RUE DE BERTAIMONT

Comme l'atteste un cartulaire du XIIIe siècle, cette rue doit son nom à la famille de Bertainmont ou Bertaimont. Mais, déjà au XIIe siècle, tout le quartier s 'étendant sur la rive gauche de la Trouille, particulièrement le long de l'ancienne chaussée romaine, portait ce nom. Lorsque le comte Jean II d'Avesnes décréta l'agrandissement de Mons, il incorpora dans la cité une partie de ce territoire, le reste demeura en dehors de l'enceinte fortifiée et prit alors le nom de faubourg de Bertaimont.

C'est ce qui explique que la toute première église paroissiale de Saint-Nicolas en Bertaimont, en fait une simle chapelle consacrée en 1227, se situait en dehors des murs de la cité, à la jonction des chemins d’Hyon, de Cuesmes et de la route vers la France, au lieu dit le Trieu, qui s 'était progressivement urbanisé. Malheureusement, dès la construction de l’enceinte fortifiée de Mons, ce secteur devint stratégique de par sa proximité avec le mont Héribus et par la faiblesse de l’inondation que l’on pouvait provoquer à cet endroit. Ce qui fait que c’était immanquablement de ce côté que l’assaillant portait ses attaques lors des sièges autour de la ville. C'est pourquoi elle fut démolie en 1668-1673 pour être remplacée 10 ans plus tard, par une nouvelle église mais bâtie, cette fois, sous le couvert des remparts, juste à côté de la porte de la ville. On réutilisa natrellement les matériaux provenant de la démolition de la précédente. Une chapelle abritant un « Bon Dieu de Pitié », qui était celle du cimetière de cette paroisse, permet encore de nos jours de localiser l’emplacement de cette première église.

Signalons qu’à cette époque, la porte de Bertaimont était située plus en avant que celle bâtie par les Hollandais en 1819, ce qui veut dire que cette deuxième église se situait à peu près au milieu de l’actuelle avenue Jean d’Avesnes à l'endroit du parking de la banque. En 1794, Le curé de la paroisse ayant refusé de signer la constitution civile du clergé lors de l’occupation par les armées de la République, l’église fut fermée en représailles, et vendue en 1799 comme bien national à un marchand de matériaux qui la rasa complètement pour revendre les matériaux. Quelques années plus tard, lorsque le culte catholique fut rétabli (en 1803), on récupéra l’église de l’ancien couvent des Récollets située pas très loin de là pour en faire l’église paroissiale. C’est celle que nous connaissons aujourd’hui, mais avant d’aller plus loin, un mot sur cette congrégation dite des Récollets.

Ayant adopté en 1623 l’observance de la réforme dite de « récollection », exigeant la seule pratique de la contemplation et de l’ascétisme, les moines franciscains de Mons (également appelés les Frères Mineurs) et leur couvent ne furent dès lors plus connus que sous ce vocable. Ils s‘étaient installés en 1238, à peine quelques années après la mort de François d’Assise, le fondateur de l’ordre sur un pré, dit du Joncquois, que leur avait offert la comtesse de Hainaut , Jeanne de Constantinople et où ils construisirent un petit couvent, puis une église, qui fut consacrée en 1253. Au cours des XVe et XVIe siècles le couvent fut rénové et agrandi à diverses reprises, mais au cours du siège de Mons par les troupes de Louis XIV en 1691, l’église fut en partie détruite par un incendie provoqué par le tir de boulets chauffés au rouge. Seul le chœur et le portail furent préservés, mais la nef fut reconstruite, plus large, dès 1695. Lors de la Révolution Française, comme tant d’autres, le couvent, fut supprimé en 1796. L’église servit alors d’entrepôt tandis que les bâtiments conventuels abritèrent une filature de coton, jusqu’à leur démolition vers le milieu du XIXe siècle. Mais l’église subsista.

A remarquer qu’au début du XXe siècle, il fallait, pour accéder au parvis de l’ancienne église conventuelle, franchir une grille dont les vantaux s’accrochaient à des piliers massifs présentant en façade une colonne engagée montée sur un haut piédestal et coiffés d’un lourd chapiteau surmonté d’un pot à feu. Vestiges typiquement baroques probablement contemporains de la reconstruction de l’église à la fin du XVIIe siècle. Depuis, ils ont disparu en même temps que les maisons attenantes, notamment celle de gauche dont la façade présentait une structure à colombage la faisant remonter au XIVe ou XVe siècle.

Mieux connue sous le nom d’église Notre-Dame de Messines en raison du culte rendu depuis 1622 à une représentation d’une Vierge à l’enfant provenant du monastère des Bénédictins de Messines, près d’Ypres, on oublia finalement tout de l’ancienne dénomination de Saint Nicolas en Bertaimont pour ne plus conserver que cette appellation, qui se transposa d’ailleurs à tout le quartier, et qui devint officielle en ...1992..

De 1857 à 1862, fut entreprise une importante rénovation qui vit apposer une nouvelle façade de style néo –classique sur celle existante, et la construction d’un nouveau clocher carré, lui donnant la silhouette que nous lui connaissons toujours, à part les abat-sons et une flèche en forme de clocheton qu’on lui a rajoutés par la suite. Seul subsiste donc de l’église du XIVe siècle le chevet de style roman différencié par une moindre largeur par rapport à la nef du XVIIe siècle. Voir ci-dessous.

Derrière l’église, s’est développé à l’emplacement des anciens jardins du couvent des Récollets et celui du cimetière de St-Nicolas en Bertaimont, un quartier constitué principalement d’entreprises, d'entrepôts, de garages, de quelques maisons qui, au fil du temps, devinrent relativement vétustes, insalubres et dégradées, à un point tel que la ville, souhaitant mettre l’accent sur une densification de l’habitat à l’intérieur des boulevards, envisagea dès 1975 sa démolition complète en vue de la construction d’un ensemble homogène destiné à l'habitat. Les travaux, signés par l’architecte Pierre Farla, durèrent de 1976 à 1989. et l'inauguration eut lieu le 21 juin 1997.

A noter qu'au n° 33-35 de la rue de trouvait une brasserie dont les origines sont très anciennes puisqu’elle remonte à celle qui dépendait du couvent des Récollets dont l’installation dans notre ville date de 1238. Le couvent fut supprimé Lors de la tourmente révolutionnaire et la brasserie rachetée par un certain Waroquier qui la céda par la suite à un Mr Paternostre. Vers 1870, elle fut reprise par Gustave Paulet, déjà propriétaire d’une importante malterie doublée d’un commerce de grains pour brasseurs. Le bâtiment principal d cette entreprise fut reconstruit après le gigantesque incendie qui ravagea la brasserie en 1908. Il se trouvait en plein milieu du quartier formé par les rues de Bertaimont, de la Trouille et des Arquebusiers, avec une issue carrossable donnant sur celle-ci.

Plus tard elle prit le nom de « Grandes brasseries du Hainaut ». Puis, pour des raisons techniques, une partie de ses activités fut transférée dans de nouveaux locaux situés au n°101 de la chaussée de Binche, et c’est tout naturellement qu’à la fin des années vingt, elle fusionna avec sa voisine, la brasserie Segard pour former la « SA Brasserie Labor-Hainaut réunies ». Le bâtiment de la rue de Bertaimont, délaissé, fut occupé un temps par une loge maçonnique, avant d’être démoli lors de la reconstruction du quartier de Messines en 1980.

Au numéro 22 de la rue de Bertaimont se trouvait ,et se trouve toujours, le couvent des Pauvres Sœurs. Cette congrégation hospitalière a été fondée en 1351 par Béatrix Du Pont, « souveraine » du Béguinage, qui lors de la « grande peste noire » de 1348 dona une maison située au béguinage de Cantimpret à neuf filles, « pauvres volontaires » qui choisirent de se vouer aux soins des malades et de ne vivre que d'aumône. Comme ces neuf volontaires, pauvres, vivaient ensemble, en sœurs, leur nom fut tout trouvé, elles devinrent « Les pauvres Sœurs ». En 1484, leles choisirent la règle de Saint Augustin avec l'accord de l'évêque de Cambrai, .et firent des vœux solennels de religion, mais tout en continuant à s'occuper exclusivement des personne malades ou vieillissantes.

C’est pour cette raison que la congrégation des Pauvres Sœurs est parvenue jusqu’à nos jours au travers de la Révolution Française, parce qu'elle fut reconnue comme œuvre d’utilité publique par l’autorité occupante. Plus tard, un décret impérial du 15 novembre 1810 approuva et reconnut leur institution. Mais la maison et les dépendances qu’elles occupaient au Béguinage furent démolie en 1817 lors de la construction des nouvelles fortifications hollandaises. Les soeurs vinrent, dès lors, occuper l’ancien refuge de l’abbaye d’Hautmont situé à la rue de Bertaimont, sur l’emplacement duquel elles firent élever, de 1864-1866, de vastes bâtiments à front de rue que l’on distingue au fond à droite sur cette vue des années 1920. Malheureusement, ceux-ci furent fortement endommagés par les bombardements de mai 1940 et durent être entièrement reconstruits. Depuis, restées fidèles à leur charisme d'origine, elles continuent d'assurer le service des malades et des pauvres.

En 1922, avec la création de l'asbl Providence des Malades, la Congrégation des Sœurs Pauvres de Mons s'est séparée de toutes ses institutions et implantations physiques où elle a essaimé en Wallonie: hôpitaux, maison de repos et de soins, écoles d'infirmières... Elle a néanmoins conservé des positions pour la gestion de ces sites via une présence au conseil d'administration, et l'implantation montoise est toujours aujourd'hui sous contrôle direct de la congrégation.

A Mons, via l'asbl Congrégation des Pauvres Sœurs, fondée en 1996, sont regroupés une maison de repos de 115 lits agréés, dont plus de la moitié occupés par des handicapés, deux résidences-services (30 studios/appartements) ainsi qu'un centre d'accueil de jour pour une quinzaine de personnes. L'organisation fait travailler au quotidien une centaine de personnes ainsi qu'une trentaine de bénévoles pour les services d'accueil.

Via l'asbl-sœur Le Foyer Saint-Augustin, toujours dans le quartier de Messines, les Pauvres Sœurs, soutenues ici encore par des dizaines de bénévoles, assurent la distribution de colis-repas (plus de 6.000 l'an dernier au bénéfice de 15.000 personnes!), un vestiaire, une brocante quasi permanente, l'accueil de plus en plus régulier de migrants, sans parler de la gestion de sept logements sociaux dans la ville, en partenariat ici avec d'autres opérateurs. C'est peu dire la place, certes très discrète, qu'occupe dans la ville cette congrégation hospitalière au service des plus fragilisés d'entre nous.1

A noter : les rails du vicinal ont été posés en septembre 1915 pour prolonger la ligne venant de Frameries jusqu’à la Grand Place. Le 3 décembre, le courant fut branché sur la ligne aérienne et les premiers essais qui eurent lieu se montrèrent concluants malgré un petit déraillement qui fut réparé immédiatement.

1 Hugo LEBLUD (Cathobel)

Photos :

Implantation du couvent des Récollets. Extrait du plan Goffaux.1828.

L'ancien couvent des Récollets. Lithographie de Liez et Wauquière ca 1830. BUMONS.

Façade de l'église de Messines avec l'ancien portai du couvent des Récollets.Carte postale du début du XXe siècle. Coll. de l'auteur.

Détail du portail de l'église de Messines.vers 1900. Coll. de l'auteur.

L’église de Messines, la nef et le cœur, carte postale. Editeur Nels. Bruxelles . Coll. de l'auteur.

Installation du clocheton et du coq sur le clocher de Messines. Photo FAMC.

Plan du projet du nouveau quartier de Messines (non entièrement réalisé). Document de l'architecte Pierre Farla.

Travaux de démolition du quartier de Messines. Photos de l’auteur.

La rue de Bertaimont et le couvent des Pauvres Soeurs dans les années 20. Carte postale. Editeur Albert. FAPMC.

Le couvent des Pauvres Soeurs après le bombardement de mai 1940. FAPMC.

 

RUE DE LA HOUSSIÈRE

Mons s’étant développée sur une butte au relief assez accentué, la plupart de ses rues sont disposées en cercles plus ou moins concentriques qui ne sont entrecoupés que par les grands axes aboutissant aux anciennes portes de la ville. En dehors de quelques rues en raccourci, il était donc assez malaisé de se déplacer du centre vers la périphérie de la ville, aussi, quand la gare constitua une nouvelle et importante entrée de la ville grâce au formidable essor que connu le chemin de fer dans le dernier tiers du XIXe siècle, il fut rapidement jugé opportun d’établir une liaison la plus directe possible depuis le centre vers celle-ci. Pour cela,. il fallut consentir de nombreuses démolitions, le bourgmestre François Dolez et le conseil communal de l’époque s’y engagèrent résolument.

La première partie du projet (1882-1883) fut d’établir une liaison depuis la rue des Ursulines vers la nouvelle place de la gare construite à l'emplacement de l'arsenal, et, par la même occasion, vers les nouveaux boulevards qui y aboutissaient. C'est l’ingénieur-architecte de la Ville, Joseph Hubert, qui orchestra les travaux. Les premières dispositions prises par celui-ci pour aménager cette liaison fut l’acquisition de la propriété portant le numéro 11 de la rue, appartenant à un certain P. Capouillet, négociant en vin de son état. (voir le plan ci-contre), pour y établir en lieu et place une nouvelle voie d’accès en direction de la place de la Station. Il poussa même le souci du détail jusqu'à orienter celle-ci de façon symétrique par rapport à l’autre rue également créée en direction de la gare (la rue de la Station, actuelle rue Léopold II) de façon à ce que les deux axes se rencontrent exactement au milieu de la porte principale de la gare.

On donna à cette nouvelle voirie le nom de la Maison des Dames Veuves, dite de la Houssière, qui se trouvait juste à côté et qui allait en former, désormais, le coin. Cet hospice avait été légué à la ville le 19 août 1680 par Marie Chisaire, veuve de Jean de la Houssière, conseiller du roi en la Cour de Mons, pour servir de refuge à une douzaine de dames veuves « de bonne vie et d'honorable famille ». Il était installé dans ce bâtiment à l’imposante façade renaissance datant de 1654 que l’on voit sur la vue ci-contre. A l'époque des travaux, les bénéficiaires avaient été relogées dans une partie de l'hôtel Nicaise, à l'angle des rues du Gouvernement et des Passages (actuelle rue M. Damoiseaux) récemment acquis (1886) par la Commission des Hospices Civils.

En 1887, celle-ci revendit l'ancien hospice de la Houssière à l’État et il fut démoli pour être remplacé par l’édifice de style renaissance flamande (architecte De Rycker, de Bruxelles) que nous connaissons toujours, et où vint s’installer, en 1892, la succursale de la Banque Nationale à Mons. Dans l'intervalle, le bâtiment servit de pensionnat pour jeunes gens.

Heureusement, le magnifique portail renaissance fut préservé et remonté dans le fond de la cour des bureaux de la Commission des Hospices, rue du Gouvernement. Malheureusement le portail a été démonté depuis que l'immeuble est devenu une école communale.

Quant à celui de la Banque Nationale, suite au déménagement de cette dernière, en 1994, derrière la Machine à Eau, il fut racheté par la ville et reconverti en musée pour abriter la collection François Duesberg.

Photos :

Propriétés expropriées pour créer la future rue de la Houssière. Extrait du plan Goffaux. 1828.

Ancien hospice de la Houssière. Photo Emile Quequin. Collection Librairie L’oiseau-Lire.

La nouvelle rue de la Houssière vue vers le bas. Carte postale oblitérée en 1907. Ed. ND Phot. Coll. De l'auteur.

La nouvelle rue de la Houssière vue vers le haut. Carte postale non datée. Ed. Géradon, Liège. FAPMC.

La Banque Nationale. Carte postale oblitérée en 1911. Ed. VPF. Coll. De l'auteur.

Les rues convergeant vers la gare. Extrait du plan de Mons dessiné par Joseph Hubert. 1880. BUMons.

Bureaux de la Commission des Hospices et hospice des Dames Veuves, rue du Gouvernement. Photo anonyme. FAPMC.

Portail de l'ancien hospice de la Houssière remonté dans la cour des bureaux de la Commission des Hospices, rue du Gouvernement. Carte postale des années trente. FAPMC.

 

RUE DES GADES

A présent amputée d'une moitié de sa longueur désormais appelée rue Marguerite Bervoets, cette rue s'est appelée successivement rue du Pied du Château, rue de laTour Auberon, enfin rue des Gades. (Gade – anciennement gaste – signifie en montois : chèvre)

L'édifice le plus important dans cette rue est, bien sûr, le beffroi, dit aussi le château. Aux XIIe et XIIIe siècles, dans les villes des Pays-Bas, le beffroi était le symbole du pouvoir communal, au même titre que la Maison de la Paix ou l'Hôtel de Ville. Mais ce n'est pas à cet endroit que s'érigea le premier beffroi montois. Á l'époque de la constitution communale de Mons, celui-ci était située en haut de la rue Samson (voir cette rue), dans une même tour contenant les cloches à la fois, des églises de Sainte-Waudru, de Saint-Germain et de la Ville, qui y avait deux cloches, l'une dite du jour et l'autre des ouvriers, qui ne sonnaient que pour signaler l'heure du début du travail et sa fin ou pour des circonstances bien déterminées par le Magistrat.

Vers 1530, suite à une longue querelle obstinée entre les deux chapitres à propos de l'usage des cloches, le Magistrat de Mons prit à disposition l'une des tours de l'enceinte castrale du château des comtes de Hainaut. Celle-ci avait, bien entendu, été construite dans le but de d'abord renforcer la défense des lieux car il s’agit, en effet, du point culminant de la ville et elle permettait d’embrasser le plus large point de vue possible sur la ville et les environs. Tour qu'il ne faut, cependant, pas confondre avec le donjon du châtelain de Mons situé à l'extrémité ouest du plateau (voir rampe du château et rue Tour Auberon). C’était évidemment l’endroit stratégique pour prévenir des attaques ennemies, des feux et autres dangers, de nuit comme de jour, mais il est plus probable que cette construction ait été aussi bâtie dans l’optique de concurrencer les chanoinesses et leur collégiale qui incarnait alors le centre de gravité de la cité. Dans cette optique, il s’agissait donc d’une affirmation du pouvoir civil par rapport au pouvoir religieux. Lorsque la ville prit son essor, le beffroi permit aux autorités communales de rivaliser symboliquement avec les pouvoirs plus anciens : l’Église a ses clochers, les Seigneurs ont leur donjon, la Ville doit avoir son beffroi qui incarne le symbole des libertés communales ainsi que l’identité de la Ville. Le but de la construction d’un beffroi est donc multiple : un but de de défense mais aussi de concurrence, de rassemblement et de prestige.

Dans cette tour qui servait, donc, de beffroi au Magistrat, ce dernier fit placer, en 1380, une horloge et une cloche servant à sonner les heures et le tocsin. D'où l'origine du nom de « Tour à l'horloge » qu' elle prit dans le langage populaire (on l'appelait aussi « Tour ronde », de par sa forme). Cette horloge sonnait aussi l'heure d'ouverture ou de fermeture des portes de l'enceinte. L' entretien, le paiement des gages de l’horloger et des guetteurs de jour et de nuit, furent, cependant, à la charge à la fois du Souverain et de la Ville, par moitié.

Les archives nous apprennent aussi que le 17 mars 1527, Jean le Prureaux, horloger, demeurant à Valenciennes, entreprit de faire une nouvelle horloge pour la Tour du Château. Elle fonctionna dès le mois d’octobre ; ensuite que, le mercredi 5 septembre 1548, la Tour de l’horloge ayant été enveloppée dans l’incendie qui réduisit en cendres l’Eglise St-Germain et un grand nombre de demeures aux alentours, il fallut la reconstruire et faire faire une nouvelle horloge à carillon. Ce travail fut confié à Pierre Jugle, horloger à Grammont, qui en fit la livraison en 1553. « ... Une horloge que ledit maistre Pière avoit emprins de faire livrer, mettre et poser sur la thour du chasteau de laditte ville de Mons, avecq registre et clavyer pour sonner les appeaulx et y jouwer toutes sortes de chansons en deux ou trois parties, en pendant touttes cloches à ses despens, sauf la plus grosse ... doyant le tout de l'ouvraige de laditte horloge peser hut à noef mil livres... »

Dans ce carillon se trouvait aussi la grosse cloche dite de Justice fondue par Nicolas Delecourt, de Cambrai : « Pendant le cours du mois de mars 1551, nous dit l'annaliste Gilles de Boussu dans son « Histoire de la ville de Mons » publiée en 1725, on fondit la grosse cloche du château qui servait à sonner l’heure. Elle portait cette inscription : "Je suis Auberon, lequel pour mes exploits ferai entendre heure, feu, effroids, de par Nicolas Delecourt, né de Cambray, sert à chacun mon son horrible, aussi ferai ouïr, quand, jusques au sang, crime on voudra punir, suis faite en mars à dire Cour, en l’an 1551." On y voyait les armes de Charles V, de la maison d’Epinoy, des Etats et de la Ville. Elle fut cassée en 1706.

Cette Tour à l'horloge s’écroula subitement le 21 avril 1661. Voici la façon dont Gilles de Boussu rapporte l'événement : « La grande tour appelée vulgairement le château de Mons, tomba le 21 avril à trois heures et un quart du matin, sans avoir cependant fait d'autres dégâts que d'écraser une maison ou deux qui y tenoient, appartenans à Jean Petit, parce qu'elle s'abîma sur ses fondemens. Une chose assez remarquable arriva, c'est que le guet qui étoit au bout ne fut pas tué ».

Les échevins décidèrent qu'il fallait rebâtir sans délai une tour et pensèrent alors qu'il serait opportun de plutôt participer à la construction de celle prévue à Sainte-Waudru. C'est Gilles de Boussu qui nous le rapporte : « On proposa aux chanoinesses de l'élever sur les fondements de celle commencée au pied de leur église, ce qui aurait fait un effet merveilleux. Elles goûtèrent assez cette proposition mais, quoique la Ville en fit toutes les dépenses, elles prétendoient d'être les maîtresses des cloches. Les Magistrats ne pouvant trancher sur un point aussi de conséquence que celui-là firent alors jeter les fondemens de cette belle tour que l'on voit dans l'endroit où étoit l'autre. »

C'est ainsi que le beffroi de Mons fut reconstruit au même endroit, rue des Gades. Le terrain, bien qu'administré par la Ville étant la propriété du comte de Hainaut (alors le roi Charles II d'Espagne), ce dernier accorda un crédit pour la construction, aide qui se justifiait puisque la tour servait aussi au guet en cas d'invasion étrangère en même temps qu'à la vigile en cas d'incendie, tant à Mons que dans les village proches, mais c'est la Ville qui assuma la fonction de maître de l'ouvrage lors de la reconstruction.

Les décombres furent rapidement déblayés et dès le mois d'octobre 1661, Louis Ledoux (ou Le Doulx), architecte et sculpteur montois fut désigné comme auteur de projet, mais il n'acheva pas son oeuvre car il mourut en 1667, à l'âge de 51 ans. La construction du beffroi fut terminée par le bruxellois Vincent Anthony à qui il était associé pour le projet et qui par ailleurs travaillait à la reconstruction de l'église Saint-Nicolas, détruite par le feu en 1664.

L'architecte Ledoux avait proposé plusieurs projets dont certains représentaient une tour octogonale, mais, en avril 1662 le Conseil de Ville choisit le projet de tour carrée, jugée par celui-ci : « tour toute simple et sans ornement à hauteur du château. » La pose des premières pierres eut lieu le 13 juin 1662, et les travaux des fondations commencèrent immédiatement alors que le projet définitif ne fut approuvé que le 12 juillet 1662 . Les travaux s'achevèrent le 5 juin 1671, soit dix ans après la pose de la première pierre 1. La construction de cet édifice prestigieux obéra forcément les finances communales comme autrefois la construction de l'Hôtel de Ville mais, cette fois-ci, le bâtiment sera achevé « jusqu'au sommet de la charpente, jusqu'aux girouettes et épis dorés ». Les cloches (36 en tout selon De Boussu) furent pendues en 1673 et en 1674 ; quant à l'horloge elle fut installée en 1674.


Le Beffroi de Mons illustre le style baroque sobre, avec un décor classique. Les murs sont en grès de Bray tandis que les ornements, y compris les colonnes et les pilastres portants, sont en pierre bleue. La base est enclavé dans la muraille médiévale du château tandis que les trois niveaux supérieurs affichent trois « ordres » différents : toscan, ionique, et le troisième, qui n'est pas corinthien comme l'exige l'inspiration classique mais est marqué de hautes volutes aplaties aux spires comprimées pour celles du haut. Ils présentent des baies au décor chargé mais à encadrement sobre et simple ; les niveaux sont séparés par des corniches saillantes soutenues par de larges consoles et sont décorés de balustrades à balustres bombés et de sphères à protubérances. Les lucarnes au niveau des comble sont également abondamment décorées. Les cadrans de l'horloge disposés sur chacune des faces orientée aux quatre points cardinaux, ont un diamètre de 4 mètres. L'ancien mouvement d'horlogerie à poids est remarquable de qualité, à la fois, technique et esthétique (actuellement les aiguilles des cadrans sont mues à l'électricité).

Ce qui caractérise le plus le Beffroi de Mons, le seul baroque de Belgique, est sans doute la charpente en bulbe qui le domine. On dit que celui-ci est l'édifice présentant cette caractéristique, situé le plus à l'Ouest de l'Europe. Cette tradition venue d'Orient, de Constantinople et introduite en Europe d'Autriche en Bavière, de Forêt noire en Luxembourg et Namur, parvint en Hainaut au plus tard au XVe siècle. Le bulbe principal est surmonté d'une lanterne d'où la vue s'étend au loin.

 

Le « lion belgique », les armes du Hainaut, celles de la Ville et celle du dernier châtelain sont visibles sur les quatre faces de la tour. Au moment de son édification, celles des châtelains (les Havré, Croy) et du grand bailli y étaient sculptées ; elles furent martelées en 1794, les autorités républicaines ayant décidé le 8 janvier d'ôter toutes les marques, armoiries et signes rappelant la féodalité et l'ancien régime (une partie des cloches fut également enlevées en 1794,)2.

 

Le beffroi mesure 85,70 mètres de hauteur, selon le levé effectué avant sa récente restauration. Sa largeur à la base est de 13,25 mètres. C'est le beffroi le plus récent du pays et l'un des plus élevés (celui de Bruges mesure 80m, celui de Tournai, le plus ancien, est haut de 72 mètres. Cette hauteur est encore amplifiée par sa position au sommet de la butte ( la base se situe à la cote 60 mètres, soit 26 mètres au-dessus du niveau moyen des boulevards). L'édifice ne compte pas moins de 365 marches... Un chiffre symbolique raconte-t-on à Mons. L'intérieur est en briques et en charpente de bois. C'est un escalier en vis étroit qui mène aux cloches

 

A l'origine, la fonction du Beffroi était avant tout utilitaire. En effet veilleurs et sonneurs s'y sont relayés durant de nombreuses années. Dès la fin des travaux de construction, un service de surveillance de la ville vit le jour. Quelques courageux annonçaient l'heure du haut de la tour, par tous les temps. A 23h, le couvre-feu était annoncé et la ville plongeait dans un sommeil profond. Victor Hugo y fait d'ailleurs allusion dans sa lettre. D'après les archives de la Ville, le dernier veilleur s'appelait Joseph Verly, en 1858.

 

En 1845, devant l'état de délabrement de l'édifice et le danger qui en résulte, l'Administration Communale – on disait alors « la Régence » - décide d'entreprendre sa restauration. Il a plus de 175 ans. L'obtention de subsides auprès de l'État et la Province fut laborieux et ne trouva sa conclusion qu'en 1849. Les travaux durèrent 17 ans, et leur coût allait s'élever à près de quatre fois le montant du devis initial.

 

Le beffroi de Mons est classé depuis le 15 janvier 1936, relève du Patrimoine majeur de Wallonie et est reconnu par l’UNESCO depuis le 1er décembre 1999, dans le cadre des « Beffrois de Belgique et de France ».

Depuis 2014, le savoir-faire des carillonneurs a également été reconnu par l'UNESCO en tant que Patrimoine immatériel de l'humanité. Le haut de la tour renferme actuellement 49 cloches, pour un total de 25 tonnes.


 

La plus célèbre description est sans doute celle de Victor Hugo qui, de passage dans la cité montoise, laissa à son épouse Adèle ces quelques lignes :

"Je t'ai promis de te reparler de Mons. C'est en effet une ville fort curieuse. Pas un clocher gothique à Mons, car l'église chapitrale de Sainte-Waudru n'a qu'un petit clocheton d'ardoise insignifiant; en revanche la silhouette de la ville est chargée de trois beffrois dans ce goût tourmenté et bizarre qui résulte ici du choc du nord et du midi, de la Flandre et de l'Espagne. La plus haute de ces trois tours, bâtie sur l'emplacement de l'ancien château, et, je pense, vers la fin du XVIIe siècle, a un toit vraiment étrange. Figure-toi une énorme cafetière flanquée au-dessous du ventre de quatre théières moins grosses. Ce serait laid si ce n'était grand. La grandeur sauve." (Victor Hugo, Bruxelles, 18 août 1837).

 

De nos jour, des travaux de restauration de la tour eurent lieu de 1983 à 2014, soit trente et un ans. S'ils durèrent si longtemps, c'est parce que les restaurations à effectuer s'avérèrent nombreuses et colossales en terme de coût alors que l'on n’avait pas vraiment mesuré l'ampleur des réfections à réaliser. Dans les années 1960, tout le monde savait qu’il était en mauvais état mais personne n’imaginait qu’il soit autant menacé, jusqu'en 1965, date à laquelle la grande bannière est tombée lors d’une tempête. Cette chute fut le premier signal d’alarme. En 1976, c’est la console de pierre qui soutenait le premier balcon qui s’est brisée et est tombée dans le parc, c'est alors que les services techniques de la Ville et le Conseil Communal se sont dit qu'il fallait intervenir. Un relevé du bâtiment fut lancé pour lister l’ensemble des problèmes puis il fallut sensibiliser les pouvoirs publics. En septembre 1983 des budgets pour démarrer les travaux furent enfin accordés. Mais pour restaurer de fonds en combles un tel édifice, il a fallu travailler par phase, tout simplement pour recevoir les subsides au fur et à mesure. De plus, les surprises furent nombreuses qui ont retardé les travaux, et le manque de subsides et les problèmes administratifs ont encore allongé la durée. En plus, le projet a du être modifié plusieurs fois3. Les travaux confiés aux architectes Dupire-François ont coûté 6,2 millions d’euros.

Actuellement, il abrite en son sein un centre d’interprétation dédié à son histoire et à sa reconnaissance en tant que patrimoine UNESCO que l'on peut visiter.

Au pied du beffroi, se trouve le monument Désiré Prys . Celui-ci fut inauguré le dimanche 02 juillet 1933. Désiré Prys, était un violoniste et compositeur montois né le 8 novembre 1852 et mort en1932. Diplômé du Conservatoire Royal de Mons, il dirigea l'orchestre du Théâtre royal de Mons de 1880 à 1882, puis celui d'Anvers, de 1884 à 1887, et celui de Liège en 1886. Il dirigea également l'Harmonie de Frameries.

 

1 Extrait des "Annales du Cercle Archéologique de Mons" Tome XLVI

Christiane Piérard. Revue Belge d'Archéologie et d'Histoire de l'Art. 1985.

RicharD Benrubi dans la Gazette des Montois Cayaux et le journal de Visit Mons.

Photos :

La tour à l'horloge. Extrait du plan Braun et Hogenberg. 1572. BUMons.

Vue de Mons au XVIIe siècle (la tour à l'horloge es erronément représentée carrée). Gravure de D. Perel.

Vue de Mons en 1659. Gravure de Gaspard Mérian. Coll. de l'auteur.

Esquisses par Louis Ledoux de projets de tours pour remplacer la tour de Briques effondrée. BUMons.

La toiture baroque du beffroi . Photo de l'auteur.

Coupe verticale des différents niveaux du beffroi. Photo de l'auteur.

AncIen cadran de l'horloge du beffroI. Photo de l'auteur.

Mouvement de l'horloge du beffroi.Photo de l'auteur.

Dessin du beffroi réalisé par Victor Hugo en 1837. BUMons.

Carte de soutien distribuée au Nouvel An par le veilleur et sonneur du beffroi. BUMons

Le beffroi en cours de restauration. Décembre 2013. Photo de l'auteur.

Accueil pour la visite du beffroi. Photo de l'auteur.

Vue partielle du carillon du beffroi.Photo de l'auteur.

Cloche aux armes de la ville datant de 1821.Photo de l'auteur.

Fernand Redouté au clavier du carillon dans les années 1930.Carte postale.

Monument Désiré Prys.Photo de l'auteur.