RUE DES BENEDICTINES 1

Cette rue rappelle l'existence dans nos murs d'une abbaye de femmes : l'abbaye des Bénédictines de la Paix Notre-Dame. Celle-ci trouve son origine dans l'installation à Mons de Marie-Anne de Marotte d'Acoz et de deux de ses congénères, où elles avaient trouvé refuge, fuyant la guerre civile sévissant alors dans la principauté de Liège.

Se trouvant exposées à de grands dangers dans une ville si profondément agitée , les Bénédictines de la Paix Notre-Dame suivirent le sage conseil qu'on leur avait donné, d'abandonner momentanément le monastère qu'elles avaient établi à Liège, en 1617,et qui, de même que celui de Namur, tirait son origine de la maison-mère de Douai, fondée par Florence de Werquigneul, instigatrice de la réforme de l'ordre de Saint-Benoît dans le nord de la France et en Belgique. Les religieuses se dispersèrent, donc, et cherchèrent asile dans diverses localités des Pays-Bas espagnols.

Trois d'entre elles se réfugièrent à Mons où l'hospitalité leur fut offerte par une noble dame, Catherine d'Offignies, douairière de Messire Jean de Marotte, chevalier, seigneur d'Acoz, chef de Mons (bourgmestre) de 1621 à 1631. En fait la mère d'une des trois religieuses que les troubles de Liège avaient amenés à Mons et à qui elle céda une maison dans la rue des Gades.

Quelques mois plus tard, lorsque les troubles furent apaisés à Liège, la communauté s'y reconstitua et les religieuses y retournèrent, laissant à Mons Marie-Anne d'Acoz et deux autres religieuses sous la protection des abbés de son Ordre, avec pour mission de fonder une abbaye dans la capitale du Hainaut.

Elles occupèrent cette maison pendant deux ans et demi environ avant de trouver, le 10 avril 1640, grâce à l'influence des abbés des monastères bénédictins d'Hautmont, de Liessies, d'Hasnon et de Maroilles (qui avaient tous un refuge à Mons) une résidence qui convenait mieux à un établissement religieux ainsi décrite : plusieurs maisons, jardins et héritages « gisans au Béghinage de la ville de Mons, jugement de Cuesmes, tenant du loing de la cache allant au pret des Orphelins,etc. ».

Cela ne se fit pas sans difficulté, le Magistrat de Mons étant opposé à leur installation on ne sait pour quelle raison et le Conseil privé du Roi n'était pas partisan, non plus, de l'érection dans cette ville d'un nouveau monastère. Finalement, sous les pressions des prélats des abbayes déjà mentionnées, l'aspect positif l'emporta auprès des membres du Magistrat de Mons qui écrivit finalement au Conseil du Roy : «  le lieu où se sont présentement placées les religieuses Bénédictines s'estant réfugiées en ceste ville, est tellement à l'escart qu'il ne peult jamais apporter d'incommodité, veu qu'il n'est et n'a jamais esté habité, ny en lieu pour le pouvoir être ; de plus, ce lieu est jà amorty, dépendant du monastère d'Haulmont ; ny ne seront elles de charge à cette ville puisqu'elles seront dotées suffisamment pour leur nourriture et entretien ; d'ailleurs qu'elles ne sont mendiantes ; sy bien que ce lieu de la sorte pouldroit servir de bénéfice à l'avenir au lieu de charge, pour y pourveoir diverses filles cherchantes la perfection, qui faute de place ailleurs ne peuvent estre pourvues. Fait au dit Mons le IVe de décembre XVIe quarante cinq. Par ordonnance, (signé) Brassart.

Ces raisons triomphèrent aussi de l'opposition du Conseil privé et le roi Philippe IV consentit enfin à l'admission des Bénédictines dans la ville de Mons. Plus tard, le 6 mai 1662, les Bénédictines effectuèrent le remboursement de la somme de 11.744 livres tournois, capital de la rente stipulée comme prix de cession des trois maisons et jardins acquis au nom de ces religieuses par le comte de Bucquoy.

Bientôt après, eut lieu l'élection canonique de la première abbesse. Le 15 juillet 1646, la révérende mère Marie-Anne de Marrotte d'Acoz reçut la bénédiction abbatiale des mains d'un prélat, et à sa mort, survenue le 6 juillet 1656 , plusieurs prélats, les abbés de Saint-Denis-en-Brocqueroie, de Liessies et d'Hautmont présidèrent à ses funérailles.

Sous son autorité, cette maison religieuse ne tarda pas à acquérir une certaine renommée et se vit peuplée par un grand nombre de personnes désireuses de se consacrer à Dieu. Aussi devint-il nécessaire de donner des proportions plus vastes à l'habitation conventuelle. On y annexa la propriété voisine qui se composait « d'un jardin et parvis gisant au Béghinage, contenant un demy-bonnier (70 ares) ou environ , serré de hayes de tous costéz et bonne partie en fosséz (...) ». L'année suivante,le 1er février 1648, le Chapitre noble de Sainte-Waudru accorda aux Bénédictines la permission d'établir une chapelle avec clocher.

En 1663-1664, on procéda à la construction de nouveaux bâtiments pour remplacer les anciennes maisons d'habitation. Comme la plupart des couvents du XVIIe siècle ceux-ci devaient former un carré régulier, avec préau au centre, entouré d'un cloître ou galerie couverte par où l'on accédait aux différentes dépendances de la maison. L'entrée principale donnait accès à une cour extérieure, comprise entre les prolongements des ailes latérales. Au fond de cette cour, séparées par une porte de communication avec le cloître, se trouvaient les sacristies et les chambres destinée aux étrangers. L'aile gauche était occupée par les salles servant aux travaux manuels : l'ouvroir, la cuisine, la dépense et le réfectoire. L'aile du fond comprenait la salle des novices et le quartier de l'abbesse. L'aile droite renfermait la salle chapitrale et l'église

Celle-ci fut élevée en 1676, et subsista jusqu'au début du XIXe siècle. Elle fut construite dans le style de la Renaissance mi-classique, avait une seule nef d'environ 100 pieds de longueur sur 30 de largeur (environ 30m sur 9). Une balustrade la divisait en deux parties : le choeur des religieuses d'une part et l'oratoire ouvert au public de l'autre. Elle communiquait avec la cour extérieure du monastère. Entre le choeur et la salle du chapitre s'élevait le campanile qui devait avoir une hauteur de 135 pieds (40m).

En 1727, on commença la construction du quatrième pan du cloître qui restait à faire, ainsi que diverses petites constructions. D'autres furent élevées par la suite, en 1760 ET 1761, entraînant la signature d'emprunts pour achever le quartier des pensionnaires. On procéda également au pavage le long des bâtiments du monastère, depuis la porte de l'église jusqu'au nouveau quartier en construction.

La première invasion de la Belgique par les armées de la Convention marqua le début de la fin pour la communauté. D'abord, elle fut occupée militairement, ensuite elle eut à subir dès janvier 1793, un inventaire de « tous les meubles et effets, ustensiles, argent, argenterie, tableaux, oeuvres d'art, foin, paille et tous autres effets généralement quelconques qui garniraient ou se trouveraient dans la maison », suivi de l'apposition des scellés pour la garde et conservation des dites objets.

Une liste nominative des religieuses fut dressée ainsi qu'un tableau indiquant les revenus de la communauté. D'après le procès verbal, le couvent se composait de vingt-neuf religieuses, trois servantes et un jardinier. Les religieuses enseignaient et tenaient des pensionnaires (elles étaient, alors, au nombre de quatorze) ainsi que des « tablières » qui habitaient des quartiers séparés, mais dont la cuisine était en commun avec les religieuses. Ces tablières étaient au nombre de dix et apportaient l'essentiel des revenus de l'abbaye.

La communauté fut supprimée par application de la loi du 15 fructidor an IV (1er septembre 1796) et les Bénédictines furent expulsées le 19 novembre 1796. La maison conventuelle, composé de quatre bâtiments principaux avec jardin entouré de murailles, fut vendue le 11 juillet 1800 à deux citoyens qui s'empressèrent de faire démolir les constructions. Sur cet emplacement, l'on créa un jardin botanique qui n'eut qu'une durée éphémère.

Par la suite, une partie du terrain qu'avait occupé l'abbaye fut cédée par le Domaine à la Commission des Hospices civils de Mons et fut livré à la culture jusqu'en 1835, époque où l'Administration des Hospices le donna en arrentement perpétuel à Mr Hiroux qui se proposait d'y créer une usine destinée à la fabrication du gaz pour l'éclairage de la ville (voir Rue du Gazomètre), et il ne resta rien de ce monastère montois de femmes qui consacraient leur vie au travail manuel, à la prière et s'appliquaient à donner l'instruction aux jeunes filles.2 Sic transit ...

Charles Rousselle. L'abbaye de la Paix Notre-Dame ou des bénédictines de Mons. ACAM. Tome 15. Pge 522.

Source :  Charles Rousselle, l'abbaye de la Paix Notre-Dame ou des Bénédictines de Mons. ACAM.

 

RUE DE HOUDAIN

En 1309, le chevalier Nicolas de Housdeng (et non de Houdain) donna son hôtel sis en cette rue pour y établir un hôpital, et cinq pourvues furent autorisées à s'y installer. Quelques temps plus tard, le nombre de vieilles femmes admises dans l'établissement charitable augmenta tellement qu'au bout d'un siècle cet hôpital de malades fut converti en hospice et prit le nom d'hospice des Kanquennes. Ce terme » Kanquenne » vient probablement du flamand kranken (malade) et désignait, à Mons une « vieille femme » en raison du genre de pensionnaires occupant l’institution.

En 1545, le Magistrat de Mons acheta le jardin de l'hôpital et y fit édifier de 1550 à 1560 le collège de la ville, qui prit le nom de Collège de Houdain. Le 4 août 1735 eut lieu la pose de la première pierre d'un nouveau collège, reconstruit d'après les plans de l’architecte montois Claude-Joseph de Bettignies, sur l'emplacement de l'ancien pour remplacer des locaux devenus alors trop vétustes et trop étroits. A remarquer que les plans prévoyaient à l’origine une deuxième aile en vis-à-vis reliée à la première par une vaste salle « pour les comédies », mais qui ne furent jamais construites.

L’édifice servit à l’enseignement des humanités aux élèves montois et aux pensionnaires venus des contrées avoisinantes jusqu’en 1780, date à laquelle l’école fut transférée dans l’ancien séminaire des Jésuites (dont l'ordre avait été supprimé par l'impératrice Marie Thérèse d'Autriche, en 1773) situé à la rue de l’athénée actuelle. (En 1850, cet établissement d'enseignement devint par arrêté royal l’Athénée Royal de Mons).

Le bâtiment de l'ex-Collège de Houdain fut alors mis en vente par la ville avec les terrains et bâtiments qui en dépendaient et acquis l’année suivante (1781) par l’institution de la Grande Aumône qui y plaça les enfants de l’hospice du Saint Esprit voisin, devenu trop exigu. Cet hospice avait été fondé en 1682 et était destiné aux enfants abandonnés par leurs parents. Il s'était installé dans l’ancienne maison des seigneurs d’Hyon qui se situait juste à côté, achetée grâce à un don de François Michel et sa sœur Jeanne,. La porte monumentale de cet établissement, ainsi que la colombe dorée qui en marquait l’entrée se voient encore de nos jours. Ce bâtiment fut vendu en 1786 à un particulier qui en fit deux habitations.

En 1803, le Bureau de bienfaisance vint s’'installer dans le bâtiment de l'ancien Collège qu'on appelait désormais Maison du Saint-Esprit. A partir de 1806, vu le nombre grandissant d’enfants abandonnés, probablement en raison de la période troublée que l’on connaissait alors, la politique d’asile changea et l'institution ne servit plus qu’à les accueillir et à les loger provisoirement, en attendant d’être envoyés à la campagne chez des parents nourriciers, choisis et rémunérés par la Commune.

De 1809 à 1814, la Maison du Saint Esprit abrita aussi quelques jeunes filles pauvres auxquelles des personnes pieuses s’attachèrent à donner une instruction afin qu’elles puissent pourvoir elles-mêmes à leur existence. (Ce fut le premier noyau de la future congrégation du Sacré Cœur). Quelques années plus tard les lieux furent transformés en caserne dite ... caserne du Saint Esprit.

En 1879, l'école provinciale d'ingénieurs des Mines1 , fondée en 1836 sur proposition de M. Jean Baptiste Thorn, gouverneur du Hainaut, vint installer dans l'ancien Collège son siège social. Dans les années 1890, il fut décidé de démolir l’ancienne caserne d’infanterie, qui occupait un vaste espace jusqu’à la rue de la Petite Triperie et d’adjoindre à l’aile du XVIIIe siècle de l'ancien Collège un corps de bâtiment central et une nouvelle aile lui faisant face (comme cela avait déjà été imaginé au départ). Les travaux sur base des plans de l'architecte Hector Puchot furent terminée en 1902.

Enfin, en 1900 on transféra les pourvues de l'hospice des Kanquennes dans le bâtiment nouvellement construit rue Achille Legrand grâce au legs Henri Glépin et l'on démolit, à son tour, le vieux bâtiment situé à front de la rue de Houdain afin de ménager une vue directe depuis la rue sur l’ensemble de l’École des Mines ; y compris celui abritant le portail d’entrée en arc brisé qui donnait, jusqu'alors, accès à l’école des Mines, située derrière, ainsi qu'au musée d’Histoire Naturelle, situé à l'étage.

Cette disparition du bâtiment des Kanquennes nécessita, quatre ans après son inauguration par le prince Albert et la princesse Elisabeth en 1906, de retourner face à la rue le monument érigé à la mémoire des fondateurs de la faculté, Théophile Guibal et Barthélémy-Adolphe Devillez, monument disposé à l’origine dos au mur de l’hospice.

Remarquons un peu plus loin dans la rue, au numéro 17, l'imposante façade de briques et pierres, datant du début du XVIIIe siècle, de l'ancien refuge de l'abbaye de Saint-Denis en Brocqueroie (transformé depuis sa confiscation par la Convention française en immeuble à appartements et entrepôt. Un temps il servit de musée « de la Guerre » provisoire).

1 Plus tard elle prit le titre de "Faculté Polytechnique du Hainaut"

Photos :

Situation de l ensemble formé par l'ancien Collège de Mons, l'hospice des Kanquenne et la caserne d'infanterie. Extarit du plan Goffaux. 1828.

La façade de l'hospice des Kanquennes à front de la rue de Houdain. Photo anonyme. FAPMC.

L'ancien Collège collège et, dans le fond, la façade arrière de l'hospice des Kanquennes. Gravure de G. Lheureux. BUMons.

Travaux de démolition. De la caserne du St-Esprit. Au fond à droite la façade arrière et un bâtiment en retour d’angle de l’hospice des Kanquennes. Presqu’au milieu le passage voûté donnant accès à l’école, un peu plus à gauche l’ancien Hôpital du Saint Esprit. En bas à gauche la rue de la Grande Triperie et la palissade fermant le chantier, là où fut construite par la suite une troisième aile de l’école.

Entrée de l'Ecole des Mines et le musée d'Histoire Naturelle. Photo anonyme. FAPMC.

Troisième aile de la Faculté polytechnique à front de la rue de la Petite Triperie. Carte Postale oblitérée en 1912. Coll. De l'auteur.

Monument Guibal et Devillez tournant le dos à l'hospice des Kanquennes. Carte Postale non datée. Ed. Giradon. Coll. De l'auteur.

Le même après démolition de l'hospice. Carte Postale non datée. Coll. De l'auteur.

Le portail de l'ancien refuge de l'abbaye de St-Denis en Broqueroie.

Le tour à bébés. Musée communal.

Témoins laissés dans les langes de l'enfant et conservés par la mère pour éventuellement retrouver son enfant. Musées communaux.

 

SQUARE GUSTAVE JACOB

Jacobs, Gustave (1891-1986) était sculpteur, médailleur et musicien. A côté de nombreuses oeuvres privées, c'est lui qui réalisa, en 1927, le monument élevé, place d'Havré, en hommage à Charles Simonet, résistant montois fusillé par les Allemands en 1915.

Il réalisa aussi la plaque aux littérateurs montois placée sur le mur de la chapelle de l'ancienne prison, au fond du Jardin du Mayeur. Celle-ci réunit quatre écrivains précurseurs de la littérature patoisante montoise : Henri Delmotte (1798 – 1836), Charles Letellier (1807 – 1870), Jean-Baptiste Descamps (1809 – 1886), Pierre Moutrieux (1824 – 1908).

Attentif au dur labeur des travailleurs, il réalisa deux bas-reliefs en pierre (le métallurgiste et le verrier) de la décoration monumentale du bâtiment du Gouvernement provincial, rue Verte, qui en comporte six, représentant différentes professions de la province,et deux groupes représentants l'Agriculture et l'Industrie, sculptures expressives, sobrement stylisées.

Enfin, on lui doit le buste du roi Albert 1er de l'avenue du Roi Albert, lui qui était déjà à l'origine du buste du souverain se trouvant dans la Pelouse d'Honneur du cimetière de Mons, et aussi la plaque apposée sur le Mur des Fusillés à Jemappes, rue Demerbe.

Rappelons que Gustave Jacob fut également professeur de clarinette au Conservatoire royal de Mons, ce qui dénot'un esprit éclectique.

En 2004, les autorités montoises lui rendirent un bel hommage en donnant son nom au jardin reliant le quartier Rachot à la rue d'Havré (au niveau du n°114). Au début du XXe siècle, ce porche servait de passage vers la cour où était installé le loueur de voitures (hippomobiles) Florent Dinsart. Les écuries et les remises où on abritait les voitures, coupés, landaus, victorias et les breaks, se trouvaient au bout de la longue cour.

Photos :

Signature d e Gustave Jacob. Photo Wikipedia

.

Hommage aux quatre littérateurs montois, jardin du Mayeur. Photo Wikipedia.

Monument Charles Simonet, place Simonet. Photo de l'auteur.

Bas-relier sur la rotonde du palais provincial, le souffleur de verre. Photo Wikipedia.

Bas-relier sur la rotonde du palais provincial, le métallurgiste. Photo Wikipedia.

Buste du roi Albert 1er, avenue du Roi Albert, Jemappes. Photo Wikipedi.

Plaque du monument des Fusillés, rue Demerbe, Jemappes. Photo Wikipédia.