RUE DE BOUZANTON

D’où vient ce nom étrange, « Bouzanton » et pourquoi avoir donné ce nom à une rue importante de la ville basse ? En fait, c’est celui d’une dame vertueuse, Louise de Bouzanton, fille de Gilles, seigneur de Lompret, qui, en 1562, acquit l’ancien hôtel de la famille de Molembaix pour y loger et entretenir les pauvres orphelins de Mons, maison qu’elle gouverna elle-même jusqu’en 1593, date de sa mort. Mais sa nièce, Anne de Crécy,comme l'indique un cartouche placé au mur de la cour intérieure, ayant repris la direction de l'institution, celle-ci se perpétua.

En effet, depuis lors, ce furent des maîtres et des intendants qui dirigèrent cette maison, en coopération avec le magistrat de la Ville. A la Révolution française elle devint propriété de la Commission des Hospices, nouvellement créée, et continua jusqu’en 1925, sous le vocable de « Bonne Maison de Bouzanton », de recueillir des orphelins. Date à laquell elle change d'affection et devient un home pour personnes âgées, auquel s'adjoindra l'hospice Glépin (voir ce nom). Le bâtiment est classé depuis 1977 et a fait l'objet d'un minutieux ravalement. Aujourd'hui, il est occupé par les bureaux du Centre public d’Action sociale de la Ville.

Ce qu’il y a de remarquable en dehors de la longévité de cette institution est l’excellente conservation de l’édifice qui l’abrite. Daté par ancres de 1605 sur la chapelle à front de rue et de 1663 sur l’aile perpendiculaire, vers la cour, il présente une belle homogénéité de style. Plusieurs ajouts du XVIIIe siècle ferment la cour à l’arrière.

On pourrait croire que cet édifice est resté intact durant sa longue existence. Il n’en est rien. En effet, celui-ci présentait une avancée de deux travées en retour d’angle au-devant de l’aile droite. Cette avancée fermait la rue longeant la façade et obligeait d’emprunter le pont dit des Orphelins enjambant la Trouille qui passait alors à cet endroit, et revenir vers le centre par la rue des Orphelins. Voir la photo ci-jointe. Lors du détournement de la rivière en 1872, cette avancée fut démolie et sa façade reculée au niveau de la façade principale pour permettre un alignement correct de la nouvelle voirie qui a remplacé le cours d’eau. Un léger ressaut de la façade actuelle témoigne encore de l’existence passée de cette avancée.

Cet ancien hôtel de Molembaix dont des éléments ont certainement été récupérés pour la construction de l’hospice dont nous venons de parler, a connu des propriétaires prestigieux. D’abord possession de Bauduin d’Avesnes, sire de Beaumont (mort en 1289), il fut acquis en 1354 par Wuillaume de Ligne, chevalier. Il est passé ensuite aux ducs de Bavière, qui furent princes de Liège, d'où le fait que cette rue porta longtemps le nom de rue de Liège.

En 1465, se place un épisode plutôt cocasse dans l’existence de cet hôtel princier. Le futur duc de Bourgogne, Charles de Valois-Bourgogne, mieux connu de son surnom posthume de Charles le Téméraire (1433-1477), fit savoir au receveur de la ville de Mons qu’il ne logeait pas volontiers à l’hôtel dont il était propriétaire parce qu’il y avait été « attaqué de maladie » par trois fois et que de ce fait il préférait loger à l’hôtel Jean Aubert, situé près de la rivière où il viendrait plus souvent et même y résider. C’est pourquoi il demandait que la ville en fasse l’acquisition pour son usage personnel. Ce à quoi il lui fut exposé que la Ville était dans l’impossibilité d’en faire l’achat mais que celle-ci souhaitait néanmoins (il paraît qu’il avait de terribles colères) lui offrir une somme de mille florins du Rhin pour l’aider à acheter cet hôtel. Ce qu’il s’empressa de faire.

Malheureusement, dès le mois de juillet 1466, le comte de Charolais, futur Téméraire, s’aperçut un peu tardivement que cet hôtel était « mal propice pour lui, attendu qu’il étoit romatik (humide) et loing de la ville et aussi qu’il en avoit deux en ceste ville comme l’hôtel de Naast ». Finalement, l’hôtel fut cédé le 12 août 1481, par Marguerite d’York, veuve de Charles le Téméraire à Baudouin de Lausnoy, chevalier, seigneur de Molembaix1.

L’appartenance de cet hôtel à différents propriétaires titrés, comme on vient de le voir, a fait que la rue qui y menait a successivement porté les noms de rue de Bavière, puis de Liège (citée en 1503), enfin de Bouzanton, lors du détournement de la Trouille en 1872, puis Lamir - sur un tronçon, en reconnaissance du legs important qu' Elie Lamir fit à l’hospice en 1902.

1Charles De Bettignies. Les rues de Mons . Typ. Lelouchier, Mons, 1864.

Photos :

L’hospice de Bouzanton. Carte postale oblitérée en 1908. Ed. Duwez-Delcourt, Mons.

L’orphelinat de Bouzanton et le pont des Orphelins au-dessus de la Trouille Dessin anonyme d’avant 1872.

La rue Lamir ex Bouzanton au début du XXe siècle. Carte postale Ed. Vanderauwera et Cie. Bruxelles.

Plan anonyme montrant l'ancien lit de la Trouille et notamment le méandre contournant la « Bonne Maison de Bouzanton », .

 

PLACE LÉOPOLD

La première chose qui a contribué à sortir Mons de son long endormissement derrière ses fortifications fut l’arrivée du chemin de fer. Pour lui livrer passage, il fallut percer ce carcan qui enserrait la ville. Cela fait, on édifia une gare (qu’à l’époque on appelait « station » ou « embarcadère ») sur le vaste terre-plein du bastion n°14 situé entre le rempart et le puissant arsenal casematé qui, du temps de l’occupation hollandaise, abritait le parc d’artillerie et les réserves de munitions.

Donc, à cette époque, pour prendre le train, il fallait d’abord traverser la petite place en demi- cercle, créée en même temps que la station, et à qui on donna évidemment le nom de place de l’Embarcadère (rebaptisée, depuis, place Louise en hommage à la première reine des Belges) ; ensuite, il fallait traverser l’ancien arsenal avant de déboucher sur l'étroite esplanade de la station, prendre son ticket dans la petite gare et enfin enjamber les voies pour accéder aux quais

Mais, en raison du formidable développement que connut le transport ferroviaire qui s’était désormais imposé face aux diligences, cette station devint rapidement inadaptée. Dès lors, aussitôt la loi du 8 mai 1861 autorisant la démolition des fortifications adoptée, il fut question de la construction d’une nouvelle gare, plus spacieuse et mieux desservie, ainsi que l’aménagement de tout le quartier environnant. Mais ce ne fut que dix ans après le début des négociations entre la Ville et l’État qu’une convention régla la position de la gare et celle du boulevard qui la jouxte (sur une longueur de près de 1.000 mètres, de la porte du Parc à la porte du Rivage). En effet, l’État avait programmé la création du boulevard au-delà de la Grande Voirie, et l'existence de celle-ci comme partout ailleurs, mais les autorités communales souhaitaient que la gare ne soit pas installée trop loin des commerces de la ville. Un compromis fut trouvé : on escamota la Grande Voirie de la porte du Parc à celle du Rivage, rapprochant d’autant la gare de la ville.

La première des priorités fut de démolir ce formidable obstacle que constituait l’ancien arsenal. (Il était situé à l’emplacement occupé actuellement par les cafés-restaurants bordant le coté sud de la place Léopold). Ce qui fut fait, mais en deux temps, car l’aile gauche qui abritait les installations du chef de gare et l’entrepôt de commerce de la ville, a survécu jusqu’en 1882 avant d’être démoli, soit près de 10 ans après l’inauguration de la nouvelle gare (1874). C’est dire qu’il fallut côtoyer longtemps encore cette pesante construction, à moitié éventrée, pour accéder à la gare.

L’aménagement du quartier prit donc du temps, mais le résultat fut impressionnant. On n’avait rien laissé au hasard, tout avait été planifié, les proportions de la place, le style et, notamment, la hauteur des constructions qui la bordaient, etc. L’ensemble devait être élégant et harmonieux. Par exemple, la gare elle-même fut légèrement déplacée vers la porte du Parc afin que la porte du milieu du pavillon central se situe exactement à l’intersection des axes de la nouvelle rue de la Station (actuelle Léopold II) et de celui de la rue de la Houssière (que l’on projetait de percer). Rien n’était trop beau pour la nouvelle entrée principale de la ville. Un nouveau quartier allait naître, formant un ensemble vaste et homogène, fonctionnel de surcroît. A commencer par la gare elle-même. Édifiée tout en pierre, dans ce même style néo-roman commun à toutes les grandes gares du pays, elle ne manquait pas d’allure. Elle fut inauguré en 1874, les travaux ayant commencé en 1865.

Au devant de la gare, on créa une large et belle place de 1 hectare, munie de parterres et de bassins qui furent spécialement disposés de manière à prolonger les deux rues qui y débouchaient. Naturellement, en hommage au premier roi des Belges récemment disparu (1865), il fut décidé, non seulement de la baptiser de son nom, mais aussi d’y ériger aux frais de la ville une statue en sa mémoire. C’est le statuaire Eugène Simonis de Bruxelles qui fut chargé de sa réalisation tandis que le socle était agencé par l’architecte de la ville Joseph Hubert. L’inauguration n’eut cependant lieu qu’en 1877, le 20 mai, en présence de toute la famille royale.

Restait à aménager les abords de la place, côté ville. Les terrains gagnés sur les anciennes fortifications furent vendus à partir de 1875 et surtout en 1884, après la démolition de l’arsenal, mais les acquéreurs devaient respecter un cahier des charges très strict. Ceci dans le but de conférer à l’ensemble une belle uniformité (par exemple, les immeubles devaient avoir la même hauteur que le pavillon central de la gare, le profil et les matériaux des toitures devaient être identiques, on ne pouvait apercevoir aucune cheminée depuis n’importe quel lieu public, etc…). La monumentalisation recherchée à travers ces prescriptions et les détails architecturaux en pierre montrent que l’architecture prônée n’était plus celle de la maison d’habitation mais atteignait l’échelle, inconnue jusqu’alors à Mons, de l’immeuble de commerce de rapport. On peut dire que sur le plan de l’harmonisation, ce fut une belle réussite.

A lui tout seul, un négociant montois nommé Joseph Spanoghe, propriétaire au marché aux herbes d’un commerce de fruits, légumes et autres denrées alimentaires, se proposa de créer sur les terrains nouvellement libérés par la démolition du restant de l’ancien arsenal, un ensemble de bâtiments allant de la nouvelle place à la place Louise jusqu'à la place Léopold, destinés à recevoir, à front de rue un certain nombre de maisons de commerce et, sur l’arrière, une salle de spectacle et de réunions de 380 mètres carrés, avec une grande galerie à l’étage, une salle de restaurant et des jardins d’hiver (architecte-ingénieur Alphonse Dumont). Il la baptisa du nom d’Eden-Bourse Une fois ouverte au public, on y donna de nombreux concerts, bals, représentations dramatiques et autres fêtes locales fort fréquentées par le tout-Mons de l’époque. Deux passages couverts bordés de boutiques donnaient accès à cette grande salle. Plus tard, elle fut transformée en salle de cinéma avant de disparaître complètement dans les années 1960. C’est le buste de ce Monsieur que l’on voit figurer encore maintenant à l’angle de la rue Léopold II et de la place Léopold.

A l’époque de sa création, le coté gauche de la place, en sortant de la gare était bordé par l’institution d’enseignement dirigée par les Dames Ursulines dont les bâtiments abritant le pensionnat et les jardins étaient visibles depuis la place Léopold. Ceux-ci furent démolis suite aux importants dégâts causés par les bombardements lors de la dernière guerre.

Sur le côté gauche, toujours, on avait construit le Bureau de Poste et des Télégraphes. Á L'origine, il était situé dans l’aile droite de la gare, mais pour des raisons pratiques il s’avéra nécessaire de construire un bâtiment à part entière, ce qui fut fait en 1903 - trente ans après la gare, mais, heureusement, toujours dans le même style. Il fut démoli en 1963 pour être remplacé par des baraquements provisoires et enfin, vingt ans plus tard, par une audacieuse construction moderne due à l’architecte René Panis : le tri postal de Mons X, qui fut fermé en 1996, et démoli à son tour en 2007 (mais non sans avoir fâcheusement résisté aux marteaux piqueurs).

Avec l’essor prodigieux que connu le chemin de Fer à la fin du XIXe siècle,, cette entrée de la ville devint le passage obligé, aussi bien des rois et des princes (tous nos rois y sont un jour passé sauf Baudouin et successeurs) que des simples voyageurs ; que ce soit pour des raisons de tourisme ou de commerce. C’est pourquoi de nombreux hôtels, cafés, restaurants, salle de fêtes et de spectacles (l’Eden-Bourse), kiosque à musique, grands bazars, commerces de toute nature,  marchands ambulants, s’installèrent sur son pourtour. Des fêtes, concerts, défilés, congrès, divertissements en tous genres (tir à la perche verticale, envol de ballon), y furent régulièrement organisés,

Le kiosque à musique fut installé en 1892. Il était en bois. Mais il fut démonté en 1902 parce que les cafetiers et restaurateurs dont l’établissement se situait à l’arrière, trouvaient qu’il bouchait trop la vue. Alors, il fut remplacé, d’abord par une simple estrade, puis en 1906, par un autre kiosque, métallique cette fois, plus aérien.

Le quartier devint, donc, le plus animé de la ville. Non seulement les trains y déversaient leurs flots de voyageurs mais les trams des Chemins de Fer Vicinaux – au début, à vapeur - y amenaient ou remportaient les habitants des villages environnants. En 1901, il n’y avait encore que trois lignes qui partaient de la gare : une vers Nimy, Maisières et Casteau, ouverte en 1887 ; une vers Ghlin, et enfin une vers St Symphorien, inaugurées toutes deux en 1888, tandis qu’une ligne vicinale électrique - à courant alternatif - fut ouverte en 1899 pour desservir les communes de Jemappes, Quaregnon et Boussu. Ne pouvant traverser les rails du chemin de fer, son départ-terminus se situait derrière le passage à niveau de l’avenue de Jemappes. Enfin, depuis la gare, la dernière vicinale a être créée fut celle de Givry , un service d’autorail alimenté au diesel assuré par une grande machine peinte en jaune, qui fut ouverte en avril 1932.

Et puis cette gare qui avait fait la fierté des Montois pendant si longtemps, fut en grande partie anéantie au cours des terribles bombardements qui furent infligés à Mons. D'abord en mai 1940, le 11, le 14 et le 16, mais surtout ceux du 31 décembre 1942 puis des 9 et 10 mai 1944, par l’aviation alliée. Son aile droite ne fut plus que ruines ; de la verrière, des voies, des quais ainsi que des locomotives et wagons qui s’y trouvaient, il ne restait que des amas tordus de ferraille. Il fallut reconstruire. Ce qui fut fait en deux temps, l'aile gauche ayant continué à servir, le temps de la construction du nouveau pavillon central et de l'aile droite (1950 -1952)(architecte René Panis, 1910-1981). Le bureau de poste, lui, survécut miraculeusement.

En face, le jardin des Ursulines après qu'elles aient abandonné leur établissement sinistré, laissa la place à une construction sans caractère qui a abrité longtemps le restaurant-station-service Raymond, rejoint, plus tard, par les bureaux de la direction des Tec. De l'autre côté de la place, à droite, l’immeuble faisant le coin de la place et du boulevard, jadis occupé par la Maison du Peuple, fut remplacé par une construction contemporaine qui eut le triste privilège d’être qualifié en septembre 2005, par référendum populaire, de plus « moche » immeuble de Mons. La belle harmonie avait vécu.

La place Léopold elle-même fut transformée plusieurs fois au gré de l’évolution du trafic automobile. Les bassins, nécessitant trop d’entretien, disparurent les premiers, puis, en 1952, les parterres furent raccourcis, et la statue de Léopold 1er reculée de plusieurs mètres, afin de permettre une meilleure organisation de l’embarquement et débarquement des usagers des transports en commun.

Enfin, suite au creusement du tunnel sous la place en 1977, elle fut une nouvelle fois aménagée, et puis encore en 1998, mais cette fois, à l’avantage des piétons, et des différentes manifestations temporaires (marché, manèges) qui, désormais, s’y déroulent régulièrement. Mais l’histoire n’est pas finie, elle est encore en train de s’écrire, longuement. Le dernier avatar étant le déménagement, en 2016, de la statue de Léopold 1er vers la place Régnier au Long Col.

Photos :

La 1ere station à l’intérieur des fortifications hollandaises. Extrait de la carte levée par la brigade topographique de l’Armée Belge. (Musée Royal de l’Armée – Bruxelles)

L’arsenal casematé. Aquarelle de Léon Dolez. 1870. BUMons.

Démolition de la partie subsistante de l’arsenal. Lithographie de 1883.BUMons.

Vue prise en 1882 pendant la démolition de l’ancien entrepôt de commerce.(Guide pratique de Mons édité par l’Agence Nouvelle d’Edition et de Publicité du Hainaut. 1901.)

La gare et la place Léopold vers 1900. Carte postale éditée par anc ets Neurdein. & cie.à Paris. Coll. de l’auteur.

La place Léopold Carte postale non datée (années 20). Edition F.Redouté. Coll. de l’auteur.

La place Léopold vers la rue de la Station. Carte postale non datée (années 20) Edition G.Hermans. Coll. de l’auteur.

Vue vers la rue de la Houssière et le pensionnat des Ursulines. Carte postale oblitérée en 1925. Edition Nels. Coll. de l’auteur.

Le nouveau bureau des postes. Carte postale non datée. Edition Ville de Mons. Coll. de l’auteur.

Le tram à vapeur quittant la place Léopold. Carte postale oblitérée en 1909. Edition DVD. C.Flament. Collection de l’auteur.

Place Léopold dans les années 50 vers la rue de la Houssière Carte postale non datée. Edition Piscart-Dupont. Collection de l’auteur.

L’aménagement de la place Léopold dans les années 60. Carte postale non datée. Editions De Mario. Collection de l’auteur.

Le tri postal de Mons X juste avant sa démolition en 2007. Photo de l’auteur.

Le kiosque de 1862. Carte postale non datée. FAPMC.

Le pensionnat et le jardin de l'école des Ursulines. Carte postale. Col. de l'auteur.

Le pavillon central et l'aile droite de la gare René Panis. Carte postale non datée. Coll. de l'auteur.

La statue de Léopold 1er descendue de son socle. Photo Sud Presse.2016.

 

RUE DU TROUILLON VOUTÈ

Comme son nom , « Trouillon », l'indique bien, c'était le « petit » de la Trouille. Ce ruisseau artificiel a été créée en 1326, pour alimenter en eau les fossés défendant la ville. Il était tellement important aux yeux des autorités que, pour avoir détourné le Trouillon, Pierre Aubert fut condamné à accomplir le pélérinage de Rocamadour.

« De Pierre Aubert, pissonnier demeurant à Mons,pour avoir tranchiet le rieu venant du vivier d’Hyon, pour abruver, reneuwer les deux viviers de le ville séant emprès la porte de Havrech en temps de l’estet darain passet, qu’il faisoit bien secq partout, par le très grant chaleur du temps, et icelui rieu fait courir en aucunes fosses et gardes de pisons qu’il avoit là assez près. »(comptes du Massart XIVe siècle – Viéseries, P. Heupgen)

Comme on vient de le dire, ce cours d'eau était un défluent de la Trouille, c'est-à-dire qu'il n’avait pas de source mais était alimenté par une vanne (toujours existante), depuis la Trouille, juste en amont du Moulin au Bois d’Hyon. Son parcours l’amenait au travers des prairies dites des « Pichepots » jusqu’à l’avenue reine Astrid dans laquelle il s’engageait après avoir tourné au devant du Curoir.

Le Curoir était un local d’utilité publique que la Ville avait fait construire spécialement en 1725 pour faciliter le travail des lavandières. Comme le Trouillon passait tout près, c’était facile de se procurer de l’eau. En plus, il disposait de prairies où l’on pouvait mettre le linge à blanchir - on disait curer - au soleil.

 

Après avoir alimenté les cuves du Curoir, le Trouillon traversait l'avenue Reine Astrid pour la longer ensuite jusqu’aux abords de la place de Flandre. Là, il tournait juste devant l’école Saint Luc dans l'actuelle rue du Trouillon voûté, où il serpentait pour épouser la forme en dents de scie des anciennes fortifications. De là, il filait en contrebas des boulevards, vers la porte du Parc où à partir de 1888 il agrémentait au passage un parc arboré que la ville avait décidé d’aménager dans les anciens fossés des remparts. Pour cela, elle avait fait appel au talent de l’architecte paysagiste bruxellois Louis Fuchs à qui l’on devait déjà les jardins du Waux-Hall et ceux du square Saint Germain. Ce petit parc était agrémenté de sentiers et pièces d’eau avec petit pont, que venait alimenter le Trouillon. Aujourd’hui, il est appelé square Verlaine en souvenir du séjour que le poète effectua à la prison de Mons de 1873 à 1875. A l'époque, le côté champêtre de l’endroit était accentué par l’existence de plusieurs établissements où l’on pouvait venir déguster quelque collation ou pratiquer l’une ou l’autre activité de plein air, comme le tir à l’arc.

Mais le voûtement du Trouillon, devenu malodorant, et l'augmentation du trafic automobile sur le boulevard voisin a mis fin à ces activités récréatives. Après cela, le Trouillon passait en siphon sous le chemin de fer où il fournissait l'eau nécessaire aux locomotives puis atteignait le canal de Mons à Condé où il venait alimenter le premier bief.

Au fil des années, suite à divers problèmes de pollution, le Trouillon es t devenu un véritable cloaque en été et une source d'inondations en hiver ou lors des orages. Son voûtement s'est donc imposé au cours du temps. Pour des raisons d'hygiène évidentes le premer voûtement, vers 1875, eut lieu au boulevard Baudouin de Jérusalem (actuel boulevard Kennedy) le long de l'hôpital Saint-Georges (actuel CHU Ambroise Paré), soit entre l'avenue de l'Hôpital et la rue Valenciennoise.

La deuxième étape est le voûtement entre la rue Valenciennoise et le Haine. Il fut recouvert pendant la guerre 40-45 au moyen de briques provenant des ruines de la caserne Léopold, en grande partie détruite par les bombardements de mai 1940. Ajoutons que ces travaux permirent à de nombreux ouvriers d’échapper au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. Bien sûr pas d‘engins, chacun remontant son petit tas à l’étage de son voisin. Depuis, il contribue à l’égouttage des quartiers situés de ce côté de la ville.

La troisième étape, dans les années 1950, concerne la rue du Trouillon voûté et l'avenue Reine Astrid. La quatrième, qui prend place dans les années 1960, est le voûtement à la hauteur des rues Sainte-Barbe et Vilaine. Puis, en raison de l'urbanisation croissante du quartier, le débit d'eau est devenu de plus en plus important le long du boulevard Kennedy. Les eaux n'étant plus évacuées suffisamment vite pendant les orages, les quartiers bas (rues Valenciennoise, Fariaux, des Apôtres et des Pinsons) sont régulièrement inondés,. Dès lors, un vaste projet de recalibrage est mené à bien, par le remplacement du tronçon situé sur les terrains des extensions de l'Hôpital Ambroise Paré et la tour du Nursing.

La sixième étape a été de réaliser le raccord entre la rue Valenciennoise et l'avenue Maistriau. L'opération, supervisée par l'IDEA, Intercommale de Développement Economique et Agricole) s'est déroulée en trois étapes : d'abord, par le creusement en 2014 d'une canalisation de 3m5à sur 2m20, entre la rue Valenciennoise et le rue du Tir, ensuite, en souterrain, fonçage de deus canalisaations à l'aide d'un tunnelier de 2m50 de diamètre entre l'avenue Maistriau et la rue du Tir, et enfin jonction des deux (1).

1 Mons Ville Fortifiée, Ville Ouverte. S. Ghiste, F. Dubois, G. Jacob. 2019.

Photos :

Parcours du Trouillon depuis sa dérivation jusque dans les Pichepots. Extrait du plan Popp. 1888. Coll. de l'auteur.

La vanne de dérivation des eaux du Trouillon à partir de la Trouille. Photo de l'auteur. 2017.

Le Trouillon juste après sa dérivation depuis la Trouille. Photo Léon Losseau (09/09/1900). Coll. de l’auteur.

Le Curoir. CP oblitérée en 1908. Ed. W. Hoffman, Dresde. Coll. de l’auteur.

Parcours du Trouillon le long des boulevards. Extrait du plan de J. Hubert. 1880.

Le square de la prison (Verlaine). Carte postale oblitérée en 1912. Ed. Préaux, Ghlin. Coll. de l'auteur.

Le square de la prison (Verlaine). Carte postale oblitérée en 1928. Ed. L. William, Mons. Coll. de l'auteur.

Travaux préliminaires au voûtement du Trouillon, Photo A. Juve. 1941. Coll. de l’auteur;

Voûtement du Trouillon au boulevard Kennedy. Photo A. Juve. 1941. Coll. de l’auteur;

Photo A. Juve. 1941. Coll. de l’auteur;

Voûtement du Trouillon au boulevard Churchill. Photo A. Juve. 1941. Coll. de l’auteur;

Travaux en cours au square Verlaine. Photo A. Juve. 1941. Coll. de l’auteur;

Travaux d'assainissement boulevard Kennedy. Phot de l'auteur. 2015;