’autres.

 

Une première urbanisation de ce quartier eut lieu en 1880 – 1885 par la création de nouvelles cités ouvrières à la Chasse Montignies (du nom d'un ancien domaine ayant appartenu à la dame de Montignies), la rue Rachot (du nom d'un ancien hôpital jouxtant au XVIIe siècle la place des Pestiférés – actuelle place des Archers) et la ruelle Spira (du nom d'Adrien Spira qui possédait, au XVIIe siècle, une propriété avec maison et jardin dans ce quartier).

 

Un second assainissement eu lieu en 1897-1899 au cours duquel 64 maisons furent démolies. Plus tard, en 1908 l’expropriation de 35 immeubles en mauvais état fut encore décrétée pour permettre le prolongement de la rue Spira jusqu’à la rue de Derrière-la-Halle (rue Jean Lescart).

 

Enfin, il fut entièrement rénové en 2000-2003 par le Service d’Urbanisme de la ville (M. Rouhart, J-P Saintenois) notamment en lui permettant un débouché vers la rue d’Havré au travers du jardin Gustave Jacobs et le porche du n° 114 de celle-ci.

On trouve encore à Mons la chasse Ma Brune et la chasse du Bon Dieu situées à proximité des anciens quartiers pauvres du Kiévrois et de la rampe Borgnagache, qui s'étendaient jadis, comme l'ancien quartier du Cras-Monciau, en bordure des anciennes fortifications, et qui ont tous disparus sous les bombardements américains de la dernière guerre.

 

PLACE LOUISE

Il manque deux choses à cette place ! D'abord, la moitié de son nom. Il faudrait, en effet, dire place Louise-Marie car c'est en l'honneur de l'épouse du 1er roi des Belges, Louise-Marie d'Orléans, que cette place a été rebaptisée. Ensuite, il lui manque la moitié de la surface prévue à l'origine. En effet, le projet était de lui donner la forme d'un demi-cercle afin de donner une certaine importance à cette toute nouvelle entrée de la ville, mais, finalement, celui-ci n'aboutit pas. Voici sa genèse

Pour donner livrer passage à ce nouveau moyen de déplacement qu'était le chemin de fer, il fut décidé - au bout de longues discussions - de percer le carcan des fortifications pour lui permettre d'approcher au plus près de la ville. Mais le choix de l'emplacement de la gare se portait sur deux endroits possibles : l'un à l'ouest de la ville, entre les portes du Parc et du Rivage avec installation de la station sur le vaste terre-plein du bastion n°14, derrière l'arsenal qui avait abrité du temps de l'occupation hollandaise les armes et munitions de la garnison ; l'autre, au sud de la ville, entre la porte de Bertaimont et la porte du Rivage, avec implantation de la gare sur la place Nervienne, au devant des casemates. Cette dernière option allait l'emporter quand un nouveau un projet de construction d'un canal de liaison entre celui de Mons à Condé et la Sambre y fit renoncer, et l'on opta pour le bastion n°14. (finalement ce projet de canal ne vit jamais le jour).

La première station de chemin de fer fut inaugurée en 1841, Mons ayant bénéficié d'une des toutes premières lignes de chemin de fer établies dans le pays parce que le roi Léopold avait insisté pour ouvrir une liaison rapide en direction de la France où régnait son beau-père, Louis-Philippe d'Orléans.

Encore fallait-il pouvoir accéder à cette gare. Située en zone militaire, rien n'était prévu à cet effet et il n'y avait aucune voirie dans ce coin de la ville uniquement planté de jardins et de cultures. Ceci s'explique par le fait qu' enserré depuis près de six cents ans à l'intérieur de fortifications, l'habitat urbain s'était développé en cercles concentriques autour de son noyau historique situé au sommet, ce qui a fait qu'en dehors des grands axes menant aux anciennes portes de la ville, il y avait peu de liaisons vers la périphérie. Il fallut donc aménager une voie d'accès vers cette nouvelle entrée dans la ville. On sacrifia pour cela les jardins de l'ancien séminaire (occupé, alors, par le Collège de Mons, qui deviendra l'Athénée Royal), jardins qui se situaient dans le prolongement de la rue de la Petite Guirlande qui, à cette époque, n'allait pas plus loin. Cette voirie prit, bien sûr, le nom de « rue de la Station » (c'est l'actuelle rue Rogier, du nom du ministre des transports de l'époque).

Mais il y avait un obstacle de taille : l'énorme bâtiment de l'arsenal. Sa masse était si importante qu'il ne fut pas envisagé, dans les minces débuts du chemin de fer, de le démolir, surtout qu'on pouvait le traverser aisément. D'autre part, il servait encore d'entrepôt à la Ville. Ce qui fit qu'on se contenta de créer devant celui-ci une place semi-circulaire pour matérialiser l'entrée de la station (qu'à l'époque, on appelait par analogie avec le monde maritime « embarcadère ». Les locomotives s'appelaient, d'ailleurs, des « remorqueurs », dénomination qui a disparu, mais il nous est resté les « quais » de gare et les « sémaphores »). On donna donc le nom de place de l'Embarcadère à cet espace, ce qui explique la présence de l'Hôtel de l'Embarcadère, café, restaurant, à front de celle-ci, puisque c'était, alors, le premier établissement que le voyageur rencontrait en « débarquant » à Mons.

Par la même occasion, on réorganisa tout le quartier en ouvrant la rue Chisaire jusqu'à la Porte du Rivage (du nom de l'ancienne caserne construite jadis sur la propriété de la famille Chisaire) et en ouvrant, au passage, le trou de Boussu qui jusque là était une rue en cul de sac fermé par l'ancien hôtel des sires de Boussu.

Sur cette place de l'Embarcadère, rebaptisée après le décès de la première reine des Belges en 1850, « place Louise-Marie », ainsi qu'en bordure de la nouvelle rue « de la Station », de nouveaux immeubles à vocation commerciale firent rapidement leur apparition, ce qui explique l'aspect parfaitement homogène de ces constructions tel qu'on peut encore le voir aujourd'hui.

Rappelons qu'à l'origine il avait été prévu que cette place s'étende symétriquement de l'autre côté de l'axe de la rue pour prendre une forme semi-circulaire, et même de voir s'y raccorder une prolongation de la rue Chisaire jusqu'à la rue de la Houssière voisine.

 

Mais en raison, premièrement, de la disparition (en 1870, pour une première moitié, et en 1882 pour l'autre) de l'arsenal enfin rasé pour faire place à la nouvelle gare et à la place Léopold prévue au-devant (1870-1875) ; ensuite, de l'urbanisation de l'ensemble du quartier environnant (vers 1888) ; enfin de la construction, dans l'intervalle, des nouveaux bâtiments de l'Athénée en remplacement des vieux bâtiments de l'ancien Séminaire (1883 - 1888) et, particulièrement, du pensionnat de cette institution qui s'étira jusqu'à la place, ce projet ne fut jamais réalisé et la place resta en quart de cercle. On peut cependant constater sur les lieux qu'un décrochement dans l'alignement des façades du côté manquant, rappelle la forme que la place Louise devait prendre. Mais pour cela, faut-il encore en connaître l'histoire.

Au centre de cette place Louise se dresse un étrange monument : celui érigé par la Vile de Mons pur honorer la mémoire d''un grand savant et un parfait humaniste : Jean-Charles Houzeau de Lehaie (1820 – 1888), cartographe, astronome, mathématicien, rédacteur et correspondant de presse aux États-Unis directeur de l'observatoire d'Uccle, président de l'Académie Royale Belge.

Il se compose d'une colonne météorologique formée d'une base carrée et d'une pyramide en pierre de Soignies. Sa hauteur est de sept mètres environ.La base porte sur sa face Nord-est un médaillon en marbre blanc à l'effigie du savant, sculpté par M. Van Oemberg, professeur de sculpture à l'Académie des Beaux-Arts de Mons. L'inscription suivante est placée au-dessous : « A J.-C. HOUZEAU DE LEHAIE – ERIGE PAR LA VILE DE MONS ».

Au-dessus se remarquent, sculptées dans la pierre, une lunette et une règle divisée. Sur la face Sud-est, on a encastré dans une plaque de marbre blanc un baromètre avec les indications habituelles ; sur la face Nord-ouest, un grand thermomètre ; sur celle au Sud-ouest existe une boîte renfermant le Bulletin de l'Observatoire de Bruxelles (aujourd'hui disparue), des inscriptions donnant la longitude, la latitude et l'altitude du monument.(on devait y placer une lune mobile donnant les phases de notre satellite au méridien de Mons, mais cela ne se fit pas)

Sur la Pyramide, aux sommets des arêtes Est et Ouest, deux styles inclinés suivant la ligne des pôles donnent l'heure au moyen des lignes horaires tracées sur les faces adjacentes à la méridienne, donnée par l'arête Sud. Un style posé sur cette dernière arête indique le midi vrai lorsque l'image solaire se trouve sur cette arête. La courbe méridienne du temps moyen étant tracée le long de cette arête, il est facile de lire l'heure moyenne de Mons.

La pyramide est surmontée d'une sphère armillaire représentant les méridiens et les parallèles, ainsi que le zodiaque avec les signes conventionnels. Une série de pointes imitant le paratonnerre Melsens, partant du sommet du monument, entoure la sphère. Á l'intérieur de celle-ci, on a disposé un globe terrestre ; il est percé dans toute son épaisseur d'une ouverture permettant de voir l'étoile polaire lorsqua'elle passe au méridien de Mons. Enfin, comme couronnement on a installé une girouette.

Les pièces astronomiques du monument sont l'oeuvre de Mr Charles Delnest, conseiller communal de Mons (décédé en 1891). La méridienne a été tracée par E. Bijl, assistant à l'observatoire. Les dessins ont été dressés par M. Van Oemberg et réalisés par M. Pette, marbrier. Le monument a été inauguré solennellement le 2 juin 1890.

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1Richard Benrubi. Gazette des Montois Cayaux. 1991.

Photos :

La 1ere gare à l'intérieur des fortifications et la place semi-circulaire prévue. Extrait de la carte levée par la brigade topographique de l'Armée belge (Musée Royal de l'Armée – Bruxelles).

L'espace entre l'Embarcadère et l'arsenal. Dessin de Léon Dolez. BUMons.

L'arsenal et les jardins du Collège de Mons, futur Athénée. Extrait du plan Goffaux. 1828.

Démolition de la 2eme partie de l'arsenal. Dessin de Léon Dolez. 1883. BUMons.

La place Louise et l'hôtel de l'Embarcadère. CP oblitérée en 1905. Ed. Van den Heuvel, Bruxelles. Coll. De l'auteur.

Le monument Houzeau. Carte postale. Coll. de l'auteur.

La rue de la Station et ses façades homogènes. CP oblitérée en 1911. Ed. Valbonnet. Coll. De l'auteur.

La rue de la Station et ses commerces au début du XXe siècle. Photo anonyme. FAPMC.

 

RUE DE VERAPAZ

Le nom de cette rue rappelle l'ancien nom du carrefour formé par la chaussée de Binche et la chaussée du Roeulx. Jusqu’en 1865, la ville de Mons était entourée de puissantes fortifications. Au niveau de chaque porte de la ville celles-ci s'étendaient assez loin, notamment jusqu'à ce carrefour, pour ce qui concernait la porte d'Havré.

Pour entrer et sortir il fallait passer par les portes de la ville avant leur fermeture. Les heures d’ouverture et de fermeture variaient selon les saisons. L’ouverture se faisait à 4 heures en été et à 7 heures en hiver. La fermeture se faisait à 21 heures 30 en été et à 17 heures en hivers. La clôture définitive des portes était fixée par le commandant de la place, habituellement à 22 heures. On ne pouvait, sans son autorisation spéciale, entrer en ville ou en sortir en dehors de ces heures. On pouvait néanmoins acquitter un droit pour entrer en ville ou en sortir après la fermeture des portes jusqu’à la clôture définitive.

Nombreux étaient les voyageurs qui arrivaient trop tard pour entrer en ville, aussi beau nombre d'auberges s’étaient-elles installées sur les routes qui y menaient, où fort heureusement ils pouvaient trouver refuge pour la nuit.

Par leur situation, ces auberges, à l’encontre de celles situées en ville, se situaient en des endroits bucoliques, à distance des fossés des fortifications, loin des rues étouffantes et de leurs miasmes, ce qui ne manquait pas d’attirer, aussi, la soldatesque espagnole en garnison dans la place-forte de Mons, lors de ses moments de liberté. Dans ces tavernes, loin des contraintes du service armé, ils jugeaient qu'ils trouvaient une « vraie paix », dans leur langue une vera paz ! Pendant longtemps c’est ce nom qui fut attribué au carrefour formé par la chaussée de Binche et la chaussée du Roeulx, où les auberges ne manquaient pas, avant de prendre celui de carrefour Saint-Fiacre , patron des cultivateurs, en l'honneur des fourboutiers, nombreux dans les villages d’Hyon et de Saint-Symphorien. Cette rue située non loin en rappelle donc le souvenir.

Photos :

Le carrefour de Verapaz au-devant des fortifications . Plan Vauban de 1691. BUMons..

Les fortifications autour de la porte d'Havré au XVIIe siècle. Extrait du plan Bleau, Amsterdam.1649. BUMons.

Panorama de la ville par Matthieu Mérian. ca 1680. Coll. de l'auteur.

La campagne à l'extérieur des remparts de la ville. Gravure anonyme. Coll. de l'auteur.

La porte d’Havré au XVIIe siècle. Gravure anonyme. Coll. de l’auteur;