RUELLE DE L’ÂTRE, ou encore L’ ATACAT.

Non, Il ne s’agit pas du foyer d’une vieille cheminée construite à proximité. Dans le vieux langage montois, âtre signifie cimetière. Il vient du latin « atrium », le parvis, le parvis de l’église : les cimetières se trouvant autour des églises.

La ruelle de l’âtre longe en effet l’emplacement où se trouvait jadis le cimetière de Saint Nicolas en Havré.1

L’Atacat.  Jusqu'à il n'y a guère, on pouvait y voir un « Bon Dieu de Pitié », qui, maintenant, se trouve à l'intérieur de l'église, par mesure de sécurité.

Ce mot est à rapprocher du précédent parce qu’il signifie la même chose, mais celui-ci était situé à la rue des Sars et appartenait à la paroisse de Sante-Waudru. Mais on y enterrait que les gens du peuple qui en dépendaient. En effet, sous l’ancien régime, la paroisse de sainte-Waudru était réservée aux chanoinesses, aux nobles, aux représentants de l’autorité, aux étrangers de passages, ainsi qu’aux personnes à leur service. Bien entendu, les gens de qualité se faisaient enterrer dans la collégiale. De ce fait, le petit peuple de Mons, dans son langage coloré, surnomma par dérision ce cimetière réservé aux petites gens le cimetière aux chats, autrement dit l’âtre à cats, qui, par contraction, devint l’atacat.

Charles De Bettigines. A travers les rues de Mons. Typ. Lellouchier. 1864.

 

LA GRAND-PLACE

Anciennement on distinguait le Markiet du Grand Markiet. Pourquoi cette différence d'appellation ? Parce que cette esplanade est le résultat d’un des premiers grands projets d’urbanisme intramuros.1 Jusque-là, le markiet, ou marché, se déroulait sur l’espace formé par le croisement de l’axe sud-nord (rue de la Chaussée - rue de NImy), et de l’axe est-ouest (rue du Parc, d’Enghien - rue d’Havré) qui se situait devant la porte qui défendait l'accès au noyau primitif de la cité, au château des comtes et à l’encloître du Chapitre (Cette porte du Marché – Porta Fori, construite au XIIe siècle, se trouvait presque au bas de l’actuelle rue des Clercs). Remarquons que le tracé de cet ancien markiet était encore bien visible avant la rénovation de la Grand-Place en 1994-1995.

En 1348, le pouvoir échevinal décida l’élargissement de cet espace commercial devenu trop exigu notamment pour les marchés hebdomadaires du vendredi et la grande foire de novembre, mais aussi pour créer de l'espace en face de la « Maison de le Pais », qu'on venait récemment d'installer là grâce au legs fait par les époux Jean Vilain à la Ville 2 (auparavant la Maison de Paix se trouvait dans le haut de l'actuelle rue de la Coupe). Pour créer cet espace, on procéda tout simplement à l’expropriation de plusieurs maisons qui se trouvaient à l’extrémité de la rue de Nimy. (Des pieux et des poutres du XIVe siècle attestant l’ancienne forme de la rue ont été mis au jour en 1995, lors du repavage de la grand place). Les travaux durèrent jusqu’en 1356 et donnèrent sa forme définitive à la Grand-Place telle qu’on la connaît encore de nos jours.

Non seulement on agrandit la Grand-Place, mais l'oeuvre de centralisation sera parachevée par la création de nouvelles rues qui mettront la place en en relation directe avec les quartiers périphériques : la rue Neuve en 1454, vers la rue du Parc ; la rue du Miroir en 1542-1545, à l'emplacement des hôtels du Grand et du Petit Miroir, vers le nouveau marché au Poisson ; la rue de la Clef en 1577-1580, à l'emplacement de l'hôtel de la Clef, vers le Nouveau Marché (actuel Marché aux Herbes). Voilà pourquoi le markiet est devenu le grand markiet et que notre Grand-Place, qui, soit dit en passant, est une des plus vastes de Belgique, présente cette forme composée de deux polygones juxtaposés.

Notre Grand-Place est d'abord un grand espace dont l’harmonie provient de l'équilibre de ses constructions où se mêlent les lignes horizontales des corniches, des faîtes des toits, des appuis de fenêtres puis, les lignes verticales des encadrements des baies, enfin les lignes obliques des toits d’ardoises à fortes pentes, malgré son manque d’homogénéité 3. Ceci est dû à la croissance multiséculaire de cette place et à la spontanéité de la construction dont l’inspiration s’est développée à partir des réglementations que dictèrent (à partir du XVIe siècle) les autorités communales. Bien sûr, cette inspiration a été influencée par les modes venues d’abord du Brabant et de Flandres puis d’Italie, à la Renaissance, et enfin de France - souvent avec un décalage de 25 à 50 ans. De tout temps, les autorités communales restèrent soucieuses de conserver au Grand Markiet une allure imposante, voir grandiose, un certain équilibre dans les choix des proportions ou des matériaux, pierre, briques ou ardoises, ou encore de la couleur, était exigé, même à propos de transformations.

Toutes les périodes sont représentées avec bonheur sur la Place et font de celle-ci une remarquable représentation de l’évolution de l’architecture montoise durant sept siècles. Du XIVe siècle qui voulut son implantation telle que nous la connaissons actuellement, par la démolition des dernières maisons de la rue de Nimy. De cette époque où l’on construisait principalement en bois et en chaume, il ne reste que des caves. Le XVe siècle nous a laissé le bâtiment le plus remarquable : la Maison de Paix, comme on disait alors, qui permit à la juridiction échevinale de s’affirmer face aux droits seigneuriaux.. C'est l’actuel Hôtel de Ville.

Du XVIe siècle, nous reste la maison du Blanc Lévrier à l’entrée de la rue de la Chaussée, avec ses étages en encorbellement. Du XVIIe sont les magnifiques édifices à façade renaissance, de la chapelle Saint Georges et la Toison d’or. Le XVIIIe siècle est le mieux représenté. Commencé en 1691 après les destructions dues au siège de la ville par Louis XIV, il ne finira de s’exprimer qu’en 1815 avec la dernière construction en ce style montois si caractéristique : on lui doit les grandes bâtisses qu’étaient les hôtels de la Couronne Impériale, de l’Impératrice, ou de l’Aigle d’Or dont les hautes façades où se mêlent en un jeu ravissant la pierre et la brique, s’’harmonisent parfaitement à celles des nombreuses autres demeures privées construites alors. Le XIXe a voulu le théâtre et quelques maisons fort peu attrayantes. Le XXe n’a pas fait mieux, en dehors de deux maisons typiquement « début de siècle » du côté de la rue de Nimy, XXe siècle qui a affublé la plupart des façades d’enseignes tapageuses et surtout de vilaines terrasses de bois fort heureusement rasées aujourd’hui.

Avant de posséder un Hôtel de Ville, les échevins de Mons siégeaient au château comtal, mais, en 1288, il est fait mention d'une « Maison de Paix », édifiée à cet endroit, alors à front de la rue de Nimy. Entre 1323 et 1348 on construisit une «Maison de Ville » à peu près sur la cour d'honneur actuelle. Plutôt une maison rustique, où régnait une ambiance champêtre, si l'on en croît les comptes parvenus jusqu'à nous : « En 1367, à la suite du grand vent, il est payé 10 sols à Stièvenart de Saint-Ghislain « pour carpenter par 2 jours à le wardereube et à l’estaule de le maison de le paix ». Étable implique fumier : « À Bataille, pour ouvrer à le maison de le paix à faire 4 murets au fumier et assir hefs (crochets) à mettre eskielles par 4 jours, à 7 sols le jour : 22 s. » (1367). Il règne dans la cour une saleté bien rustique : « À Pierrard Houdde, pour emmencer hors le merde qui estoit aval le court de le maison de le pais à 8 sols le jours : 4 l. 8s. ». Derrière la maison, sur le courtil, les orties, qui manquent rarement derrière une ferme, dans l'un ou l’autre coin : « À Jehenne de Rayme, pour copper et roster les orties de derrière le cambre dou conseil de le maison de le paix , 2 s. ». Comme tapis, à la chambre du conseil, de la paille ! « À Jehan Lardiot, pour 6 buissons d’estrain pour estendre en le cambre dou conseil de le maison de le paix et en loge de devant : 12 d. (1384). ». Les cantonniers balayent cette luxueuse salle : « As wardes des ruyelles, pour ramoner le cambre de le maison de pais … » (1365).

Tout un verger s’étendait derrière la Maison de la Paix, avec des vignes, des poiriers, des pommiers, des nèfliers : « Pour 96 que verghes  que stakes pour refaire et drechier les vingnes de le maison de le pais, pour l’amener et pour 4 ouvriers ki ouvrèrent 8 jours, et pour 20 fais de tillus et pour claus : 42 s. 11 d. » (1308). C’est un petit vignoble à tonnelles, et non à échalas : « à un estraigne homme, pour 20 entes, pour le gardin de le maison de le pais, accatées par Gillot Ghouches : 20 s. » (1365). « À Fastret le Hérut, pour 20 arbres pumiers et poiriers, et pour 20 nespliers plantés au gardin de le maison de le pais : 54 s. 4d. ».

Si notre maison de la paix avait l’aspect d’une ferme plus que d’un hôtel, il ne faudrait cependant pas croire que les administrateurs d’alors étaient de vulgaires rustres ; loin de là ! 4

Après l'ouverture du « Grand-Markiet » l'hôtel de ville est réédifié de 1458 à 1467. C'est ainsi que la façade ouverte sur la Grand-Place présente un magnifique aspect du gothique fleuri du XVe siècle, avec ses arcs brisés et son décor de chou frisé et d’arcatures plaquées et aveugles5, et s’il y a une ressemblance manifeste avec l’hôtel de ville de Louvain, c’est parce que l’on fit appel au même architecte, Mathieu de Layens pour superviser les travaux. Tout avait bien commencé, mais, malheureusement, des événements politiques et militaires freinèrent puis arrêtèrent l’édification : entre autres, une aide réclamée par Philippe le Bon pour financer une croisade contre les Turcs, ce qui mit les ressources financières de la ville dans l’impossibilité de poursuivre les travaux. Enfin l’explosion le 17 septembre 1477, du magasin à poudre de l’arsenal situé juste derrière provoqua de gros dégâts au bâtiment encore en construction, qu’il fallut réparer. L’argent vint donc à manquer, l’hôtel de ville ne fut jamais achevé.

Il aurait dû compter un second étage. Construction qui a été amorcée mais non terminée, les témoins, d’ailleurs de cet inachèvement sont nombreux : départ des tourelles d’angle avec marches ; soubassement de dix fenêtres avec siège en vis-à-vis disposées dans ce qui est actuellement le grenier ; mur du grenier non monté jusqu‘à la charpente ; dernière marche du grand escalier à vis desservant les étages se terminant dans le vide ; fenêtre inachevée dans la tourelle de l’escalier et présence de la poulie monte-charge sous la toiture provisoire de celle-ci.

Sur la gravure ci-contre 6, le campanile n’est pas encore édifié, la toiture comporte deux rangées de lucarnes placées en quinconce. Une horloge à double cadran et deux « atlantes » en occupe le centre. Dessous, la façade s’ornait d’une « bretèche ou bretèque » en pierre. Elle était ornée de deux lions tandis qu’une vierge à l’enfant occupait le trumeau central. Cette « bretèche » se terminait en dessous par un fleuron que l’on peut encore voir aujourd’hui. La façade comporte onze niches à l’étage et neuf au rez-de-chaussée qui sont toujours restées vides. Comme dit Georges Heupgen dans ses Viéseries, l’effet eut été superbe si, comme à Louvain, elles eussent été garnies.

Au rez-de-chaussée, on voit que la baie située à droite du porche comporte le pilori ou guersillon avec ses deux anneaux. Au-dessus de la porte à l’extrême gauche, une statue équestre de Saint Georges marquait l’entrée de la chapelle qui jusqu’en 1598-1601, était située à l’arrière de cette aile.

Plus tard, dans les années 1716-1718, le Magistrat eut l’idée, pour compenser l’absence d’une tour comme à Bruxelles, ou de flèches d’angle comme à Louvain, et sans doute pour en imposer davantage, d’ajouter un campanile. Mais voilà, celui-ci fut construit dans le goût du temps, c’est-à-dire dans le style renaissance qui n’a plus rien avoir avec le style d’origine (architecte François Thiroux et Jacques Caffiaux, pour les sculptures du dôme). Constitué d’une charpente compliquée couverte d’ardoises et de plaques de cuivre patinées par le temps, ce campanile, manifestement disproportionné (bien qu’allégé en 1951) écrase – au propre comme au figuré7 – la construction gothique du XVe siècle, mais, il faut le reconnaître, il reste néanmoins, à lui tout seul, un bel exemple d’architecture du XVIIIe siècle.

En fait, François Tiroux était l’entrepreneur chargé de l’entretien des charpentes de l’Administration de la Ville. Le 11 février 1716, le Conseil décida de faire ériger un « dôme » sur l’Hôtel de Ville, et les maîtres des ouvrages voulurent contraindre Tiroux à construire le dôme au prix forfaitaire du travail d’entretien ; mais Tiroux protesta. Enfin, après discussions, le 18 mai 1716, il accepta de construire le dôme : mais il n’y mit aucun empressement, au point que le 3 avril 1717, sommation lui fut faite d’avoir à le terminer. Ce qu’il fit sans tarder, car les comptes annoncent que la peinture fut appliquée sur les boiseries en 1717. Notons au passage que Tiroux avait remis les travaux de sculpture à Joseph Cafiaux, pour 337 Livres. 8

Mais, ce dôme fut bientôt menacé de disparition. Le 25 août 1766, à la demande des États de Hainaut, Henri Fonson, architecte montois réputé, remit « un devis de la dépense pour la démolition du dôme, charpente, et façade du bâtiment à front de la place de l’hostel de ceste ville, ainsi que la charpente et façade de la chapelle Saint-Georges, pour ensuite reconstruire les-dites façades et charpentes, conformément au plan de la décoration fait pour l’hostel des états que l’on se propose de bâtir »9. Le projet sacrilège, quant à la façade tout au moins, ne fut heureusement pas exécuté.

Au contraire, en 1767, on commença le rajeunissement de cette façade, en réparant le cadran de l’horloge : «  le 1er octobre 1767, le sieur Louis Joseph Delcourt, bourgeois de cette ville de Mons, s’est engagé comme par cette il s’engage au sieur le Mayeur, maître des ouvrages, de former à nouveau les chiffres et ornements du cadran solaire, dorer à l’or dur (sic), et au plus solide possible les chiffres et points qui annoncent les demies heures des quatre cadrans du befroy de l’hôtel de la dite ville, ainsi que la mi-partie du globe qui représente les variations de la lune, et retoucher en couleur noire l’autre mi-partie du dit globe : parmi le prix de 148 L., une fois toutes livrances de bonnes matières, peines et façons d’ouvriers à sa charge, le tout endéans le 15 du présent mois. »10

L’année suivante, 1768, on passe aux façades. La soumission de l’entrepreneur est fort complète : « le 27 avril 1768, Louis Joseph Cambier, maître maçon de cette ville, s’est engagé et obligé sur la loi de cette ville, comme par cette il s’engage vers le maître des ouvrages à ce spécialement autorisé de messieurs du magistrat par appointement du 26 courant, de vider les joints des maçonneries en briques des fronds tant de l’entrée à la chapelle échevinale, que celui de l’entrée du comptoir aux impôts sur le vin. (Remarquer que l’on de dit pas  « Toison d’Or ».) Les plâtrer ensuite au gris et blanc de Soignies ; gratter les pierres de taille pour que, nettoyées et lavées, elles puissent être colorées à l’huile de lin avec couleur gris de perle, après que les joints auront été grattés et remplis de ciment bleu ; colorer de deux couches de même couleur gris de perle les châssis, portes et fenêtres de ces deux fronts. Nettoyer autant qu’il sera possible le fronts de l’hôtel de ville, pour que les joints remplis, il puisse être aussi coloré en couleur gris de perle avec l’huile de lin ; ainsi que les ornements de sculpture, tant ceux qui existent que ceux qui, pour avoir été mis en pierres blanches, sont détachés en parte ; les restes desquels, il retouchera pour les faire accorder autant que faire se pourra avec les parties d’ornements contigus. Et colorer les châssis, portes et fenêtres de tous les étages de deux couches d’huile de lin avec couleur brunoque. Le tout endéans le 20 de may prochain, au dire d’experts à choisir de main commune, en cas de mécontentement. Parmi le prix et somme de 600 livres. »11

Mais il y eut d’autres transformations qui changèrent encore son aspect : D’abord, la bretèche (ou bretèque) fut enlevée et remplacée en 1777 par un balcon en fer forgé que l’on doit à Alexandre Ghienne et Denis Ansiau. En 1793, tous les emblèmes et écussons furent enlevés par les sans-culottes. Entre 1820 et 1830, les édiles firent remplacer la dizaine de lucarne étagées sur la toiture par un seul rang de quatre lucarnes de bois ; démonter les meneaux de pierre de l’étage qui furent remplacés par du bois peint ; enlèvement, aussi, de la partie supérieure sculptée des dais de pierre de la façade. Vers 1823 on supprima les guersillons et on ouvrit la baie pour y placer une porte et un escalier descendant sur la place. Par symétrie on fit de même de l’autre côté pour donner accès à la salle occupée par la Grand-Garde (jusqu’en 1896). En 1919, le balcon en fer forgé fut remplacé par un nouveau, sorti de l’atelier du ferronnier montois Edmond Veuchet, et offert par le député Jules Carlier à l’occasion du 25eme anniversaire administratif du bourgmestre Jean Lescarts.

Un autre élément digne d'attention est la serrure de la grande porte. Elle représente fidèlement les armoiries de la ville avec son chien assis sous la herse. A côté se trouve le heurtoir en forme de tourelle articulé, au-devant d’un délicat pignon à pinacles et arcatures gothiques. Ce marteau est particulièrement étonnant : au sommet, un personnage dont on fait soit un page, un chevalier, ou encore un échevin lisant au public une ordonnance communale, mais que l’on pourrait tenir, à l’instar de Paul Heupgen, pour un ange avec deux ailes dans le dos. Il suffit de se pencher un peu sur le côté pour les distinguer. Mais ce n’est pas tout, si on le soulève, on découvre que le bas du heurtoir représente une tête de dragon très réaliste. On est bien à Mons. La serrure originale en fer forgé a été remplacé par une réplique en bronze, en 1877 à l’instigation du Cercle Archéologique de Mons.

Pour revenir aux grands travaux dont l'Hôtel de Ville fut l'objet ; notons la restauration, en 1866, de la grande salle, dite autrefois de Notre-Dame, en raison de la présence d'une statue de la Vierge sur le trumeau central, dans le fond de la bretèque, mais qu'on appelle, aujourd'hui, « salon gothique » en référence au style fort prisé à l’époque dans lequel elle fut rénovée mais de façon assez peu convaincante.

En 1896, les autorités communales, en accord avec le Département de la Guerre, reprirent possession de l’aile gauche du bâtiment depuis longtemps occupé par un poste militaire appelé La Grand’Garde. En conséquence, la fenêtre attenante au porche qui avait été convertie en porte pour donner accès au local des officiers, fut rétablie dans son état primitif, et le perron élevé sur un escalier de quatre marches qui y donnait accès fut démoli. Selon Clément Stièvenard, la disparition de l’escalier fit apparaître des scellements dans la pierre qui permettraient de supposer l’existence antérieure d’une structure métallique qui aurait très bien pu être un pilori faisant pendant à celui se trouvant de l’autre côté du porche et qui, lui, est bien attesté. Mais, il s'agirait d'un pilori pour enfant. On sait, en effet que dans l’ancien régime, les parents pouvaient infliger à leurs enfants indociles une punition publique en les exposant « à la honte ». Ce qui expliquerait l’existence du singe, symbole d’un certain ridicule, et notamment du petit pont fixé au socle qui devait probablement recevoir la chaînette maintenant le prisonnier en place. Ne disait-on pas encore au début du XX°siècle : « Si tu n’es nié sage, ej’ te meinerai au sinche du Grand’Garde ». C’est lors de la construction de cet escalier menant au corps de garde que la statuette fut déplacée sur la base de la colonnette où elle se trouve toujours 12.

Au delà de la cour d'honneur, des bâtiments du XVIe siècle abritent une partie des services administratifs de la Ville. Derrière ceux ci s'ouvre le « Jardin du Mayeur », espace vert au centre de l’îlot de l’hôtel de ville dont l’aménagement n’eut lieu qu’en 1930.

Au fond de celui-ci a été construit en 1848 par l’architecte Sury, selon le goût du jour c'est-à-dire en néo-gothique, le nouvel arsenal (en remplacement de l’ancien qu’il avait fallu démolir pour permettre la construction, en 1841, du nouveau théâtre. Remarquons qu'au moment de la grande Foire de novembre, sous le régime hollandais, l'arsenal et l'Hôtel de Ville servaient à abriter les plus belles boutiques où le beau monde se donnait rendez-vous de onze heure à une heure, et la bourgeoisie de cinq à sept ). Par contre, le nouveau ne servait qu'à contenir le matériel d’incendie de la ville, mais aussi les voitures servant aux transports funèbres, service qui avaient été monopolisé par la ville en 1890. Au début, il renferma également (à l'étage) les collections du musée d’Histoire Naturelle et, jusqu’en 1926, les bureaux de l’état civil. Ce bâtiment à fait l’objet en 1929 d’une démolition partielle suite à la décision d’aménager le jardin d’agrément à l’arrière de l’hôtel de ville (1930). Par la suite et pendant de nombreuses années, il a aussi abrité les studios de Radio-Hainaut.

Sous le nom de salle Saint-Georges et de la Toison d'or, on désigne les deux bâtiments situés de part et d'autre de l'hôtel de ville, communiquant avec lui par les étages. Ils sont construits dans le style renaissance du XVIIe siècle. Antérieurement, la chapelle échevinale de Saint-Georges était placée dans l'hôtel de ville même. La porte d'entrée de cette chapelle était surmontée de l'image du saint à qui elle était dédiée, comme on le voit sur la gravure de Pierre Devel ci-contre. Seuls quelques vestiges de cette chapelle primitive sont visibles dans le bureau d'apparat du bourgmestre. Elle abritait la confrérie de Saint-Georges fondée en 1382 par Guillaume d'Ostrevant.

La chapelle que nous connaissons toujours a été construite en 1601.Elle servait d'oratoire échevinal où l'on célébrait la messe à l'usage des ouvriers et du Magistrat. Celui-ci pouvait assister à l'office religieux sur un jubé auquel on avait accès par le salon des États. Il a été démoli vers 1880, on ne sait pour quelle raison car c'était une oeuvre de style renaissance assez pure. La,chapelle fut supprimée en 1797 et les objets du culte furent fondus en lingots et vendus. Sous le gouvernement hollandais, elle fut consacrée au culte protestant. Depuis elle sert de salle pour des manifestations de tous ordres.

La Toison d'or, anciennement « Maison du Noble », tire son nom actuel de la décoration d'armoiries entourées du collier de l'ordre de la Toison d'Or figurant sur la façade. Elle avait été acquise en 1743 par le Magistrat pour agrandir l'hôtel de ville tout au moins sur l'arrière, car les parties avant continuèrent d'être loués. Avant 1892, elle servit notamment, les jours de grande affluence, d'annexe au débit de boisson à l’enseigne du « café du commerce » qui occupait la maison voisine : dite de St Christophe. (On voit bien les tables et chaises qui composent la terrasse de l' établissement sur le document ci-contre.). Avant cela, cette dernière avait été occupée par un commerce d'estampes. Jusqu'en 1966, la salle de la Toison d'Or abrita un poste de police, qui céda, lui-même, la place à l’Office du Tourisme de la ville,devenu « Visit Mons ».

A gauche de la salle Saint-Georges, se trouve l'ancien Hôtel de la Couronne Impériale. Cette enseigne est connue depuis 1713. Le bâtiment, lui, fut construit vers 1766 par le sieur Faider, propriétaire, sur les plans de l’architecte Chr. Fonson. C’est une belle illustration du style Louis XV. La différence de niveau dans la toiture visible sur le document ci-joint s’explique par le fait qu’à l’origine il y avait entre l’hôtellerie et la chapelle Saint Georges une maison qui a été incorporée dans la façade entre 1782 et 1820. De même, en 1820, le maître des Postes Gondry, propriétaire de la Couronne fit l’acquisition de la maison située de l’autre coté et fit reconstruire la façade de celle-ci de la même manière que la façade principale, ce qui explique l’asymétrie de la façade et le léger angle qu’elle forme sur la gauche.

C’était le relais de la diligence qui joignait Paris et Bruxelles et l’on voyait régulièrement y descendre des gens importants de passage : l'empereur Joseph II y donna le 7 juin 1781, audience aux notabilités montoises. Le prince Charles de Ligne, jeune officier en garnison à Mons y eut une intrigue avec une belle aventurière anglaise. Le comte de Fersen, amoureux de la reine Marie Antoinette, y passa la nuit lors de la fuite de Louis XVI et de toute la cour. Louis XVIII, encore comte de Provence, fuyant Paris et la terreur révolutionnaire y logea dans la nuit du 21 au 22 juin 1791. Il y revint plus tard lors de son retour d’exil, après les 100 jours, avant de rentrer en France. En 1814, le prince d’Orange et le duc de Wellington y logèrent, puis, en 1815, l’empereur Alexandre de Russie, avec les grands ducs, puis à nouveau, en octobre 1818, l’empereur de Russie et son frère le grand duc Constantin, toujours en 1815, en novembre, le roi de Prusse. Le 9 août 1831 les ducs d’Orléans et de Nemours, ainsi que l’état major du général Gérard, venant au secours de l’indépendance de la Belgique. Victor Hugo, bien sûr. Enfin, le prince impérial français, fils de Napoléon III, en 1870.

Mais le développement du chemin de fer entraîna le déclin de l’hôtel, Mons n’était plus ville d’étape et de relais, les affaires périclitèrent et le dernier propriétaire, Mr Faider, vendit en 1899 le bâtiment à l’école Supérieure Commerciale et Consulaire (ancêtre des Fucam), cédant une partie du rez de chaussée qui fut transformé en café dénommé Bavaro-belge tenu par A. Deladrière.

Pendant la guerre de 14, l’armée allemande installa dans l’ancien hôtel les bureaux de son administration des mines ainsi que la poste d’étape. A l’armistice, l’école repris son bien et le café, désormais tenu par Charles Matheys, puis sa veuve, devint Canado-belge. A nouveau, en 1940, l’armée allemande y installa divers bureaux, puis ce fut le tour des américains. Fort délabré, le bâtiment fut remis en état par son propriétaire et la façade complètement rénovée (disparition du café) retrouva son harmonie (1950). A remarquer que depuis, la toiture n’a plus qu’une unique pente, la façade arrière, la cour, les caves ayant été supprimées pour être rebâties à neuf. L’école Commerciale et Consulaire s’y maintint jusqu’en 1970 date à laquelle il fut occupé par la Cour d’Appel de Mons.

Le théâtre. D’un style néo-classique, il fut construit en 1841-1843 selon les plans de l’architecte de la ville, Charles Sury, avec les deniers de la caisse communale. Auparavant à cet endroit, il y avait l’entrepôt des taxes communales, l’Académie de Dessin, un atelier typographique et un café. Cette construction avait été rendue nécessaire suite à l’incendie les 27 et 28 février 1839 du théâtre de la rue des Tuileries qui était à cette époque, la seule salle de spectacle digne de ce nom (il avait été inauguré sous l’empire en 1807). Il fallait, de toute urgence, redonner aux montois, grands amateurs d’opéras, de comédies et de drames, la possibilité de paraître en société. Il fut inauguré le 19 octobre 1843.

À cette époque, la salle était prévue pour 1.044 personnes et il s’y donnait trois à cinq représentations théâtrales différentes par an. Elle était flanquée d’une belle salle de concerts où se donnaient les fêtes organisées par la Société des Concerts et Redoutes, elle-même héritière de la Société du Concert Bourgeois, fondée en 1759. On y donnait périodiquement, en plus des concerts, des fêtes dansantes très prisées à l’époque, qu’on appelait les « redoutes ». On y dansait également au cours de bals masqués donnés à l’occasion du carnaval et à la mi-carême.

La salle, de type « à l’italienne », toute décorée de rouge et de dorures, formait un hémicycle dont le plafond présentait quatre panneaux représentant les allégories de la tragédie, de la comédie et du vaudeville et quatre panneaux figurant les saisons. Bien entendu, au cours du temps la décoration intérieure fut plusieurs fois changée. Pour ce qui est de l’extérieur, remarquons la toiture en bâtière, qui a disparu en 1938 lors de la démolition de la salle du Grand Théâtre pour être remplacée par une toiture plate. La salle avait en effet grand besoin d’être reconstruite complètement pour des raisons de sécurité. Les travaux, commencés en 1939 furent interrompus par l’occupation du pays par les Allemands et le théâtre resta dans cet état durant toute la guerre. Ils reprirent après celle-ci et la nouvelle salle, qui compte maintenant 1287 places, fut inaugurée le 4 octobre 1948. (Architectes Govaerts et Van Varenberg).

Si on regarde bien sur le document ci-contre, on verra qu’à l’époque il n’y avait pas d’escaliers donnant accès à l’entrée, mais que les portes descendaient jusqu’au niveau du trottoir, particulièrement celle droite qui descendait un peu plus bas que les autres. Ceci parce qu’on avait aménagé au travers de celle-ci, sous la galerie, une voie carrossable aboutissant à la rue Neuve afin de permettre aux spectateurs de descendre de voiture à couvert, l’entrée proprement dite du théâtre se trouvant en retrait d’une trentaine de mètres par rapport à la façade à front de la place. Ces magnifiques portes métalliques, dues au sculpteur Emile Hoyaux, sont ornés de médaillons présentant le profil de Racine, Molière, Grétry et Roland de Lassus, en plus des armes de la ville.Remarquons aussi la sculpture allégorique en stuc due à Emile Hoyaux, architecte communal, qui ornait le tympan du fronton, mais écroulée en 1960.

De nouveaux travaux furent entamés de 1997 à 2006 pour mettre le théâtre en conformité avec les standards actuels. A cette occasion les façades qui avaient été décapées lors des travaux de 1939-40 ont été réenduites telles qu’à l’origine. Suite à une bourrasque qui arracha en 2011 la toiture - alors en rénovation - une nouvelle couverture plus conforme à celle d’origine a, depuis lors, été apportée.

Au début du XXe siècle, des cafés servant de local à différentes sociétés flanquaient les portes du théâtre. A gauche le café du « Petit Bonhomme », puis café de la Bourse, devenu après la dernière guerre le bureau de l’office du tourisme de Mons, puis le bureau de location du théâtre, et à droite, le »café du Nord ». Celui-ci était tenu depuis 1892 par un certain Wyen Herman, puis de 1910 à 1936 par Adelson Lecomte et son épouse Palmyre.

1Christiane Pierard.

2Parchemin avec sceau équestre en cire verte par lequel Guillaume 1er, comte de Hainaut, de Hollande, de Zélande et seigneur de Frise, permet aux échevins d’employer l’héritage légué par les époux Jean Vilain à y faire la Maison de leur conseil. 19 juillet 1323. A.V.M., chartes, 82

3 Christiane Pierard

4Paul Heupgen, viéseries . Journal « La Province » du 29 février 1929.

5Christiane Piérard. Mons, l’hôtel de ville et la vie communale

6 Gravure de Pierre Devel.

7 Bien que consolidée en 1878, la charpente a tendance à ployer sous le poids du campanile. Rien que la cloche dite la « Bancloque » qui s’y trouve pèse 800 KG

8 A.C.M. n°2075.

9 A.E.M. États n° 819-820.

10 A.C.M., n°1897.

11 A.C.M n°1897.

12Clément Stiévenart. Notes et Souvenirs d'un Vieux Montois. Ed. De la Vie Wallonne. Liège. 1925.

 

Photos :

En clair, le « markiet » avant 1348. Extrait du plan Deventer. 1550. BUMons

La Grand-Place vers 1900. Carte postale. Coll. de l'auteur.

La Grand-Place dans les années 1930. Photo FAPMC.

La Grand-Place dans les années cinquante et soixante. Cartes postales. Coll. de l'auteur.

Le croisement des grands axes dans les années 1960. Photo FAPMC.

La salle St-Georges et le salle de la Toison d'Or. Lithographie du XIXe siècle. Coll. de l'auteur.

La Maison de Paix. Gravure de Fr. Hogenberg. Extrait de Civitates Orbis Terrarum. 1581-1621.

L’hôtel de ville au XVIIe siècle. Gravure de Pierre Devel. Coll. de l’auteur.

Le culot de l'ancienne bretèque sous l'actuel balcon d l'Hôtel de Ville. Photo de l'auteur. 2018.

Le départ des tourelles projetées aux angles de la façade. Photo de l'auteur. 2018.

Le campanile de l’Hôtel de Ville

L’horloge, le cadran solaire et l’indicateur des phases de la lune du campanile de l’Hôtel de Ville. Photo Philippe Yannart.. 2017.

Projet de remplacement de la façade de l’hôtel de ville par Henri Fonson. BUMons.

Les perrons d'accès à la salle de la « Grand-Garde »avec guérite et soldats. Carte postale Nels, Bxl.

La serrure de l'hôtel de ville et son marteau à tête de dragon. Photo de l'auteur. 2019.

Les bâtiments derrière la cour d'honneur. Photo de l'auteur. 2015.

Le singe de la Grand-Garde sur la base entaillée de la colonnette. Photo de l 'auteur 2018.

A droite de l'hôtel de ville, le Café du Commerce avec sa terrasse. Photo anonyme d'avant 1892. FAPMC.

L'arsenal des sapeurs pompiers vers 1894 au fond du Jardin du Mayeur. Photo du Guide du Touriste .1904.

L'hôtel de la Couronne avant 1899. Photo anonyme. FAPMC.

L'hôtel de la Couronne vers 1900. Carte postale non datée. FAPMC.

Le théâtre. Carte postale datée de 1904. Ed. P. Scattens, Mons. Coll. de l'auteur.

Le théâtre vers 1935. Photo Tournay. Ed. Messiaen. FAPMC.

Le théâtre vers 1970. Photo anonyme. FAPMC.

 

PLACE CHARLES SIMONET (1872-1915)

Auparavant, cette place portait le nom de place d'Havré parce qu'elle marquait la limite de la juridiction du Seigneur d'Havré, châtelain héréditaire de Mons. « Au début du XXe siècle, raconte Edmond Veuchet, écrivain patoisant (1881-1953), c'était, avec celui du Béguinage, un quartier industrieux fort animé, tout bruyant, dès le grand matin, de bruits d'attelages et de coups d'écorie (fouest) des rouliers, et où les va-et-vient - et les langues - allaient bon train du matin au soir. D'un atelier proche où l'on travaillait le fer, partaient de grands bruits de tôle planquées et de furieuses volées de coups de marteau ».

Sur le document ci-joint, voici, à gauche, une carriole tirée par une mule et à droite une charrette de laitière tirée par un chien, qui arrivent vers nous. « Dans la grande bâtisse du fond, logeaient de nombreux ménages, tous avec « des rominées d' infants » : il y avait là, le roux Min-Min, cordonnier ; Gustaf, tireur de vin ; sa tante, qui tenait le cabaret sur le coin ; le Borgne, qui était le dernier des « f’seux d’ boulets d’ carbon ». Celui-là, il nichait sur l’arrière avec sa triclée de marmots « qu’ étiont toudis r’lavés à l’ terre-houille » (terre mêlée de charbon). Son métier c’était de malaxer dans sa cave, du « faisî d’ carbon » (poussier) avé dé l’ crache-terre (résidus de charbon) », et mouler cette pâte dans une forme à grands coups de tapette de bois, avant de la vendre à des marchands. Au milieu de la place, il y avait ène picherine in labyrinthe qui servoit d’ reposoir à tous les soiffards du canton qui v’niont s’ y r’cueillir après in avoi’ desquindu deux-tois dins les cabarets du quartier ».

Sur le coin de la place, c'était l’estaminet « Aux ducs d’Havré », le rendez-vous des voituriers du quartier qui, partant travailler avant « qu'el Diâpe n'ait mis ses maronnes », se faisaient servir, « pou tois liards, à l’ faveur d’ ène lumerotte à pétrole, ène goutte dé généefe dins ein verr’ à cul èyè ène bonne pétite jatte dé r’passé boullant avé ein morciau d’ chuc à l’ fichelle ». Le dimanche, c’était le jour des habitués, tous dans leur plus beau costume : Louis le coulonneux, appuyé sur une « gayolle à coulon » ; à côté de lui, Jujules qui a l’air « d’in avoi' su s’n’oreïe », el camoussé (grêlé) et Zidore, avec sa gamine ; le vieux Gusse avec son épaisse moustache, appuyé sur une queue de billard ; Monsieur René, le maître d’école ; accroupi : Jean, « l’simplot des mouches » qui rit tout le temps, puis le gros Valère, sa femme et leur fille Chose. 1

Parmi tous ce gens du petit peuple, il y avait un certain Charles Simonet, orphelin entré très tôt comme apprenti dans un journal, devenu par la suite marbrier, travail plus rémunérateur pour subvenir aux besoins de la famille, mais une belle intelligence que le manque de ressources n’avait pas permis de cultiver. Par son travail personnel, il s’était, cependant, formé un bagage respectable.

Malgré les avatars de l’existence ses camarades rapportent qu' il était le rire incarné, la gaieté personnifiée. On parlait de lui dans tout le quartier qu’il égayait de ses chansonnettes et des ses monologues. Tour à tour il faisait rire ou pleurer l’auditoire fruste qui lui faisait cercle et ne lui ménageait pas ses applaudissements. Il avait un ton de diseur, de chanteur, de comédien qui lui permettait de trouver par-ci par-là dans les fêtes et les concerts un supplément de ressources. Les jours de kermesse fleurie au quartier de Messines, il s’adjugeait tous les premiers prix dans les tournois de chants et de diction. C’était un brave cœur, serviable, affable, gai luron, tout le monde l’aimait. Ce n’est que dans la trentaine qu’il épousa une montoise restée veuve avec quatre enfants.

Peu avant la guerre, il était marchand de journaux. En octobre 1914 – il avait 42 ans – voulant apporter son concours à la défense du pays, il s’enrôla dans un service de renseignements. Il recueillait les informations fournies par des agents de la région et les recopiait avec de l’encre sympathique. Ces documents étaient alors transmis à un autre agent qui leur faisait passer la frontière. Courageux jusqu’à la témérité, au risque d’être arrêté cent fois, il se faufilait dans la gare de Mons, circulait le long des voies, notant sur un carnet tous les indices qui pouvaient être utile au service anglais auquel il collaborait.

Trahi, il fut dépisté par la police allemande et arrêté le 20 mai 1915 au moment où il se rendait chez son chef de service pour lui montrer un document du gouvernement britannique le félicitant de son zèle et de son dévouement. Le document dont il fut trouvé porteur le condamna irrémédiablement. On lui promit la vie sauve s’il dénonçait ses chefs. Les Allemands le firent circuler dans la ville accompagné d’un de leur sbire, jusqu’à le conduire chez lui, pensant que les larmes des siens le feraient fléchir. Il resta inébranlable.

Condamné le 2 novembre 1915, il tomba sous les balles teutonnes au Tir National de Schaerbeek, en compagnie de ses amis, Joseph Delsaut, Jules Legay et son fils Arthur, le 6 novembre à 6 heures du matin. Après avoir dormi trois ans et demi sous la pelouse de Tir national rougie par le sang de tant de héros, Simonet fut ramené dans sa ville natale le dimanche 25 mai 1919 où la population entière l’accueillit à la gare pour le conduire à la nécropole. Il est vrai qu'à la sortie de quatre années de guerre meurtrières, l'émotion était grande, mais il n'en demeure pas moins que cet homme fut un Montois héroïque.

Suite à une campagne d’articles de presse publiés en 1920 par le journal « El Dragon » et l’acharnement de Gusse Fourmy pour décider la ville à rendre hommage à la mémoire de ce héros montois, les autorités communales décidèrent de lui dédier une placette et lui édifier un monument. 

Et le 25 août 1923, ses cendres glorieuses furent descendues dans le magnifique mausolée que la ville lui a destiné au cimetière de la ville 1. Ensuite, monument imposant érigé sur la place qui porte désormais son nom, dû au sculpteur montois Gustave Jacobs (1891-1986) fut inauguré le 10 juillet 1927 en présence de la reine Elisabeth.

Edmond Veuchet (1881-1953). Oeuvre folklorique et patoisante. AIMS.

2 Hommage rendu par Clovis Piérard, (1896-1974), directeur du journal La Province.

Photos :

La place d'Havré en 1900. Photo © Collection Léon Losseau (09/9/1900).

Les habitués de l'estaminet « Au Duc d'Havré ». Photo FAPMC. Coll. Privée.

La famille de Louis Gérard, dit Zabiau, transporteur. Photo vers 1920 FAPMC. Coll. Vanden Eynde.

La place Simonet entre deux guerres.Photo FAPMC. Coll. Privée.

Le monument Charles Simonet. Carte postale non datée. FAPMC.

La statue du monument Simonet, ouvre de Gustave Jacob.