LES BOULEVARDS

La décision d'abattre les remparts de la ville a constitué une libération pour la population montoise. C'est la raison pour laquelle, à 'époque où ils furent planifiés, ils furent envisagés comme espace de détente et devaient servir principalement à la promenade – sacrée, le dimanche, pour les Montois – aussi bien à pied, à cheval qu'en voiture légère attelée. Á tel point que le charroi lourd y était interdit et devait s'effectuer uniquement sur la voirie intérieure, dite Grande Voirie ; il ne pouvait emprunter l'allée latérale du boulevard que pour desservir les habitations qui s'y trouvent. Déjà à l'époque, les nouveaux boulevards étaient divisés en trois allées sur une largeur totale de 40 à 45 mètres. L'allée centrale, en terre battue était réservée aux cavaliers et aux piétons ; elle faisait 8 mètres de large ; elle était bordée de chaque côté d'un terre-plein d'environ 6 mètres, planté de deux rangées d'arbres. Á l'extérieur des terre-pleins se trouvaient deux allées de 6 mètres, pavées et carrossables, permettant au charroi de desservir les habitations ; celles-ci étaient bordées chacune de larges trottoirs de 1,50 mètre.

Au plus long tronçon occupant le Nord-Ouest de la ville, de la place du Parc à la porte du Rivage, on avait donné le nom de l'empereur Charles-Quint en souvenir du fait qu’il était né dans les Pays Bas et qu'il y avait passé toute sa jeunesse, sous les préceptes de ses conseillers hennuyers. Ce boulevard débouchait sur la place de Bavière, nom donné en hommage à cette lignée de comtes de Hainaut, mais qui fut débaptisée après la première guerre mondiale pour les raisons que l’on devine. Ensuite, venait le boulevard de l’Industrie. On lui donna ce nom parce qu'il était prévu que c'était à cet endroit que devaient s'installer les futures usines. Ce dernier rejoignait la place d’Avesnes (porte de Bertaimont), ainsi baptisée en souvenir d'une autre lignée de comtes de Hainaut. Puis commençait le tronçon portant le nom de Jean d'Avesnes (1218-1257) comte de Hainaut réputé pour sa lutte victorieuse contre le clan des Dampierre ; mais qui prit, dès 1879, le nom de boulevard Dolez, en hommage à François Dolez, bourgmestre de Mons de 1866 à 1879 qui s’était spécialement fait connaître pour avoir, comme échevin et surtout comme bourgmestre, présidé aux transformations et agrandissements qui ont suivi le démantèlement des fortifications. (en 1919, on donna à la partie qui allait jusqu'à l'avenue Frère-Orban le nom des souverains Albert et Elisabeth).

 

Après la porte d'Havré, marquée par la place de Flandre, nom donné en souvenir des liens qui avaient unis longtemps les deux comtés, s'étendait le boulevard Baudouin de Jérusalem, 1065 - 1118, comte de Hainaut réputé pour avoir mené l’important contingent de la noblesse hennuyère à la première croisade. Puis venait la place Régnier au Long col, ( 850 - 915), fondateur de la première dynastie des comtes de Hainaut. C’est lui qui édifia la première fortification au sommet de la butte de Mons pour résister aux attaques des Normands. Enfin, à partir de la porte de Nimy, commençait le boulevard attribué à Baudouin le bâtisseur (1120-1171), surnom attribué à ce prince parce qu’il avait fait construire, pour protéger le frontière de ses états contre les entreprises des flamands et des brabançons, les châteaux d’Ath, de Braine le Comte ; et aussi parce qu’il il fortifia Binche et, enfin, donna à Mons une nouvelle enceinte.

On l’aura constaté, les édiles communales de l’époque voulaient manifestement rappeler à la population montoise les grandes figures qui firent jadis la réputation de la ville, mais la plupart, aujourd'hui ont disparu.

Naturellement, le long de ces nouveaux boulevards, priorité fut donnée à des constructions d’utilité publique dont la ville avait grandement besoin, tels que la gare, la prison, l’hôpital civil, la machine à eau, l’école normale (toutes deux dessinées par l’architecte Joseph Huber)t, le musée d’hygiène, le Tir communal, et, sur la petite ceinture, l’école de la rue des arquebusiers (1877 architecte Joseph Hubert) et celle de la rue des Arbalestriers (1883, architecte Louis Dosveld), sans oublier la plaine de manœuvre pour les militaires et, le long de la trouille, la première cité d’habitations sociales à Mons.

Cependant, la majorité des terrains libérés furent lotis et mis en vente. Ils furent très vite investis par les classes moyennes et aisées de la bourgeoisie montoise. Mais pas n’importe comment car la Ville adopta dès 1865 un règlement communal sur les bâtisses afin de fixer des règles précises quant à la construction des nombreux immeubles qui n’allaient pas manquer d’être mis en chantier sur ces nouveaux espaces, et ce afin d’éviter toute contestation et de concilier tant que faire se peut l’intérêt privé des habitants avec les exigences de sûreté, de sécurité et de salubrité publique, sans pour autant oublier l’embellissement de la ville. Par exemple, le conseil communal ajouta dans ses prescriptions l’obligation pour toute construction faite le long des boulevards une hauteur minimum de 12 mètres pour les façades à deux étages et 10 mètres pour celles à un étage et un attique afin de « créer un espace grandiose et donner une impression de monumentalité et de richesse. »

En cent ans, à part leur revêtement qui de sable passa aux pavés puis au tarmac ; certains alignements d’arbres et les voies de tram qui apparurent puis disparurent ; leur aspect n’a pratiquement pas changé depuis. Jusqu’en 1974, où la ville, ayant cédé l'assiette des boulevards à l'État, celui-ci entreprend des travaux et instaure un sens unique. Un viaduc doublant celui de Jemappes et une série de tunnels routiers sous les principaux carrefours (qui virent disparaître leur rond-point) sont construits dans le cadre général de ce nouveau plan de circulation autour de la ville. Les travaux successifs durèrent jusqu'en 1987. A noter que la pierre terminale de la fontaine garnissant le cour Dolez couvrant le boulevard ne fut posée qu’en décembre 1992. Conséquemment à la création de la bande centrale et des tunnels, il devint nécessaire, pour plus de clarté, de modifier le nom des rues situées de part et d'autre du « ring » (1978).

Suite à la création de la Société Anonyme des Chemins de Fer Vicinaux Montois à qui fut confiée l’exploitation du chemin de fer routier autour de Mons, trois lignes partant de la gare de Mons furent créées : une vers Nimy - Maisières et Casteau, ouverte en 1887 ; une vers Ghlin, et une vers St Symphorien, inaugurées toutes les deux en 1888. Elles furent installées sur les terre-pleins extérieur des boulevards, ce qui nécessita l'abattage d'une des deux rangées d'arbres.. Ce ne fut le cas qu'à partir de 1894 pour celle longeant les boulevards via le rond-point de Bavière (Place des Alliés), puis le boulevard de l’Industrie (Sainctelette) jusqu’à l’avenue d’Hyon. Ce mode de transport fut supprimé en 1972 pour être remplacé par des lignes de bus, jugées, alors,plus souples et moins coûteuses.

Photos :

Le boulevard Charles-Quint nouvellement créé. Photo vers 1870 ; FAPMC .

Le boulevard de l'Industrie vers 1900. Carte postale. Coll. de l'auteur.

Le boulevard Dolez vers 1900, Carte postale. Coll. de l'auteur.

Le même boulevard Dolez vers 1900, Carte postale. Coll. de l'auteur.

Le boulevard Baudouin de Jérusalem, nouvellement d'Italie vers 1920, Carte postale. Coll. de l'auteur.

Place Régnier au long Col. Carte postale des années 20 – 30. Ed. Nels. Coll. de l'auteur.

Place des Chasseurs à pied. Carte postale des années 40. FAPMC.

Le tram quittant le boulevard Charles-Quint.Photo anonyme des années 60. FAPMC.

Le tram au boulevard Kennedy. Photo anonyme des années 60. FAPMC.

BOULEVARD JOHN F. KENNEDY

Lors de la création des boulevards en 1865, on donna au tronçon allant de la place de Flandres à la place Régnier au Long Col le nom de boulevard Baudouin de Jérusalem (1065 – 1118), comte de Hainaut réputé pour avoir mené l’important contingent de la noblesse hennuyère à la première croisade. Après la première guerre mondiale, il prit le nom de boulevard ds Etats-Unis en reconnaissance de l'aide apportée par ce pays dans le conflit. En 1963, suite à la mort tragique de John Fitzgerald Kennedy, les autorités de la ville décidèrent de lui dédier ce boulevard.

Le principal établissement qui borde celui-ci est le CHU Ambroise Paré. Voici son histoire : Après la Révolution de 1789, une Commission des Hospices et Hôpitaux de la ville fut créée aux fins d’assurer une gestion plus centralisée des différentes institutions, généralement religieuses, qui existaient jusque là à Mons. Il fut alors décidé de réunir les hôpitaux de St Nicolas et des Sœurs Grises, et de les installer dès 1805 dans l’ancienne abbaye du Val des Écoliers sous l’appellation d’Hôpital Civil. Ce nom fut spécialement choisi pour bien le différencier de l'ancienne organisation religieuse, et la gestion fut confiée à la Commission d'Assistance Publique (devenue aujourd'hui le C.P.A.S), bien que ce soit toujours des sœurs hospitalières qui assuraient la prise en charge des malades.

En 1840, la maternité, l’école d’accouchement et le service aux syphilitiques, jusque là installés un peu plus loin à la rue du Rivage, rejoignirent les installations de l’ancienne abbaye. Mais celles-ci se faisant, avec le temps, trop exigües, vétustes et assez précaires, particulièrement après l’effondrement de la voûte de l’église abbatiale qui, heureusement, ne servait que de dépôt, la Commission décida de construire un nouvel hôpital sur les terrains libérés par la démolition des fortifications. Les malades y furent transférés en 1875, mais la maternité et l’école d’accouchement restèrent encore quelques années dans l’ancienne abbaye, jusqu’en 1890, date à laquelle elles emménagèrent rue de la Grosse Pomme à coté de l’hospice de la Grande Aumône.

Les plans du nouvel hôpital, construit de 1869 à 1875 sur les terrains que la ville s’était réservés après la démolition des fortifications, furent élaborés par l’architecte de la ville, Joseph Hubert, qui apporta le plus grand soin à sa construction en lui donnant un style particulièrement recherché et en utilisant des matériaux que l’on qualifia d’ailleurs de trop luxueux, mais surtout en veillant à apporter aux aménagements spécifiques à la fonction hospitalière ce qui se faisait de mieux à l’époque, notamment en France et en Angleterre. L’édifice était composé de deux ailes s’étendant de part et d’autre d’un corps central, qui se terminaient chacune par trois pavillons affectés aux divers services des malades bien séparés les uns des autres. Il avait été conçu pour accueillir 300 malades dans des chambres communes de 20 à 26 lits. Fait nouveau, il était entouré d’un vaste jardin.

En même temps que l'Hôpital, une école d'Infirmières fut érigée dans la même enceinte – elle communiquait avec l'Hôpital par un passage souterrain qui ne disparut qu'après l'an 2000, lors des grands travaux actuels.

Le pouvoir communal était tellement fier de cette réalisation qu’il donna à la rue qui y menait le nom de rue de l'Hôpital (depuis 1980, ramenée à la partie située à l'extérieur du boulevard). Il fut un temps où les Montois prirent aussi l'habitude de nommer cette partie du boulevard : boulevard de l’hôpital.

Cet hôpital fut démoli à partir de 1953 (une aile subsista jusqu’en 1979-80) pour faire place à un nouvel hôpital qui prit le nom "d'Hôpital Saint-Georges", en hommage au Patron de la Ville de Mons. Son inauguration eut lieu en mai 1958. (Architecte Van Riel). A cette époque, Le nouvel édifice ne comportait que 3 ailes – deux d'hospitalisation et une réservée aux locaux techniques d’intervention médicale. Ce n’est qu’entre 1965 et 1980 qu’on lui adjoignit deux ailes supplémentaires, pour augmenter le nombre de lits et répondre à l’évolution des technologies dans le monde médical. De manière concomitante, une nouvelle école d'infirmières fut érigée aux frais de la Province de Hainaut à proximité immédiate de l'hôpital. La transformation de l'Hôpital Civil à l'Hôpital Saint-Georges marque aussi le passage de l'Institution dans la sphère d'influence de la Faculté de Médecine de l'Université Libre de Bruxelles.

Plus tard, et profitant de l'opulence qui règne dans le système de santé belge entre 1965 et 1985, l'Institution s'octroie 200 lits supplémentaires et s'agrandit de deux ailes (1975 et 1985). Un vaste parking est aménagé à l'arrière et se pare d'un héliport. Au total une équipe de plus de mille personnes anime cet immense complexe. Au début des années 1990, la gestion de l'Institution passe des mains du C.P.A.S. à celles d'une Société Coopérative Intercommunale qui étend sa propriété aux bâtiments de l'ancien Sanatorium de la rue de la Cure d'Air, sous le nom d’ "Hôpital Ambroise Paré", en hommage au chirurgien de la cour de France qui, en 1570, sauva d’une mort assurée le jeune marquis d’Havré, par des soins éclairés. En 1998, l'hôpital s'adjoint le titre d'hôpital " Universitaire ", lors de l'attribution par l'Université de Bruxelles, de 20 lits universitaires dans le secteur Pédiatrique.

En 2003 débuta un vaste chantier de construction d'une nouvelle aile destinée à abriter de nouveaux blocs opératoires ainsi que celle d'un parking couvert de 350 places. Notons que pour permettre la construction du parking, en février 2004, il fallut procéder au détournement de l’ancienne canalisation du Trouillon. En 2009, le Centre Hospitalier Universitaire Ambroise Paré et le Centre Hospitalier Psychiatrique le Chêne aux Haies ont uni leurs destinées au sein de la même intercommunale. Désormais, ce sont plus de 1.800 membres du personnel, auxquels s'ajoutent près de 300 médecins, qui oeuvrent au quotidien pour le bien-être et la prise en charge des patients de Mons et du Borinage. Il est le principal employeur de la ville.

Á côté de l'hôpital, la Province de Hainaut a fait élever, en 1969, une haute tour de 17 étages pour abriter l'école de Nursing ou Institut d'Enseignement Secondaire Paramédical Provincial (IESPP) Ce fut de loin la plus haute construction (72 mètres) jamais vue à Mons en dehors du beffroi.

peine trente ans plus tard, il fallut fermer le pensionnat, le bâtiment ne répondant plus aux normes de sécurité incendie, de plus la technique de flocage d'amiante imposée dans les années soixante ne donnait plus toutes les garanties.Le démontage de la tour de Nursing, préféré à une simple démolition a été décidé. Cela se fit en deux temps : le désamiantage - 300 tonnes de déchet contaminés - qui prit toute l'année 2002 puis le démontage proprement dit de l'ossature métallique, en 2003 1.

La création d'une école destinée à l'apprentissage des méthodes obstétricales à Mons résulte en fait d'un contexte social particulier et de l'intérêt que, dès la fin du XVIIIe siècle, on manifeste à l'égard des questions médicales. A l'initiative d'un médecin de Saint-Ghislain, Pierre-François Brogniez, les Etats du Hainaut inaugurent en 1775 la première tentative d'enseignement obstétrique dans la province: des cours publics et gratuits d'accouchement à l'intention des médecins et des sages-femmes de la région. Suspendus pendant la Révolution française, ces cours reprennent en avril 1801. Une vingtaine d'années plus tard, en mai 1824, la législation hollandaise autorise l'ouverture à Mons d'une école de chirurgiens, de pharmaciens et de sages-femmes. En 1830, seule la section pour accoucheuses continue à fonctionner et est déplacée à l'hôpital civil en 1840. Les études d'accoucheuses sont réorganisées en 1885 et dispensées sous la dénomination «Ecoles provinciales d'enseignement pour les sages-femmes» à partir de la rentrée scolaire de 1886.

En 1906, la province de Hainaut introduit une formation d'infirmière dans le programme des cours de ses ateliers d'apprentissage installés à la rue des Sars. Le diplôme d'infirmière est institué après la première guerre mondiale qui intensifie et précise les besoins en matière de soins médicaux; l'internat devient obligatoire. A la fin de la deuxième guerre, le programme est à nouveau modifié et l'école provinciale devient autonome. En 1951, les écoles d'accoucheuses et d'infirmières fusionnent et, six ans plus tard, l'institution prend le nom de «Écoles provinciales de Nursing». En 1987, l'Institut d'enseignement secondaire paramédical provincial est encore séparé des sections de l'enseignement supérieur.

Actuellement, l'école de Nursing de Mons est mixte. Elle regroupe l'enseignement secondaire professionnel et technique et l'enseignement supérieur, soit près de mille cinq cents étudiants! Un record jamais égalé puisqu'en 1980, l'école n'en comptait que la moitié. Si l'extension des locaux dont elle dispose depuis 1982 a joué un rôle dans cette explosion spectaculaire d'inscriptions, il semble aussi qu'il y ait actuellement un regain d'intérêt pour la profession d'infirmier(e). 2

Sur le même boulevard, mais dont l'adresse se situe à l'avenue du Tir s'étire le long bâtiment des Ursulines. Celles-ci, suite aux importants dégâts provoqués par les différents bombardements visant (mal) la gare, et suite à reconstruction jugée impossible des bâtiments de la rue des Ursulines et aussi vu que la superficie disponible était devenue trop étroite pour encore servir de cadre au développement pédagogique contemporain, les soeurs furent amenées à procéder à l’achat de ce vaste terrain le long du Boulevard Kennedy (alors des Etats-Unis). En juin 1954 eut lieu la pose de la première pierre, et en 1957, eut lieu la première rentrée dans le “bâtiment jaune ”. Malheureusement, faute de place, les classes primaires furent maintenues à la rue de Nimy. Elles ne s’installeront à l'Avenue du Tir qu'en septembre 1968. Actuellement, « l'École des Ursulines » abrite des sections maternelles, primaires et secondaires, ainsi qu'un institut technique..

A côté, se trouvent, installées dans un bâtiment de 7 étages, l'Académie Provinciale des Métiers et l'École de Promotion Sociale Léo Collard.

Valéry SaintGhislain . 2002. Journal le Soir.

2  Marie-Hélène Paternottre. 1994. Journal Le Soir.

 

Photos :

L’hôpital Civil. Gravure en perspective. Coll. de l’auteur.

L’hôpital Civil, façade principale. Carte postale non datée.. Edition De Graeve. Coll.de l’auteur.

L’hôpital Civil, l'aile gauche.Carte postale. FAPMC.

L'hôpital Saint-Georges. Carte postale non datée. Ed. Thill,

Bruxelles. Coll. de l'auteur.

Le Nursing, juste avant sa destruction en 2002.Photos Michel Manderlier.

Vue aérienne de l'École des Ursulines, fin des années soixantes. FAPMC.

Le centre éducatif « Léo Collard ».Photo Google Map.

 

DIGUES DE LA TROUILLE (DE CUESMES - PEUPLIERS – RUE DE L'EPARGNE)

Pourquoi avoir rejeté la rivière en dehors de la ville ? Il y a diverses raisons. Sur son long parcours (environ 2.300 mètres) au travers de la ville basse, la Trouille remplit au cours des siècles de multiples fonctions : elle assurait l’alimentation en eau domestique des ménages montois habitant à proximité, mais aussi les besoins des petites industries locales : moulins, étuves, brasseries, blanchisseries, teintureries et … viviers à poissons. Sans oublier, en aval de la ville, le transport de marchandises qui remontait jusqu’au quartier du Rivage. Mais avec le temps, toutes ces activités polluantes rejetaient de nombreux résidus et débris dans le cours d'eau, sans parler des particuliers de plus en plus nombreux qui y avaient raccordés - avec l’autorisation des pouvoirs communaux, mais à leurs frais - leurs égouts, parfois sur d’assez longues distances. C’est dire que pendant les périodes de faibles précipitations, les abords du cours d’eau dégageaient de fortes odeurs nauséabondes dont les montois se plaignaient de plus en plus.

A l’opposé, un des inconvénients majeur du passage de la rivière dans la ville résidait dans la répétition d’inondations dont le bas de la ville avait régulièrement à souffrir. Elles étaient dues surtout au manque d’entretien du cours d’eau, par manque de coordination ou désintérêt de la part des riverains, et ce malgré les réglementations successives établies à ce propos par les pouvoirs publics. Dans le même temps, l’alimentation de la ville en eau potable, devenait de plus en plus difficile à assurer. En 1849, 1859 et 1866 des épidémies de choléra survinrent au sein de la population montoise, probablement dues à la qualité médiocre de l’eau.

La situation à partir des années 1850 étant devenue intenable, et cela en raison du volume d’eau de plus en plus important soutiré en amont de la cité par le biais du Trouillon, eau que l’on destinait à l’alimentation du canal de Mons à Condé, ouvert en 1818. Si, dans un premier temps, la Ville avait proposé de rendre à la rivière toutes ses eaux en supprimant ce captage en amont de façon à maintenir à l’intérieur de la ville les industries qui bordaient la Trouille, et assurer l’assainissement des quartiers populeux qu’elle traversait en leur apportant de nouveau une eau saine et suffisante. (Cette solution offrait aussi à la Ville l’avantage d’éviter la construction coûteuse d’un réseau d’égouts et la mise en place d’une distribution d’eau, plus onéreuse encore). Mais la position de l’État était toute différente, et celui-ci imposa à la Ville le détournement de la rivière dans les fossés extérieurs, et la construction dans le lit intérieur d’un égout collecteur ainsi qu’un aqueduc d’alimentation d’eau 1.

On profita de la démolition en 1865 des fortifications (dont les fossés servaient aussi à récolter les eaux usées), pour lancer le projet de détournement de la rivière en dehors des murs, projet nécessairement combiné à l’installation d'un collecteur dans son ancien lit et sa liaison, au fur et à mesure, aux différentes voiries environnantes afin d’en récolter les eaux pluviales et ménagères. (Il remplit toujours son office de nos jours).

Le 31 mars 1872, la Trouille pouvait s’écouler dans son nouveau lit et, en avril 1873, les travaux d’aménagement se terminaient sans avoir causé de bouleversements importants dans le tissu urbain.

Parallèlement, le projet de l’ingénieur Drion visant à doter la cité d’un réseau de distribution d’eau fut accepté par le Conseil Communal. Celui-ci prévoyait de capter l’eau de différentes sources situées à Spiennes, de l’amener par gravité jusqu’au boulevard où un appareillage la refoulerait vers un château d’eau à installer au sommet de la colline, d’où partiraient les canalisations de distribution. La mise en service en avril 1872 de ce réseau de distribution d’eau fit de Mons une des premières villes de Belgique à en être équipée.

Voilà ce qui amena à décider d'entreprendre ces travaux gigantesques du détournement de la Trouille en dehors des murs de la ville. Reprenons donc son nouveau parcours : après avoir traversé à la sortie du village d'Hyon les larges prairies qui constituèrent, jusque dans les années soixante, son écrin. Avant d’atteindre les boulevards, elle longe d'abord sur sa gauche la cité du Bureau de Bienfaisance (construite en 1885 sur les plans de l’architecte H. Genard, qui remporta pour celle-ci la médaille d’or à l’exposition de Paris de 1889). Juste après la cité, elle passait entre les avenues des Guérites et du Pont Rouge, notamment devant la brasserie de Georges Vanderwalle, successeur de léon Gourlet, brasserie qui ferma ses portes en 1914. A l'extrémité de ces avenues, elle passait sous un pont dit le Pont Rouge, qui, déjà du temps du chemin de ronde longeant les fortifications, permettait le passage au-dessus de la rivière.

De là, elle formait un coude, vers la « Machine à eau », mais avant cela, elle longeait l' « Abreuvoir », bassin de natation à ciel ouvert alimenté par les eaux de la rivière, qui avait été créé en 1873 pour encourager, particulièrement auprès de la classe populaire, la pratique de la natation. Son accès était gratuit, mais, un temps, il fallut partager ce dernier avec les chevaux de cavalerie de la garnison (d'où son nom) qui venaient s'y abreuver, car, à l’origine, il n’existait aucune séparation entre l’abreuvoir et le bassin si ce n’est une chaîne métallique supportée par un poteau placé au milieu. Cela ne dura pas car ayant constaté que le renouvellement et l’écoulement des eaux étant trop lents, le fond du bassin s’envasait régulièrement et accumulait les déchets, aussi, des travaux d’aménagement et d’amélioration comprenant la construction d’une séparation entre les deux parties du bassin, de murs de bordure pour remplacer les talus, enfin le pavage du fond, eurent lieu en 1882. Plus tard, lorsque l’abreuvoir proprement dit eut disparu, on a continué d’appeler ce bassin de natation : bassin du Pont Rouge ou de l’Abreuvoir.

A partir de l'abreuvoir, la rivière formait un coude vers la gauche et venait affronter le barrage déversoir destiné à réguler son cours et en dévier une partie, d’abord vers son ancien parcours désormais voûté afin d’assurer un débit sanitaire à ce qui était devenu un égout, tandis que l'autre était dirigée vers la roue à aube qui actionnait la machinerie destinée à refouler les eaux de sources arrivant par gravité depuis Spiennes, vers les réservoirs creusés sous le square du beffroi, 43 mètres plus haut.

Cette machinerie était constituée d’une roue à aubes de 4m80 de diamètre entraînant une série de roues à engrenages qui actionnaient un jeu de bielles reliées aux pistons de deux pompes hydrauliques. Cette roue, entraînée par le dessous, « spittait » abondamment derrière un vitrage de protection, au grand plaisir des montois qui venaient assister à ce spectacle. Elle pouvait élever jusqu’à 2.000 mètres cube d'eau par jour. Lorsque le débit de la rivière le permettait, aussi était-elle doublée d’une machine à vapeur de 45 chevaux, de 12 mètres de longueur totale, actionnant un volant d’inertie de 5 mètres 80 de diamètre qui entraînait à son tour un piston de 39 centimètres de diamètre et de 1 mètre de course, qui était capable d’élever plus de 4.000 m³ par jour. Lorsque la demande était forte les deux installations travaillaient ensemble.

Quelques années plus tard, en 1898, pour répondre à la demande toujours grandissante, une seconde pompe hydraulique, avec sa propre machine à vapeur, fut installée à côté de la première pour traiter les eaux d’une seconde source, elle aussi située à Spiennes. Ce qui explique qu’il y a deux cheminées visibles sur le document ci-dessous (la deuxième est visible tout-à fait à droite, derrière l’arbre).

En 1928, la première pompe à vapeur (et sa cheminée) fut démantelée pour être remplacée par quatre groupes moto-pompes centrifuges électriques qui refoulaient 10.800 m³ par jour d’eau jusqu’au réservoir situé dans le parc du beffroi par une conduite de 500 mm de diamètre, puis au fur et à mesure du développement de la demande - et des fuites dans le réseau de distribution - des groupes de pompes de plus en plus puissants furent utilisés. La roue à aubes fut désaffectée en 1961, en même temps que disparaissait la dernière cheminée. L’installation fut définitivement arrêtée et démantelée en 1974, lors de la construction au sommet de la colline du Bois de Mons d’un nouveau réservoir de 6.000 m³ alimenté par de nouvelles installations de pompage situées à l’avenue Gouverneur Cornez.

Mais fort heureusement, le très joli bâtiment qui abritait les machines nous est resté. Il est dû à l’architecte montois Joseph Hubert qui donna là une des premières constructions à charpente métallique de la ville, le plus remarquable étant les deux pignons à parois de verre qui éclairaient le grand hall central. Le site, classé en 1977, fut acquis en 1984 par la Banque Nationale qui, désireuse de profiter d’un emplacement exceptionnel, trouvait là, en contre partie, l’occasion de faire œuvre de mécénat et contribuer à part quasi égale avec la région Wallonne à la sauvegarde d’un élément significatif du patrimoine architectural wallon. Elle construisit à l’arrière, à l’emplacement de l’ancien bassin de natation, son siège provincial, dans un style rappelant celui de la construction du XIXe siècle, dont l’’ensemble des bâtiments fut complètement rénové en 1992 – 1994. Acquis en 1996 par la ville, il fut destiné à abriter des expositions temporaires et des animations culturelles organisées par celle-ci. A l’approche du centenaire de la bataille de Mons, décision a été prise de lui adjoindre des ailes complémentaires pour en faire le Mons Memorial Museum.

Mais que devenaient les eaux de la Trouille ? Après avoir franchi le barrage et ses quatre vantelles permettant de réguler leur débit, elles dévalaient en une cascade bruyante les cinq gradins du déversoir, qui avaient été installés pour en casser la force. Avec une telle oxygénation, les poissons étaient, d'ailleurs, nombreux à cet endroit, et, depuis la passerelle, les membres du personnel ne se privaient pas de tenter leur chance.

De là, elles étaient dirigées vers l’avenue d’Hyon, par la rue de l'Epargne ; puis vers l’avenue de France par la Digue des Peupliers ; et enfin, par la digue de Cuesmes (où les premières maisons ne furent construites qu’en 1913 ; en 1914, il y en avait 9, mais la guerre fit reporter toute nouvelle construction) vers Jemappes où elles allaient rejoindre le nouveau cours de la Haine. Remarquons que ce parcours le long des faubourgs formait de nombreux zig-zag tout simplement parce qu’à l’époque, on avait été obligé de suivre le contour des fossés des anciennes fortifications dont les fondations étaient, et sont toujours, présentes dans le sous-sol.

En 1962, les installations de la machine à eau étant devenues obsolètes, on profita de la réorganisation du système de pompage de l’eau de ville pour donner au cours de la rivière un tracé plus direct, en partie couvert, depuis l’ancien pont du chemin de fer vicinal à l’entrée d’Hyon (aujourd’hui disparu) jusqu’à l’avenue de France, devenue entre-temps Charles de Gaulle, où elle retrouve son lit de 1872. L'ancien tracé, recouvert, fut converti en collecteur d'égouts.

1 Mons au fil de l'eau (1830-1914).Laurent Honnoré.2005.

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Photos :

La Trouille à l’entrée d’Hyon. Carte postale non datée. Ed. Préaux. Coll. de l’auteur.

Les prairies du Joncquois. Carte postale oblitérée en 1904. Ed. Wilhelm Hoffman. Coll. de l’auteur;

La Trouille à son arrivée à Mons. Carte postale non datée. Ed. Nels. Coll. de l’auteur.

Plan montrant la situation du bassin de l'abreuvoir par rapport à la Machine à eau.

L’abreuvoir, situé à proximité de la machine à eau. Carte postale datée de 1901. Ed. DVD. Coll. de l’auteur.

Le barrage déversoir derrière la Machine à eau. Carte postale oblitérée en 1908. Ed. Lichterteins. Coll. de l’auteur.

La façade de la Machine à eau. Carte postale oblitérée en 1903. Ed. Vanderauwera. Coll. de l’auteur;

L’intérieur de la Machine à eau. Carte postale oblitérée en 1909. Ed. Th. Vandeneuvel. Coll. de l’auteur;

La cascade de la Machine à eau. Carte postale oblitérée en 1908. Edition A. Duwez-Delcourt. Coll. de l’auteur.

Curage et renforcement des berges à la digue de Cuesmes. Photo FAPMC;