LES SALLES DE THÉÂTRE Á MONS

Dernière mise à jour : 26 oct.

Le premier théâtre qui fut à Mons a été installé au premier étage de la Grande Boucherie. Ce bâtiment de style renaissance, surmonté d'une toiture espagnole, construit à partir de 1589 en pierres d'Ecaussines était situé à côté de la maison faisant le coin de la Grand-Place et de la rue de la clef. En fait la salle de l'étage servait de lieu de réunion pour le serment des escrimeurs de Saint-Michel, et c'est à l'initiative de ceux-ci et plus particulièrement de leur grand-maître Léopold Bonacueil qui y fut installée cette première salle de spectacle. Les travaux d'aménagement, entrepris sous la direction de Pierre-Joseph de Bettignies (1702-1778), consistèrent en la création d'un parterre, d'un amphithéâtre, d'un paradis et de 27 loges de six places chacune. En 1763, Bonacueil rachetait la salle et en devenait ainsi le seul propriétaire. A l'époque où fut installé le théâtre, l'édifice était déjà vétuste et dangereux, dépourvu d'issue de secours[1]. L'accès, comme la sortie se faisait par un escalier étroit en colimaçon, et la porte de cette sortie donnait sur la rue de la Clef dans laquelle les voitures devaient se placer toutes à la file (cet accès à la salle de spectacle est toujours marqué, de nos jours, par une clé de linteau aux armes de la ville). En 1787, une première demande de la part d'amateurs de théâtre pour construire une nouvelle salle fut éconduite par les autorités. Après l'invasion française, une nouvelle société de rentiers présenta en 1802 une nouvelle demande pour l'établissement d'un théâtre à la place Verte (actuelle place du Parc) au coin de la rue des Marcottes. Les plans réalisés par l'architecte Ouvertus présentaient une façade principale comportant un péristyle formé de Huit colonnes ioniques soutenant un entablement et dans lequel s'ouvraient trois portes et cinq fenêtres. Mais le projet fut abandonné car la société se décida dans l'intervalle à faire l'acquisition de l'ancien couvent des Oratoriens, rue Grande, dans l'intention d'y faire bâtir le théâtre projeté. Mais, à nouveau, l'on ne sait pour quelle raison, la société d'amateurs ne tarda pas à abandonner à son tour cette idée pour finir par construire son théâtre sur l'emplacement de la caserne du Pavillon, rue des Tuileries[2]. La première pierre fut posée le 15 octobre 1805 et l'édifice, bien moins grandiose que celui de l'architecte Ouvertus, fut inauguré en 1807. La salle de la Grande Boucherie qui avait été rachetée en 1805 à la veuve de Bonacueil ayant vu son activité diminuer en raison de cette nouvelle concurrence, fut abandonnée en 1825 et le bâtiment, devenu branlant et dangereux, fut démoli en 1842 pour être remplacé par deux maisons de commerce. Mais, le 27 février 1839, un peu avant minuit, un incendie détruisit le bâtiment, laissant les Montois sans salle de spectacle malgré une tentative de restauration. C'est pourquoi le Conseil Communal accepta, la même année, le projet d'édifier une nouvelle salle de spectacle sur un terrain appartenant à la Ville, au coin de la Grand-Place et de la rue Neuve.


Pour édifier ce nouveau théâtre, il fallut démolir le bâtiment abritant l'Académie de dessin ainsi qu'un dépôt communal, un atelier typographique et un café. Ce qui fut chose faite rapidement. Il fallait, en effet, redonner de toute urgence aux montois, grands amateurs d’opéras, de comédies et de drames, la possibilité de paraître en société. Les plans de Charles Sury, architecte de la Ville, et son associé Van Gierdegom furent acceptés le 10 avril 1841. La construction du nouveau théâtre, de style néo-classique fut financée avec les deniers de la caisse communale par l'entrepreneur bruxellois Jean-Baptiste Deffaux, et inauguré le 19 octobre 1843[3]. C'est celui que nous connaissons toujours.

À cette époque, la salle était prévue pour 1.044 personnes et il s’y donnait trois à cinq représentations théâtrales différentes par an. Elle était flanquée d’une belle salle de concerts où se donnaient les fêtes organisées par la Société des Concerts et Redoutes, elle-même héritière de la Société du Concert Bourgeois, fondée en 1759. On y donnait périodiquement, en plus des concerts, des fêtes dansantes très prisées à l’époque, qu’on appelait les « redoutes ». On y dansait également au cours de bals masqués donnés à l’occasion du carnaval et à la mi-carême.

La salle, de type « à l’italienne », toute décorée de rouge et de dorures, formait un hémicycle dont le plafond présentait des panneaux représentant les allégories de la tragédie, de la comédie et du vaudeville et quatre panneaux figurant les saisons. Bien entendu, au cours du temps la décoration intérieure fut plusieurs fois changée. Pour ce qui est de l’extérieur, la toiture d'origine en bâtière disparut en 1938 pour être remplacée par une toiture plate lors de la démolition de la salle du Grand Théâtre. Á cette époque, en effet, la salle avait grand besoin d’être reconstruite complètement pour des raisons de sécurité. Les travaux, commencés en 1939, furent interrompus par l’occupation du pays par les Allemands et le théâtre resta dans cet état durant toute la guerre. Ils reprirent après celle-ci et la nouvelle salle, qui compte maintenant 1287 places, fut inaugurée le 4 octobre 1948. (Architectes Govaerts et Van Varenberg).

Si on regarde bien le document ci-contre, on verra qu’à l’époque il n’y avait pas d’escaliers donnant accès au péristyle, mais que les portes descendaient jusqu’au niveau du trottoir, particulièrement celle de droite qui descendait un peu plus bas que les autres. Ceci parce qu’on avait aménagé au travers de celle-ci, sous la galerie, une voie carrossable aboutissant à la rue Neuve afin de permettre aux spectateurs de descendre de voiture à couvert, l’entrée proprement dite du théâtre se trouvant en retrait d’une trentaine de mètres par rapport à la façade à front de la place. Ces magnifiques portes métalliques, dues au sculpteur Emile Hoyaux, sont ornés de médaillons présentant le profil de Racine, Molière, Grétry et Roland de Lassus, en plus des armes de la ville. Rappelons aussi la sculpture allégorique en stuc due à Emile Hoyaux, architecte communal, qui ornait le tympan du fronton, mais qui s'est écroulée en 1960.

De nouveaux travaux furent entamés de 1997 à 2006 pour mettre le théâtre en conformité avec les standards actuels. A cette occasion les façades qui avaient été décapées lors des travaux de 1939-40 ont été réenduites telles qu’à l’origine. Suite à une bourrasque qui arracha en 2011 la toiture - alors en rénovation - une nouvelle couverture plus conforme à celle d’origine a, depuis lors, été apportée.

Au début du XXe siècle, des cafés servant de local à différentes sociétés flanquaient les portes du théâtre. A gauche le café du « Petit Bonhomme », puis café de la Bourse, devenu après la dernière guerre, le bureau de l’Office du Tourisme de Mons, puis le bureau de location du théâtre ; et à droite, le « café du Nord », siège du Théatre Wallon Montois. Ce café était tenu depuis 1892 par un certain Wyen Herman, puis de 1910 à 1936 par Adelson Lecomte et son épouse Palmyre.

[1] René Plisnier in Images de Mons en Hainaut. La Renaissance du Livre. 2006. [2] Ernest Matthieu in Acam tome XXXVI. 1907. P281. [3] René Plisnier. Op. Cit.


Photos :

La Grande Boucherie, Grand-Place. Lithographei de Nicolas Liez et Etienne Wauquière, vers 1830.

La salle de spectacle de la rue des Tuileries vers 1902. Photo Léon Losseau. © Maison Losseau.

Le théâtre au début des années 1900. Photo anonyme.

Le théâtre. Carte postale datée de 1904. Ed. P. Scattens, Mons. Coll. de l'auteur.

Le théâtre vers 1935. Photo Tournay. Ed. Messiaen. FAPMC.

Le réaménagement de l’entrée du théâtre. Photo Google Earth 2012.

Le théâtre après les travaux de transformation. Carte postale des années 1960.

Le café « A la Bourse », côté gauche du théâtre.

Le « Café du Nord » à droite.






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